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Alphabétisation et éducation continue dans la vallée des fleuves Apurimac, Ene et Mantaro, Pérou

  • Date published:
    8 février 2017
Literacy and Continuing Education in the Valley of the Apurimac, Ene y Mantaro Rivers, (Peru)

Présentation du programme

Titre Programa de Alfabetización y Continuidad Educativa en el Valle de los Ríos Apurímac, Ene y Mantaro (VRAEM) – Alphabétisation et éducation continue dans la vallée des fleuves Apurímac, Ene et Mantaro
Organisation chargée de la mise en œuvre Dirección General de Educación Básica Alternativa – Dirección de Alfabetización (DEBA), del Ministerio de Educación. (Direction générale de l’Éducation de base alternative – Direction de l’Alphabétisation (DEBA) du ministère de l’Éducation).
Langue d’enseignement Espagnol
Financement Dans les districts de Huancavelica, le programme est financé par Electro Perú et Kallpa.
Partenaires Collectivités locales (municipalités, provinces et districts), agences du ministère du Développement et de l’inclusion sociale (Ministerio de Desarrollo e Inclusión Social, MIDIS), via le programme Programa Nacional Cuna Más
Coût annuel du programme 2.073.600 Nuevos Soles (648.000 USD) en 2015. Coût annuel par apprenant : 712,14 Nuevos Soles, (222,54 USD) en 2015. Inclut les charges directes et indirectes.
Date of Inception 2012

Contexte national

Grâce à son développement économique continu depuis le début de ce siècle, le Pérou est aujourd’hui considéré comme un pays à revenu intermédiaire, tranche supérieure. En 2012, le pays a enregistré un PIB de 154 mille millions de dollars (Banco Central del Perú, 2011 ; cité dans USAID, 2012), se positionnant comme l’une des plus fortes économies de l’Amérique latine.

Cependant, ce développement impressionnant masque les fortes inégalités existant au Pérou, comme le révèle son coefficient de Gini qui figure parmi les plus élevés d’Amérique latine. En dépit de ces performances économiques, 70 % de la richesse nationale est concentrée dans les régions côtières du Pérou qui ne constituent que 16 % du territoire national (USAID, 2012). En outre, alors que le pays peut se prévaloir d’une grande diversité culturelle, linguistique et géographique, il est également caractérisé par une grande inégalité en matière d’accès aux services. Les communautés autochtones sont particulièrement affectées par cette situation puisqu’elles souffrent de malnutrition, de pauvreté extrême et de taux d’éducation et d’alphabétisme largement inférieurs à la moyenne nationale.

La région du Valle de los Ríos Apurímac, Ene y Mantaro(VRAEM) comprend les provinces andines de Huancavelica, Junín, Cusco, Ayacucho et Apurímac. Plus du tiers de la population de la région parle quechua (l’une des 43 langues reconnues au Pérou). En raison de sa position centrale et de son relief accidenté qui en rendent difficile l’accès pour les autorités gouvernementales, la région a été ces dernières décennies le théâtre d’activités terroristes et de trafic de drogue vers d’autres pays. La prédisposition de la région aux catastrophes naturelles et les longues années de violence qu’elle a subies du fait des groupes terroristes, des trafiquants de drogue et des activités minières ont favorisé la pauvreté et l’extrême pauvreté qui y sévissent. Cette situation explique, à son tour, ses taux élevés d’analphabétisme et d’abandon scolaire. Par ailleurs, la population du VRAEM a été pendant longtemps négligée et marginalisée par l’État et la société de façon générale. En chiffres, cette situation se traduit comme suit : en 2011, le taux d’analphabétisme des adultes s’élevait à 17,7 % alors que le taux national était de 7,1 % (INEI, 2011). Pour les raisons susmentionnées, le gouvernement du Pérou s’évertue, ces dernières années, à renforcer sa présence dans cette région en développant et en mettant en œuvre des politiques visant à promouvoir le développement social.

Présentation du programme

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Jusqu’en 2011, les efforts en matière de développement de l’alphabétisme au Pérou avaient tendance à privilégier les campagnes à court terme. Mais, en raison de leur manque de pérennité, elles ont eu peu d’effet sur l’analphabétisme. Aujourd’hui, la Dirección de Educación Básica Alternativa (DEBA – Direction générale de l’Éducation de base alternative) ne pense plus que cet objectif soit réalisable avec des programmes courts et non pérennes, mais plutôt à travers un processus continuel comprenant un Cycle initial (2 niveaux) et un Cycle intermédiaire (3 niveaux). Pris ensemble, ces cycles constituent l’Educación Básica Alternativa (EBA – Éducation de base alternative) qui équivaut à l’enseignement primaire officiel. Les participants au programme EBA sont des jeunes de moins de 15 ans n’ayant jamais été à l’école élémentaire ou n’ayant pas achevé ce cycle.

L’objectif du projet Programa de Alfabetización y Continuidad Educativa en el Valle de los Ríos Apurímac, Ene y Mantaro(VRAEM), dénommé ci-après Programa de Alfabetización en el VRAEM (Programme d’alphabétisation du VRAEM), consiste à améliorer les taux d’alphabétisme de la région. Dans le cadre des efforts visant l’inclusion sociale, une initiative a été lancée pour promouvoir la paix dans la région. Parmi les domaines d’action de cette initiative intégrée figurent l’éducation, l’alphabétisation initiale considérée comme essentielle pour favoriser l’inclusion et, par voie de conséquence, la paix, puisque l’analphabétisme contribue fortement à l’exclusion des citoyens de la région. En outre, le développement culturel, social et financier d’une région dépend en grande partie de l’éducation de ses citoyens. Si les services éducatifs d’une localité ne sont pas performants, les jeunes et les adultes ne seront pas en mesure de développer pleinement leurs potentialités intellectuelles et humaines. Depuis 2013, le Programme d’alphabétisation du VRAEM privilégie le renforcement des niveaux d’alphabétisme qui s’inscrit en droite ligne de l’engagement du Ministerio de Educación et de la Comisión Multisectorial para la Pacificación y Desarrollo Económico Social en el Valle de los Ríos Apurímac, Ene y Mantaro(CODEVRAEM – Commission multisectorielle pour la paix et le développement socio-économique de Valle de los Ríos Apurímac, Ene y Mantaro).

La DEBA, l’organisation de mise en œuvre, est une structure affiliée au ministère délégué en charge des questions pédagogiques au sein du ministère de l’Éducation. Elle est chargée de formuler et de proposer les politiques nationales d’EBA, qui se focalisent sur l’apprentissage tout au long de la vie. Le programme d’alphabétisation s’inspire de l’expérience acquise par le ministère de l’Éducation du Pérou à travers son Proyecto Programa de Alfabetización y Educación Básica de Adultos(PAEBA – Programme d’Alphabétisation et d’éducation de base des adultes, Perú. 2003–2009). Pour plus d’informations sur le PAEBA, veuillez consulter le site:http://www.unesco.org/uil/litbase/?menu=16&country=PE&programme=41

Cadre théorique

Le projet part du postulat selon lequel l’alphabétisme n’est pas l’aboutissement d’un processus, mais plutôt le processus continuel en soi et le point d’entrée dans l’éducation de base. Ainsi, sa finalité ne consiste pas à « éradiquer l’analphabétisme » mais à encourager l’apprentissage tout au long de la vie à travers l’accès universel à une culture écrite (UNESCO 2013). Pour ce programme, l’approche pédagogique est axée sur les points suivants :

  • Apprentissage tout au long de la vie: au cours de leur vie, les raisons guidant le choix des jeunes et des adultes concernant ce qu’ils vont apprendre et comment le faire varient en fonction des facteurs tels que la culture, les besoins personnels et familiaux, le marché du travail et la vie communautaire.
  • Développement de compétences: il s’agit de travailler sur les compétences relatives à la vie et à la culture que les apprenants pourront réutiliser pour faire face aux situations et défis courants et améliorer leur qualité de vie.
  • Apprentissage situé: les jeunes et les adultes construisent, modifient et réfutent les savoirs contextualisés selon les situations, acquérant ainsi des compétences situées.

Mise en œuvre du programme

Le programme est exécuté par divers organismes intervenant à différents niveaux :

  • Centro de Educación Básica Alternativa (CEBA – Centre d’éducation de base alternative) : il s’agit du centre de référence pour l’éducation de base alternative où les processus d’enseignement et d’apprentissage sont développés. Les Periféricos Distritales (centres de district) sont sous la tutelle du CEBA. Le directeur du CEBA est responsable de la reconnaissance des Periféricos Distritales, les Núcleos de Círculos de Aprendizaje (noyaux de cercles d’apprentissage) et les Círculos de Aprendizaje(Cercles d’apprentissage). Il est également chargé de fournir des informations à l’Unidad de Gestión Educativa Local (UGEL – Cellule de gestion de l’éducation locale) concernant ces organisations en s’assurant qu’elles sont ensuite autorisées à recruter des élèves, dispenser des cours et délivrer des attestations.
  • Periférico Distrital: ces entités sont organisées au sein d’un quartier ou d’une zone de desserte. Un coordinateur de district est chargé de leur organisation et de leur fonctionnement.
  • Núcleos de Círculos de Aprendizaje: ces entités sont organisées en fonction de la demande des apprenants au niveau des districts, des zones de desserte ou d’un espace territorial ayant en commun des caractéristiques culturelles, économiques et géographiques. Elles sont situées dans des zones accessibles disposant de canaux de communication.
  • Círculos de Aprendizaje: ces entités sont d’une importance capitale pour la mise en œuvre du curriculum puisqu’elles assurent les activités d’enseignement et d’apprentissage pour les cycles initial et intermédiaire de l’EBA.

Approche territoriale, décentralisation et population cible

Les processus de développement de l’alphabétisme sont décentralisés car, selon le mode de gestion, les cours doivent se dérouler au sein du district qui constitue l’élément géographique, culturel et social le plus proche de l’apprenant. À l’heure actuelle (2015), le programme est en cours d'exécution dans 17 districts englobant 313 cercles d'apprentissage (bénéficiant d’un encadrement pédagogique assuré par 30 superviseurs et 17 coordinateurs de district). Les districts ont été sélectionnés à partir des critères suivants :

  • l’index de pauvreté et d’extrême pauvreté ;
  • la proportion de la population analphabète et/ou non scolarisée ou n’ayant pas achevé le cycle primaire.

Objectifs

Le programme d’alphabétisation s’efforce d’atteindre les objectifs suivants :

  • Renforcer et développer, de façon intégrée, les compétences, capacités et attitudes des jeunes et des adultes afin qu'ils apprennent à développer l’estime personnelle, interagir positivement avec les membres de leur communauté et renforcer leur visibilité dans la communauté en participant à son développement économique, culturel et social.
  • Promouvoir l’acquisition de connaissances et de compétences qui entrent dans le cadre de l’éducation de base générale, qui constitue un droit pour tout citoyen, eu égard au temps que ce processus requiert.
  • Prendre en compte le parcours scolaire déjà accompli par les jeunes et les adultes et l'intégrer aux processus éducatifs afin de leur assurer une éducation permanente et significative.

Organisation du programme

Le programme est organisé en cycles et niveaux comme l’indique le tableau suivant (le cycle avancé est inclus à titre de référence) :

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Pour passer d’un niveau au suivant, il faut atteindre les objectifs pédagogiques fixés. Après achèvement du cycle intermédiaire, les apprenants sont autorisés à passer au cycle avancé de l’EBA à l’issue duquel ils terminent leur éducation de base.

En règle générale, les cercles d’apprentissage démarrent en janvier ou février et se terminent en décembre. Ils comportent deux périodes de 5 mois d’études par an, avec 12 heures de cours par semaine. Le cycle initial comprend 480 heures pédagogiques et le cycle intermédiaire en compte 720. Les deux constituent la phase d’alphabétisation initiale. Ces crédits horaires sont fournis à titre indicatif : ils peuvent être revus à la baisse ou à la hausse en fonction du niveau des apprenants et de leur rythme de progression.

En moyenne, chaque centre d’apprentissage compte 15 élèves aux niveaux de connaissances et de qualifications variables. Ces cercles se déroulent en général dans des institutions éducatives (écoles), des espaces communautaires ou des églises, c’est-à-dire dans des espaces où communautés et apprenants participent au processus décisionnel.

Approche et méthode

La méthode d’enseignement-apprentissage envisagée est participative, réflexive et critique. Elle considère les apprenants comme des êtres intelligents, dont les modes de vie individuels et stratégies affinés tout au long de la vie doivent être renforcés et développés de façon positive afin d’améliorer leur façon d’interagir entre eux et avec leur environnement. Ainsi, l’approche méthodologique met l’accent sur la reconnaissance et la valorisation des acquis, mais aussi de la vie et de l’expérience personnelle, professionnelle et collective des apprenants.

Les processus pédagogiques comprennent une série d’activités que l’enseignant déroule avec les élèves dans le but d’influencer effectivement leurs habitudes d’apprentissage et d’acquisition de connaissances significatives. Ce sont des processus récurrents et non soumis à un planning fixe.

Contenu et supports d’enseignement

Le programme d’alphabétisation faisant partie de l’EBA, son continu est régi par la Diseño Curricular Básico Nacional de la EBA (Conception du curriculum national de base de l’EBA). Ses domaines thématiques sont conçus pour garantir l’acquisition des connaissances et compétences nécessaires pour obtenir un diplôme.

Les domaines sont couverts dans le cadre d’une approche intégrée, holistique fondée s’appuyant sur un contenu transversal pour répondre aux aspirations et besoins des jeunes et des adultes concernant les cours :

  • Personnel, famille et communauté
  • Interculturalité et genre
  • Santé
  • Citoyenneté, droits et valeurs
  • Technologie productive

Les supports pédagogiques du programme ont été développés de façon à rendre les sessions d’apprentissage dynamiques. Ils couvrent des thèmes liés à la vie personnelle, à la famille et à la vie sociale des élèves et cherchent à consolider les acquis et à évaluer les compétences et aptitudes utiles pour la vie.

Manuels de l’élève: les élèves reçoivent des cahiers d’exercices pour chaque niveau. Ceux-ci sont conçus pour promouvoir à la fois l’apprentissage autonome et collaboratif, la recherche et l’expérimentation et encourager les apprenants à appliquer les leçons apprises en classe à leur vie quotidienne (notamment leurs relations avec leurs familles et leurs communautés).

Ils contiennent des niveaux d’activités qui varient selon le niveau de connaissances requis pour compléter les divers paliers de l’EBA définis dans le curriculum. Ainsi, ces niveaux d'activités correspondent au contenu pédagogique et à la méthodologie du domaine thématique concerné. Les manuels incluent des activités, exercices et tâches à effectuer directement dans les livres et favorisent en même temps l’utilisation des supports et de ressources complémentaires.

Les cahiers d’exercices permettent à l’enseignant de suivre efficacement les différents niveaux et rythmes de progression des élèves de façon à la fois simultanée et différentiée. En retour, cela lui permet de gérer de manière plus efficiente le temps du cours.

Chaque élève reçoit deux cahiers d’exercices par niveau pour usage individuel. Ceux-ci sont renouvelés à l’issue de chaque semestre.

Supports de l’animateur: les animateurs reçoivent des guides méthodologiques, conçus pour les guider dans leur pratique pédagogique grâce à des informations leur indiquant comment diriger les activités figurant dans les cahiers d’exercices. Ceux-ci favorisent le respect du programme curriculaire tout en permettant aux animateurs de créer des sessions d’apprentissage plaisantes et efficientes.

Chaque cahier d’exercices couvre les thèmes transversaux pertinents, les caractéristiques des élèves et le contexte spécifique :

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Les supports de ce cours s’inspirent des supports validés via le projet PAEBA au Pérou, que les spécialistes de la DIGEBA sont en train d’adapter aux réalités culturelles. Les supports du cycle intermédiaire sont auto-instructifs et conçus sur la base de la méthodologie de recherche-action. L’objectif visé est d’amener l’apprenant à prendre en charge la conduite et la construction de son propre apprentissage. Les manuels encouragent les élèves à développer les capacités leur permettant de s’épanouir de façon autonome et de s’affirmer sur les plans social, professionnel et académique.

Recrutement et formation des animateurs et des assistants

Les animateurs sont des membres de la communauté, âgés de 18 ans révolus et présentant le profil suivant :

  • Formation universitaire et expérience requise
    • Être diplômé ou étudiant en didactique ou une discipline similaire ; le candidat étudiant doit en être aux deux dernières étapes de sa formation.
    • Avoir fait des études liées au poste, de préférence en enseignement des adultes.
    • Avoir au moins une année d’expérience en tant qu’enseignant, travailleur social ou alphabétiseur (tuteur ou animateur).
  • Autres critères:
    • Résider dans la zone du cercle d’apprentissage. De préférence, en être originaire ou travailler dans l’institution communautaire afin d’éviter les déplacements.
    • Maitriser la langue autochtone de la zone concernée.

L’animateur oriente et favorise l’apprentissage, assiste les élèves et interagit avec eux. Ses principales responsabilités consistent à :

  • Créer une atmosphère d’ouverture et de confiance permettant aux apprenants de contribuer avec assurance leurs connaissances, idées, recherches et découvertes et de présenter les résultats de leur travail.
  • Avoir la volonté de bien connaitre les apprenants et d’encourager une communication ouverte.
  • Faire preuve de créativité et d’ingéniosité en préparant les sessions d’apprentissage.
  • Choisir les compétences et aptitudes à enseigner, mettre en œuvre les stratégies méthodologiques appropriées et mettre en place un processus d’évaluation continue et formative.
  • Faciliter et orienter les processus d’apprentissage individuel et collectif, encourager le travail participatif et collaboratif des apprenants.
  • Prendre en compte les différents rythmes et niveaux d’apprentissage des élèves.

Les animateurs sont employés à temps partiel non salariés, qui perçoivent une aide de 450 soles par mois tout au long de leur service. Pour être recruté à ce poste, il faut être membre de la communauté ou d’une communauté voisine afin d’éviter les charges supplémentaires.

Les programmes de formation des animateurs leur enseignent les processus méthodologiques qui sous-tendent l’acquisition de l’alphabétisme. La formation initiale se fait sous forme d’ateliers décentralisés conçus pour leur permettre d’assurer une bonne alphabétisation. Après avoir achevé leur formation initiale, les animateurs prennent la tête d’un centre d’apprentissage.

Ils suivent également une formation continue en cours de service. L’assistant joue un rôle très important dans ce processus. En effet, c’est lui qui facilite le processus d’échange d’idées et d’expériences ainsi que l’analyse critique des approches pédagogiques appliquées en classe en travaillant avec les animateurs en groupe ou individuellement. Ce type de formation est en adéquation avec l’approche modulaire qui vise à renforcer les capacités des animateurs pendant qu’ils enseignent le curriculum défini pour chaque cycle. Les animateurs participent également à des ateliers pédagogiques organisés en cours de semestre ainsi qu’à des groupes d’inter-apprentissage dirigés par les assistants et le coordinateur de district.

Au total, 352 heures de formation sont dispensées, à travers des ateliers de formation organisés au niveau des provinces et des districts. Des ateliers de formation virtuels sont également disponibles en option.

Un autre principe fondamental pour atteindre les objectifs du Programme d’alphabétisation du VRAEM consiste à renforcer les compétences des coordonnateurs de district et des assistants qui forment les animateurs lors des cours de développement de l’alphabétisme. Ces deux corps reçoivent une formation initiale en gestion administrative, pédagogique et institutionnelle. Les assistants prennent part à deux rencontres pédagogiques par mois sur convocation du coordinateur de district.

En 2015, 27 assistants intervenaient sur le territoire. En milieu urbain, chaque superviseur peut encadrer jusqu’à 15 animateurs. En milieu rural et dans les zones éloignées, il peut en encadrer jusqu’à 6.

Profil, analyse des besoins et inscription des apprenants

Au cours de la première période promotionnelle en 2015, 3808 apprenants ont été inscrits. Le participant type :

  • Est jeune ou adulte de 15 ans ou plus
  • Parle une langue autochtone et l’espagnol (niveaux différents)
  • A des personnes à charge
  • Vit dans la pauvreté (en zone rurale, les participants ont tendance à pratiquer l’agriculture, l’élevage, le commerce ou l’exploitation minière ; en zone urbaine, ils exercent généralement le métier de marchand, de domestique ou de manœuvre)
  • Gagne sa vie avec un travail précaire
  • Est peu impliqué dans les politiques sociales et économiques du pays
  • Est membre d’organismes culturels ou communautaires
  • A hérité de la sagesse de sa culture
  • Veut en savoir plus sur ses droits, sa santé, son environnement et sa productivité

Avant de commencer leurs cours, les élèves subissent un test de placement permettant d’évaluer et de valider les connaissances qu’ils ont déjà acquises au cours de leur vie. Même les candidats non scolarisés et dépourvus de qualification y participent.

Pour ces tests de placement, on crée une ambiance dépourvue de tout caractère d’évaluation formelle. Les tests comprennent différents types d’activités (oral, écrit, individuel, en groupe) par lesquels les élèves peuvent démontrer non seulement leurs connaissances existantes, mais aussi leurs attentes, leurs centres d’intérêt et leurs capacités à acquérir de nouvelles connaissances.

Les besoins des élèves en matière d’apprentissage sont déterminés à partir de données statistiques existantes, du caractère de la zone spécifique dans laquelle le programme est proposé, des consultations avec les apprenants, des informations issues des statistiques relatives aux districts et communautés concernés et d’une fiche de préinscription qui renseigne sur leurs centres d’intérêt, exigences, besoins et attentes. Les apprenants sont inscrits et intégrés dans le système éducatif par le biais des procédures officielles suivantes : une carte d’inscription (à renseigner lors de l’inscription),Nómina de Matrícula y Actas de Evaluación (Attestation d’inscription et Rapports d’évaluation – un processus pour harmoniser les procédures, conditions et critères d’inscription des élèves).Ces procédures permettent au Centro de Educación Básica Alternativa de délivrer officiellement aux apprenants un certificat d’assiduité ou une attestation à la fin de chaque cycle.

Évaluation des apprenants

Pour évaluer les progrès des élèves, le programme suggère qu’ils soient testés à trois moments précis : tout au début (test de placement), pendant le cours (progrès et difficultés) et à la fin du cours (résultats).

  • Au début du cours, les tests permettent de situer les élèves et de connaître leurs niveaux, caractéristiques et besoins afin de les placer dans le groupe approprié.
  • Pendant le cours, les tests visent à identifier les domaines dans lesquels les élèves font des progrès ainsi que leurs besoins et difficultés. Cette forme d’évaluation continue doit être participative.
  • Le but des examens finaux est de vérifier les performances des élèves et de connaître leur niveau de progression. Cette évaluation est effectuée en fin de formation.

Suivi et évaluation

Le suivi, la supervision et l’évaluation du programme se font au moyen de processus d’audit qui évaluent les services offerts par rapport à l’évolution du processus d’alphabétisation. Sur la base d’indicateurs prédéfinis, ces processus d’audit indiquent dans quelle mesure les cours délivrés au niveau des periféricos distritales, núcleos de aprendizaje et círculos de aprendizaje (voir descriptions, plus haut) répondent aux objectifs spécifiques et évaluent les progrès des apprenants. Ils évaluent également les aspects relatifs à la gestion institutionnelle et communautaire. Les informations recueillies par le biais de ces audits sont utilisées à des fins d’analyse et de prise de décision.

Le suivi et évaluation est permanent et prend en compte des aspects tels que l’utilisation efficace des ressources financières pour les supports pédagogiques, qui représentent finalement une part importante du budget destiné à l’exécution du programme.

Le suivi se fait à l’aide d’instruments techniques contenus dans les kits pédagogiques. Les résultats peuvent être utilisés pour mettre en œuvre immédiatement des mesures correctives, au besoin. Les données issues du suivi sont enregistrées dans un système d’information. Des données sont également tirées de la supervision. Le coordinateur de district, le directeur du CEBA et les spécialistes de l'Unidad Gestión Educación Local (UGEL – Unité de gestion de l’éducation locale) mènent également des activités de supervision supplémentaires.

Le programme a démarré en 2012, et la majorité des élèves inscrits cette année ont opté pour poursuivre leurs études en 2013. L’évaluation de cette phase initiale était prévue en 2015-2016.

Impact et défis

Impact et réalisations

Depuis sa création (2012), le programme a fait 4833 bénéficiaires au total (3824 femmes et 1009 hommes). En septembre 2015, 3043 d’entre eux l’avaient achevé (2408 femmes et 635 hommes). Ces dernières années, le pourcentage de femmes participant aux programmes d’alphabétisation se situe entre 78 % et 80 %.

En plus d’avoir réussi à achever le programme, les apprenants sont de plus en plus nombreux à s’impliquer activement dans la vie de leur communauté et à décider de poursuivre les études. En effet, la confiance née de ce succès les rend plus prompts à exprimer leurs opinions. Les apprenantes, en particulier, participent plus activement aux prises de décisions, non seulement au sein de leur communauté mais aussi à la maison, avec leur famille.

Défis

Parmi les défis, on peut citer :

  • La migration des apprenants vers d’autres zones.
  • La gêne ressentie par certains apprenants qui participent aux cercles d’alphabétisation.
  • Les faibles taux d’assiduité des élèves en raison de la nature de leur emploi.
  • La question récurrente du paiement des animateurs, qui est très faible (La DEBA envisage de l’augmenter).
  • Forte inconstance des animateurs du fait du déménagement vers d’autres districts ou régions. Dans certaines localités, des enseignants recrutés pour travailler dans un district le quittent pour un autre ou pour une autre région. Au terme de leur contrat, ils quittent leur poste dans les cercles d’apprentissage.

La région du VRAEM est une zone sous état d’urgence en raison des actes de terrorisme qui y sont perpétrés. Cette situation ne favorise pas une bonne assiduité ou la constance des apprenants. En raison de son relief, la région produit des quantités importantes de feuilles de coca et, par conséquent, elle s’expose au trafic de drogue. Le relèvement des niveaux d’éducation dans la région du VRAEM à travers les cours d’alphabétisation ouvre de nouvelles opportunités, de meilleures perspectives d’emploi et, de ce fait, de meilleures conditions de vie pour les habitants.

Leçons apprises

  • Résoudre la situation complexe à laquelle les habitants de la région du VRAEM font face et atteindre les objectifs fixés en matière d’éducation requièrent une approche différenciée prenant en compte les conditions inhérentes à la région (climat, langue, espaces).
  • Offrir des services éducatifs appropriés aux élèves nécessite les actions suivantes :
    • Renforcer les relations avec les autorités locales et impliquer tous les acteurs intervenant dans les zones couvertes par le programme.
    • Expliquer l’importance du programme aux autorités locales et régionales, mettre à profit leur soutien et les inciter à l’inclure dans leur programme local.
    • Rattacher le projet à d’autres programmes sociaux qui octroient une assistance économique, notamment ceux qui interviennent dans les secteurs de la santé, de la nutrition ou de la production, et renforcer la collaboration entre eux en vue d’assurer une présence continue des élèves aux cours.
    • Susciter l’engagement de la communauté et encourager ses membres à s’impliquer dans la promotion du développement de l’alphabétisme et de la continuité du programme en participant aux campagnes de vulgarisation et aux actions de soutien social.

Il est essentiel d’encourager la participation et la contribution communautaires afin de susciter un sentiment d’engagement et de responsabilité à l’égard du programme. Cet engagement communautaire doit s’étendre à l’exercice de veille citoyenne en matière de suivi de l’assiduité des apprenants. Les communautés doivent également participer à l’amélioration constante du programme en signalant les incidents, en ayant un regard critique et en formulant des recommandations permettant d’améliorer les cercles d’apprentissage. Elles doivent aussi s’impliquer dans le suivi des performances des animateurs, des superviseurs et des coordinateurs de district.

Pérennité

Le programme d’alphabétisation est décentralisé et collabore da façon continue avec les collectivités locales, notamment avec les municipalités provinciales et locales. Il bénéficie également de soutiens sous forme de contributions provenant du secteur privé et d’organisations non gouvernementales. Par exemple, il collabore avec des entreprises pour étendre ses initiatives de développement de l’alphabétisme à d’autres districts. Ses partenaires financent directement ces initiatives (ils prennent en charge le personnel éducatif et les supports). Le programme collabore également avec d’autres secteurs étatiques (le ministère du Développement et de l’inclusion sociale, via son programme national Cuna Más) pour offrir ses services aux mères ayant des enfants âgés de 3 ans ou moins. Le programme Cuna Más permet aux femmes autrefois censées s’occuper de leurs jeunes enfants de participer aux cours.

Sources

Contacts

Luis Alberto Hiraoka Mejia
Director
Dirección de Educación Básica Alternativa (DEBA)
Dirección General Educación Básica Alternativa, Intercultural, Bilingüe y de Servicios Educativos en el Ámbito Rural (DIGEIBIRA)
Ministerio de Educación
Calle del Comercio 193 San Borja, Lima 41
Pérou
Téléphone : +51 615.5800 poste 26536
LHIRAOKA@minedu.gob.pe
www.minedu.gob.pe

For citation please use

U. Hanemann (Ed.). Last update: 12 octobre 2018. Alphabétisation et éducation continue dans la vallée des fleuves Apurimac, Ene et Mantaro, Pérou. UNESCO Institute for Lifelong Learning. (Accessed on: 24 June 2019, 11:17 CEST)

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