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Le Bibliobús Bertolt Brecht et la Bibliothèque germano-nicaraguayenne, Nicaragua

  • Date published:
    8 février 2012
Bibliobús Bertolt Brecht and the German-Nicaraguan Library (Nicaragua)

Présentation générale du programme

Titre du programme Le Bibliobús Bertolt Brecht et la Bibliothèque germano-nicaraguayenne
Organisation chargée de la mise en œuvre Pan y Arte e.V. (Germany)
Date de création 1987 –

Contexte et historique

Étant le deuxième pays le plus pauvre d’Amérique latine, le Nicaragua affiche contre un taux de développement faible. Compte tenu des querelles politiques ayant entravé l’éducation de base de nombreux adultes et du taux d’abandon scolaire important des enfants, de nombreux Nicaraguayens sont encore analphabètes ou ont un taux d’alphabétisme faible. Parmi les enfants qui ont commencé au premier niveau de l’école primaire, moins de 50 % parviennent au dernier niveau (UIS 2007) et seulement 80 % des enfants en âge d’aller à l’école primaire sont scolarisés (UNICEF, 2003-2008). Le taux de chômage est élevé dans l’ensemble du pays et environ 27 % des détenus nicaraguayens ont entre 15 et 18 ans. Malgré une grande proportion de jeunes prisonniers, les prisons ont des difficultés à payer les soins médicaux ou psychologiques des détenus ; dans ces circonstances, les fonds nécessaires à la formation et à l’éducation sont pratiquement inexistants.

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Dans les années 1980, une campagne d’alphabétisation efficace lancée par le gouvernement nicaraguayen a mobilisé les lycéens et les étudiants, ainsi que les professeurs de tous les niveaux éducatifs, afin de proposer des cours d’alphabétisation à travers le pays pendant une période de 5 mois. Les résultats de cette campagne initiale ont valu au Nicaragua le prix d’alphabétisation Nadezka Kruskaya de l’UNESCO en 1980. En 1990, le changement de gouvernement a mené au démantèlement de l’ancien programme d’alphabétisation et, malgré l’institution de nouveaux établissements et projets, dans les années 1990 les taux d’alphabétisme n’ont marqué qu’une très légère amélioration par rapport aux années 1970. Le programme « Yo Sí Puedo », qui a commencé au Nicaragua en 2005, a depuis imprimé un nouvel élan au défi consistant à s’attaquer à l’analphabétisme ; on peut dire qu’il a permis d’accomplir des progrès considérables. Cependant, les niveaux d’alphabétisme, en recul après la première campagne, renforcent l’importance d’établir des environnements favorables à l’alphabétisation, qui résistent aux changements de politique du gouvernement et encouragent ceux qui ont participé aux programmes d’alphabétisation à continuer d’apprendre.

Le projet Bibliobús a commencé en 1984 lorsque la bibliothécaire allemande retraitée, Elisabeth Zilz, a visité le Nicaragua pour la première fois. Suite à la forte impression que le pays et ses habitants ont produite sur elle, elle est rentrée en Allemagne avec l’intention de soutenir le Nicaragua. En cherchant un moyen d’exprimer sa solidarité, elle a décidé d’obtenir une assistance financière pour créer un nouveau service de bibliothèque mobile et, par la suite, une bibliothèque permanente germano-nicaraguayenne. Il y avait déjà eu une bibliothèque mobile, le véhicule Simón Bolívar, donné par le gouvernement du Venezuela en 1981 en un geste de solidarité envers la population du Nicaragua. Malheureusement, ce véhicule a été mis hors service en 1986 car des pièces importantes n’ont pas pu être remplacées.

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La bibliothèque mobile établie par Elisabeth Zilz et ses partisans fidèles, le Bibliobús Bertolt Brecht, est maintenant en service depuis 1987 et la bibliothèque publique Biblioteca Alemana-Nicaragüense est ouverte depuis 1993. Le programme entier a été repris par Pan y Arte e. V., une ONG allemande, en 2009, suite au départ de Mme Zilz. Pan y Arte e. V., créé à Weikersheim, en Allemagne, en 1994, a pour mission d’aider les populations défavorisées du Nicaragua à traversl’éducation, les arts et la culture, afin de créer une meilleure compréhension culturelle.

Programme

Buts et objectifs

Les buts des deux projets (le Bibliobus et la Bibliothèque germano-nicaraguayenne) sont les suivants :

  • Approfondir et renforcer l’éducation de base.
  • Cultiver et susciter le plaisir de lire parmi les enfants, les jeunes et les adultes du Nicaragua.
  • Donner accès à l’information sur la littérature nationale et internationale aux enfants, aux écoliers et à tous les visiteurs de la Bibliothèque qui souhaitent acquérir des connaissances sur ces sujets.
  • Aider les écoliers et les collégiens à faire leurs devoirs et des recherches.
  • Donner aux détenus la possibilité d’améliorer leurs compétences aux niveaux professionnel et personnel.
  • Soutenir le processus de démocratisation de la population.
  • Créer un environnement (et, plus spécifiquement, un bâtiment) pour les échanges culturels avec des institutions nationales et internationales (discours, conférences, réunions, cours, etc.). En pratique, cet objectif est réalisé avec l’offre de services culturels et éducatifs gratuits à la communauté (ex. ateliers d‘autodéfense, salles de concerts et de théâtre, programmes d’activités pendant les vacances scolaires, etc.).

Mise en œuvre du programme

Le Bibliobús Bertolt Brecht

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Les premières étapes pour établir le service de bibliothèque mobile ont été accomplies en Allemagne, où Elisabeth Zilz a recueilli des dons, réalisé des présentations, publié des annonces, présenté le projet à la Foire du livre de Francfort et remporté le soutien d’éditeurs, d’artistes, d’écrivains, de prêtres et de nombreux autres membres du public intéressés. Par le biais de ces soutiens, elle a recueilli assez d’argent pour acheter un autobus dans l’ancienne RDA et environ 3 000 livres en espagnol. Afin de consolider les livres pour leur prêt en bibliothèque, elle a créé l’atelier de reliure Sophie Scholl, à Managua, au Nicaragua, qui est toujours en activité actuellement.

Grâce à la générosité de plusieurs mécaniciens, qui ont proposé leurs compétences gratuitement pour transformer l’autobus en bibliobus, le Bibliobús Bertolt Brecht a été mis en service en 1987. Le bibliobus précédent, Simón Bolívar, s’étant peu à peu délabré, le nouveau véhicule a été équipé d’une boîte à outils et de pièces de rechange.

Depuis sa mise en service, le Bibliobus a visité plusieurs villages, écoles, usines et établissements. Aujourd’hui, il se rend une fois par mois aux trois prisons, Chinandega, Granada et Matagalpa (chacune comptant environ 800 détenus) et tous les quinze jours à la prison pour femmes La Esperanza, à Managua. Des contrats ont été passés entre les prisons et le Bibliobús afin de réglementer les visites et de veiller à ce que les prisons soutiennent pleinement le projet. Les dispositions des contrats précisent ce qui se passe si des livres manquent, assurent la présence de gardiens pendant les visites et l’accès direct des prisonniers aux livres et, souvent, incluent une subvention pour les frais de carburant. Dans certaines prisons rurales, les gardiens changent tous les cinq ans et le contrat avec le Bibliobús est signé à nouveau tous les ans.

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Le Bibliobús représente, pour les détenus, une possibilité significative de développer leurs compétences et leur personnalité pendant le temps qu’ils passent derrière les barreaux. Souvent, ilsreçoivent des conseils de la part du bibliothécaire. Parfois, du matériel tel que de la peinture et du papier est apporté pour favoriser les compétences que les prisonniers peuvent acquérir et souhaitent enrichir. Les détenus peuvent emprunter un seul livre lorsqu’ils utilisent le service pour la première fois, puis plusieurs lors des visites ultérieures. Des ateliers de littérature ont été proposés aux prisons, en 2009 et 2010, afin de donner aux participants la possibilité d’échanger sur ce qu’ils ont lu et de recevoir davantage d’informations sur les auteurs et la littérature. À un niveau plus fondamental, beaucoup de prisonniers apprennent à lire et écrire pour la première fois en prison, notamment les femmes. Le Bibliobús prend en charge leurs besoins littéraires de base, grâce à une sélection de livres pour enfants et de documents faciles à lire.

Des titres sélectionnés individuellement sont apportés aux prisons respectives afin de répondre aux souhaits spécifiques des détenus. À la prison de Matagalpa, située en zone rurale, il est courant qu‘ils demandent des livres sur l’agriculture et l’artisanat, alors que les femmes détenues demandent principalement des livres sur la religion, le dessin, la couture, la danse, la dactylographie, etc., qui les aident à se réinsérer dans la société. Suite au niveau élevé d’intérêt manifesté pour ces livres pratiques, un personnel externe qualifié s’est rendu à la prison pour proposer des conseils et des formations pour les femmes (à différents niveaux) dans ces domaines.

Pour atteindre la communauté en général, le Bibliobús se rend dans des écoles rurales, dont au moins une depuis plus de 20 ans. Avant de commencer le service, des accords sont passés avec l’école afin de définir la fréquence des visites du Bibliobús, les types de livres à proposer, ce qui se passe si un livre manque, etc. Les enseignants et les élèves ont la possibilité d’accéder à du matériel de lecture qui peut faciliter leur éducation formelle et compenser le manque de livres disponibles en classe et à la maison. Tous les ans, la Journée internationale du livre est célébrée dans et autour de l’autobus où les enfants ont tout loisir de passer la journée à lire et à écouter des conteurs.

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La liste des livres prêtés est établie lors de chaque visite du Bibliobús et un exemplaire reste sur place, qu’il s’agisse d’une école ou d’une prison, pour veiller à ce que la personne responsable puisse collecter et commander les livres avant la visite suivante. Généralement, les livres sont empruntés par les utilisateurs pendant un mois.

La Bibliothèque germano-nicaraguayenne

En 1993, la Biblioteca Alemana-Nicaragüense (bibliothèque germano-nicaraguayenne) a été conçue sous forme de bibliothèque publique à Managua ; hormis ses diverses fonctions de bibliothèque, elle accueille le Bibliobús et sert de lieu de stockage des livres. Cette bibliothèque était située dans les locaux de la Fondation Friedrich Ebert jusqu’en 2001, lorsque la ville de Managua a donné 1 000 m² de territoire à Linda Vista Norte, où le nouveau bâtiment de la Bibliothèque a pu être construit. Un nouvel agrandissement ayant été effectué en 2005, le bâtiment couvre maintenant 463 m² qui recouvrent une grande salle de lecture, un espace pour les enfants, un petit auditorium et un espace et des tables pour 65 visiteurs.

À la limite de ses capacités, la Bibliothèque abrite plus de 14 000 livres, dont 14 % de livres scolaires, 33 % de livres de littérature nationale et internationale, 15 % de livres pour enfants et jeunes adultes et 38 % de non-fiction. Une partie de la collection comprend 700 titres de littérature allemande traduite en espagnol, que ce soient des livres de philosophie, psychologie, religion, histoire, des biographies ou de la littérature pour jeunes adultes. Actuellement, les livres, qui proviennent aussi bien du Nicaragua que de l’étranger, peuvent être empruntés et ramenés chez eux par les usagers de la Bibliothèque, privilège qui n’est pas proposé dans la plupart des bibliothèques nicaraguayennes. De nombreux titres sont donnés par des exposants et des participants à la Foire du livre de Francfort, qui a lieu tous les ans à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne.

L’un des projets ayant acquis une grande importance à la Bibliothèque et dans la communauté est l’espace pour les enfants, où ils peuvent se livrer à des activités créatives, écouter des conteurs, se sensibiliser à la culture et apprendre à lire et à écrire sous la surveillance d’un assistant. Par le passé, des manifestations telles que la Journée de la Terre et des journées de don de sang de la communauté organisées dans la Bibliothèque ont été complétées par des activités artistiques basées sur l’alphabétisation en parallèle pour les enfants.

Outre les services proposés par la Bibliothèque, de nombreuses activités culturelles s’y déroulent, telles que des concerts, des lectures de livres et des manifestations autour d’auteurs, des expositions, des projections de film et des ateliers. La variété et la régularité des manifestations ont fait de la Bibliothèque un centre culturel qui promeut activement les échanges culturels. Elle soutient de nombreux autres projets (elle prête souvent son auditorium pour des utilisations culturelles) et travaille en harmonie avec diverses institutions et ONG.

Pan y Arte contribue au projet depuis 2002. LorsquElisabeth Zilz s’est retirée il y a sept ans, c’est devenu l’organisation allemande responsable du Bibliobús Bertolt Brecht et de la Bibliothèque germano-nicaraguayenne, parallèlement à la coordination d’autres projets sociaux et culturels au Nicaragua.

Recrutement et formation du personnel

Une équipe de dix personnes travaille dans la Bibliothèque, y compris le directeur, le personnel d’entretien, le bibliothécaire, l’assistant du bibliothécaire, l’assistant de l’espace pour les enfants, un employé qui participe au prêt des livres et, souvent, un jeune bénévole allemand. En outre, Mme Zilz continue à jouer un rôle actif dans le fonctionnement de la Bibliothèque, en retournant au Nicaragua quelques mois par an pour participer au travail. À l’exception des bénévoles, les postes sont rémunérés. L’assistant de l’espace pour les enfants est chargé d’aider les enfants à apprendre à lire, dans la Bibliothèque aussi bien que dans les écoles avoisinantes, et participe à des ateliers, notamment sur la lecture à voix haute, les travaux manuels, etc.

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Les tâches liées à ce poste nécessitent créativité, plaisir de lire, capacité à lire de manière divertissante et, si possible, une formation pédagogique. Le bibliothécaire actuel, qui possède de nombreuses années d’expérience du travail en bibliothèque, étudie afin de passer une licence de gestion de l’information et participe régulièrement à des ateliers de formation sur la gestion des bibliothèques proposés par la Bibliothèque nationale et l’Association nationale des bibliothécaires. Des représentants de l’organisation Libros para niños, qui joue un rôle important pour encourager les enfants d’Amérique centrale à lire, se rendent régulièrement à la Bibliothèque afin de travailler avec ses employés, dans le cadre d’une coopération entre ces deux organisations.

Le premier conducteur du Bibliobús, Reybil Cuaresma Bustos, a, au début, rempli les fonctions de bibliothécaire mobile. C’est toujours lui qui conduit le Bibliobús. Au cours des années, sa loyauté, son engagement et son savoir-faire ont permis à de nombreux Nicaraguayens d’avoir un contact direct et sérieux avec le matériel de lecture et de cultiver des habitudes de lecture qu’ils conserveront toute leur vie. De nos jours, chaque fois que le Bibliobús part en tournée, le bibliothécaire ou son assistant accompagne le conducteur afin de participer au prêt et à la collecte des livres, ainsi que pour conseiller et assister les lecteurs.

En 2001, la Bibliothèque a commencé à proposer des places de bénévoles à de jeunes Allemands qui souhaitaient passer 6 à 12 mois à vivre et travailler au Nicaragua. Ils participent aux tâches manuelles mais, surtout, contribuent à optimiser le rôle de la Bibliothèque en tant que centre culturel et éducatif pour la communauté. Il est courant qu’ils proposent des cours d’anglais et d’allemand, de musique, de jonglage ou d’échecs, mais ils sont encouragés à monter leurs propres projets en fonction de leurs talents et de leurs centres d’intérêt.

Impact et défis du programme

Impact et réalisations

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L’une des parties les plus réussies du programme est sans aucun doute l’interaction avec les prisonniers et leur accès à la littérature. En 2009, avec plus de 6 500 livres empruntés par les détenus de quatre prisons différentes, il est clair que de nombreux prisonniers profitent de la possibilité d’emprunter des livres au Bibliobús. Outre les livres pour enfants lus par les détenus ayant un faible niveau d’alphabétisme, les ouvrages documentaires sont très demandés par les prisonniers qui veulent acquérir des compétences pratiques et améliorer leur développement personnel. Non seulement la littérature leur donne la possibilité d’échapper à la vie dure et monotone de la prison, mais elle leur permet d’acquérir des connaissances qui leur seront utiles lorsqu’ils seront libérés.

Les relations de coopération entre les employés de la prison et les bénévoles du Bibliobús ont permis au programme de bien fonctionner et ont un effet très positif sur les prisonniers. Lorsqu’il a quitté la prison de Chinandega, l’un des détenus a reçu un parrainage allemand afin de financer son apprentissage pendant quelques années. Cependant, il y a de nombreux autres exemples de l’impact positif que le service de la Bibliothèque a exercé sur les prisonniers.

Luis Francisco Arauz : « Lorsque je suis entré en prison pour la première fois, il y a onze ans, je pensais que ma vie était finie. Ensuite, j’ai commencé à lire les livres du Bibliobús. Un jour, j’ai trouvé un livre appelé Le Plaisir de peindre, qui contenait beaucoup de belles choses, alors j’ai décidé de commencer à peindre. Avec ce que j’ai appris, je peux vivre de mon travail de peintre de panneaux. Désormais, grâce à ma peinture, la communauté me reconnaît et m’apprécie ; je suis devenu quelqu’un de différent. Mon professeur a été le Bibliobús. »

Lorsqu’il arrive dans les écoles rurales, le Bibliobus est toujours accueilli par une foule d’enfants, d’élèves et de jeunes adultes. Étant donné le nombre considérable d’élèves qui ne parviennent pas à terminer leur scolarité primaire, il crée une incitation à aller à l’école. Son arrivée est annoncée par haut-parleur afin d’informer la communauté. Les compétences en lecture que les élèves acquièrent en empruntant des livres leur resteront toute leur vie et compensent partiellement les effets négatifs d’une scolarité primaire peu bénéfique.

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Le personnel du Bibliobus assiste à la façon dont l’expérience vécue par les enfants favorise leur plaisir de lire et les aide à réussir. Bien qu’il soit difficile de suivre les progrès des enfants une fois qu’ils ont quitté l’école primaire, des résultats concrets ont été observés. Une jeune fille qui, enfant, utilisait le service du Bibliobús à l’école, fait maintenant des études de médecine et a déclaré que, sans le service de la Bibliothèque, elle n’en serait sans doute pas là. Dans le village de Los Cerros, les enfants de l’école secondaire ont insisté pour avoir, eux aussi, accès au service de la Bibliothèque qui, auparavant, n’était proposé qu’aux enfants du primaire. Ils ont demandé des livres pour jeunes adultes parmi les classiques latino-américains, ainsi que de la littérature internationale moderne telle qu’Harry Potter ou la saga Twilight. Un jeune artiste très talentueux emprunte des livres sur Léonard de Vinci et sur les techniques de dessin.

Utilisée par quelque 20 000 personnes chaque année, avec la visite quotidienne de 100 à 150 enfants et jeunes adultes pour faire leurs devoirs, lire et jouer, la Bibliothèque sert de pôle culturel à la communauté. Les assistants aident les élèves à faire leurs devoirs et, de temps en temps, l’établissement donne aux enfants des cartables, du papier et des livres scolaires, afin de faciliter leur scolarisation. La majorité des visiteurs sont des élèves qui habitent à proximité et viennent faire leurs devoirs, mais la Bibliothèque reçoit aussi la visite régulière d’étudiants et d’adultes. Au niveau national, elle facilite les échanges culturels internationaux en organisant des conférences, des discussions, des stages et divers projets avec des invités étrangers. Ce niveau de culture de bibliothèque publique et active, jusqu’à présent très peu connu, redonne vie au Nicaragua.

Suite à la campagne d’alphabétisation des années 1980, les visites du Bibliobús dans les usines et les villages ruraux ont permis a ceux qui avaient amélioré leurs compétences en lecture de continuer à les développer, tout en leur donnant l’envie d’en savoir plus. Grâce aux visites du Bibliobús et à la création de la Bibliothèque, des avancées ont été réalisées pour surmonter le manque de littérature et créer des environnements soutenant et promouvant l’alphabétisation, qu’il s’agisse de l’éducation formelle des enfants ou de l‘apprentissage tout au long de la vie dans la communauté.

Défis

À part l’acquisition des dons, les difficultés qui ont entravé la progression de ce projet étaient principalement d’ordre pratique et politique. L’un des domaines qui aurait pu présenter beaucoup d’obstacles était le travail avec les prisons, notamment le fait de permettre au Bibliobús de se rendre sur place et de proposer aux détenus un accès illimité aux livres. Malgré les difficultés potentielles, la conclusion de contrats et la coopération du personnel de la prison a abouti à un travail d’équipe productif.

L’une des premières difficultés du programme a été les vols de pièces détachées de l’autobus, qui se sont produits pendant les périodes de transition (lorsque l’autobus était retenu à la douane, en 1987, et lors du transfert à la Bibliothèque nationale, en 1992). Malheureusement, il y a très peu de façons d’empêcher ce type d’incidents qui, par chance, sont rares.

Au début du programme, il n’a pas été expliqué suffisamment clairement que les livres du Bibliobús étaient prêtés et beaucoup ont pensé qu’il s’agissait de cadeaux qui, par conséquent, ne devaient pas être rendus. Les gens ayant vu écrit sur l’autobus « Amis de la République fédérale, en solidarité avec le peuple nicaraguayen » ont pensé à tort que les livres étaient des dons. Pour éviter ce qui aurait pu fortement limiter le projet, l’équipe du Bibliobús a veillé à ce que, à partir de ce moment, les règles et la nature du programme soient bien expliquées aux usagers de la Bibliothèque. De plus, l’équipe a déployé tous les efforts possibles pour que les livres soient rendus.

En raison de la réorganisation politique et administrative réalisée par les autorités publiques à la fin des années 1980 et au début des années 1990, le projet a été quelque temps géré par le ministère de la Culture. Pendant cette période, le véhicule a été mis hors service pendant 6 mois pour apporter des denrées alimentaires aux travailleurs. S’apercevant que l’autobus ne répondait pas aux objectifs du projet, les employés chargés du service ont cherché une meilleure solution. En mars 1990, l’autobus a finalement été confié au bureau du maire, à Managua, et rendu à la bibliothèque locale Elvis Chavarría d’où il a repris ses visites dans les centres de travail et les prisons. La résolution de ces difficultés n’a été possible que grâce à l’esprit d’initiative et à la détermination de l’organisation gestionnaire (à l’origine Elisabeth Zilz et l’œuvre caritative Ein Bücherbus für Nicaragua e. V., puis Pan y Arte e. V. ).

Leçons apprises

Le Bibliobús et la Bibliothèque germano-nicaraguayenne servent d‘exemples de bonne pratique de bibliothèque coopérative et de création de centres de lecture actifs dans un pays où les habitudes de lecture sont sous-développées et où les bibliothèques sont mal approvisionnées ou simplement inexistantes. La Bibliothèque germano-nicaraguayenne démontre que les bibliothèques peuvent être davantage qu’une simple collection de livres, en proposant des programmes culturels actifs et en s’adressant à des communautés désavantagées.

Deux facteurs importants ont contribué au succès du programme : la continuité et la régularité des visites, ainsi que la motivation et l’adaptabilité des employés afin d’améliorer et d’étendre continuellement le service.

Les résultats encourageants de la participation active des prisonniers ont montré que les compétences en alphabétisation fonctionnelle peuvent aider à améliorer la qualité de vie des personnes de diverses origines. En outre, ils ont montré que la mise à disposition de matériel de lecture revient à donner aux gens des outils pour qu’ils s’aident eux-mêmes.

L’expérience du Bibliobús dans les écoles de village et dans l’ensemble de la communauté a servi à créer de bonnes habitudes de lecture, chez les enfants comme chez les adultes, et à encourager les enfants à découvrir le plaisir de la lecture et de l’apprentissage.

Le succès continu du projet de bibliothèque mobile dépend des soutiens externes, par le biais des ONG et des organisations caritatives, qui assurent la supervision. Néanmoins, depuis qu’il est rattaché à la Bibliothèque germano-nicaraguayenne, le véhicule fonctionne exclusivement comme bibliobus, si bien que la supervision de son activité n’est plus une tâche aussi difficile.

Pérennité

Sous la direction de Pan y Arte, le Bibliobús et la Bibliothèque germano-nicaraguayenne bénéficient d’une image caritative hors du Nicaragua et du soutien financier régulier de donateurs étrangers. La promotion du programme en Allemagne et aux foires du livre dans le monde entier a suffi à ce que la Bibliothèque reçoive régulièrement de nouveaux titres et des fonds, qui lui permettent d’augmenter ses ressources et sa zone de service. Elle a été agrandie et reconstruite plusieurs fois afin d’accueillir de plus grands nombres de visiteurs. En 2009, un ordinateur a été acheté pour le Bibliobús, grâce à un soutien financier continu. En 2011, un nouveau Bibliobús a été acquis. Il sera équipé d’une batterie solaire afin d’alimenter l’ordinateur de bord, ainsi que d’un rétroprojecteur pour projeter des films.

Parmi les raisons importantes qui expliquent la pérennité du programme figurent la participation active et croissante de la communauté et le soutien du personnel des prisons. Les organisations qui travaillent dans le pays proposent de nouveaux emplacements dans leur secteur et acceptent d’y financer les visites du Bibliobus. Cette participation d’organisations externes permet à la Bibliothèque de continuer à exercer un impact important et contribue à la stabilité financière du projet. L‘attribution d‘emplois à de jeunes Allemands augmente la main-d’œuvre et injecte de la vitalité dans le programme, étant donné que chaque nouveau bénévole apporte de nouveaux talents à la communauté. Ils sont encouragés à créer leurs propres projets, tels que des concours d’échecs, des cours d‘autodéfense, etc., qui concernent et éduquent activement la communauté.

La Bibliothèque traite directement les besoins éducatifs de la population, en leur proposant les outils dont ils ont besoin pour continuer à apprendre. Elle continue à être dirigée de manière innovante, avec une collection croissante de titres et des manifestations culturelles diverses (cours, débats, ateliers d’art, etc.). Répondre aux demandes de la communauté et rester flexible joue un rôle important dans la survie du Bibliobús et de la Bibliothèque. Tant que les partenaires (écoles, communautés et personnel des prisons) et les organisateurs du programme conservent les mêmes bons rapports de négociation et de coopération, le Bibliobús devrait pouvoir continuer à proposer aux détenus un service de bibliothèque fructueux et utile.

Sources

Contact

Pan y Arte e. V.
Fritz Böhm
Directeur honoraire
Rothenburg 41
48143 Münster
Allemagne
Tél. : 0049-251-4882050
Fax : 0049-251-4882059
info (at) panyarte.org
http://www.panyarte.org

Dernière mise à jour: 12 avril 2011

For citation please use

U. Hanemann (Ed.). Last update: 19 janvier 2018. Le Bibliobús Bertolt Brecht et la Bibliothèque germano-nicaraguayenne, Nicaragua. UNESCO Institute for Lifelong Learning. (Accessed on: 21 October 2019, 01:47 CEST)

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