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Centre intégré d’éducation des jeunes et des adultes (CIEJA), Brésil

  • Date published:
    21 juin 2017

Présentation du programme

Titre Centro Integrado de Educação de Jovens e Adultos (CIEJA, Centre intégré d’éducation des jeunes et des adultes)
Organisation chargée de la mise en œuvre Division municipale de l’éducation de la ville de São Paulo et Direction régionale de l’éducation de Campo Limpo
Langue d’enseignement Portugais
Financement Division municipale de l’éducation de la ville de São Paulo et partenariats sporadiques
Partenaires ONG Capão Cidadão, Projeto TV Doc Inclui et Projeto Viela
Date de création 1999

Contexte national

Au cours des deux dernières décennies, le Brésil a amélioré ses indicateurs de qualité de vie relatifs à l’éducation, aux conditions de vie et à la richesse, la population vivant avec moins de 1,90 dollar par jour ayant chuté de 13,6 pour cent en 2001 à 4,9 pour cent en 2013. L’enseignement primaire gratuit est désormais universel, tandis que le Pacte national pour l’alphabétisme à l’âge approprié de 2012 vise à améliorer le niveau d’alphabétisme des enfants en aidant à faire en sorte que chaque enfant ait un niveau satisfaisant avant l’âge de 8 ans (ministère brésilien de l’Éducation, 2012). Si les taux d’alphabétisme des jeunes et des adultes ont chuté de plus de 18 millions en 1980 à près de 12 millions en 2015, beaucoup reste à faire pour améliorer l’accès et la qualité de l’éducation des jeunes et des adultes. Cet effort gagnerait à inclure les communautés défavorisées dans le processus d’alphabétisation.

Dans la ville de São Paulo, une initiative a été lancée pour créer des espaces qui offrent des opportunités d’éducation flexibles aux jeunes et aux adultes. Ce, pour les habiliter à devenir des citoyens socialement, économiquement et politiquement actifs tout au long de leur vie.

Présentation du programme

Le Centro Integrado de Educação de Jovens e Adultos (CIEJA, Centre intégré d’éducation des jeunes et des adultes) de Campo Limpo a été créé en 1999 dans la ville de São Paulo. Par le passé, les CIEJA portaient le nom de Centros de Educação Municipal de Ensino Supletivo (CIEMENS, Centre municipal d’études complémentaires) et étaient logés dans les églises. Le CIEJA a démarré ses activités éducatives dédiées aux jeunes et aux adultes en 2001, en collaboration avec les autorités municipales. La même année, le programme a été adopté comme politique permanente par les autorités municipales. Actuellement, 14 centres mettent en œuvre l’approche/le programme des CIEJA. La présente étude de cas se focalise sur le travail et les résultats du CIEJA de Campo Limpo.

Cette initiative s’efforce d’offrir une éducation inclusive aux jeunes et aux adultes. Elle doit beaucoup au philosophe et éducateur Paulo Freire en termes d’inspiration. Innovation et créativité sont les principes directeurs de son équipe administrative, ses employés et enseignants, tout comme son engagement à œuvrer pour l’éducation de tous afin de transformer les vies. Cet engagement découle de la compréhension et de l’acceptation du fait que les groupes cibles sont des producteurs actifs d’art, de culture, de loisirs et de savoirs. En outre, l’initiative reconnaît les acteurs culturels des quartiers comme des maillons essentiels de la conception des activités et d’un curriculum tournés vers la création de valeur ajoutée et la transformation de la communauté.

Les groupes cibles incluent les jeunes déscolarisés et les adultes à scolarité inachevée désireux d’améliorer leurs niveaux d’alphabétisme et de compétences de base pour s’assurer de meilleures opportunités d’emploi et conditions de vie, mais aussi promouvoir leur développement personnel. Les apprenants du CIEJA sont issus des groupes minoritaires, des communautés immigrées (deux Haïtiens se sont inscrits en 2016) et des peuples autochtones.

Le programme enrôle en moyenne 1.322 élèves par an (dont environ 60 pour cent de femmes et 30 pour cent de jeunes) et cible les communautés locales et les zones environnantes. L’inscription est ouverte toute l’année. Les effectifs varient selon l’intérêt de la communauté pour l’éducation et les exigences et responsabilités quotidiennes de la vie des groupes cibles.

Buts et objectifs

Le CIEJA ambitionne d’offrir une éducation inclusive aux groupes minoritaires et aux immigrés, mais aussi aux membres des peuples autochtones, conscients depuis peu de la place de leur patrimoine dans leur existence. Le programme cherche aussi à améliorer la prise de conscience et la compréhension, par les participants, des préjugés et défis liés au genre et aux rapports intergénérationnels. Concernant ce dernier objectif, il est intéressant de noter la participation fréquente de deux générations d’une même famille.

Le programme se fixe les objectifs spécifiques suivants :

  • Amener les apprenants à mieux comprendre leur propre culture et les autres cultures.
  • Amener les apprenants à mieux comprendre leur origine sociale et ethnique.
  • Mieux cerner les éventuels handicaps des apprenants et améliorer leur qualité de vie.
  • Habiliter les élèves à travailler à induire des transformations positives dans leur communauté.
  • Promouvoir le travail collaboratif au sein et en dehors des communautés des apprenants.

S’impliquer davantage dans le processus d’apprentissage de leurs enfants fait partie des objectifs déclarés des apprenants au moment de s’inscrire au programme. C’est aussi un des résultats les plus observés.

Mise en œuvre du programme

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Le centre de Campo Limpo repose actuellement sur le travail de 35 animateurs. Jouissant du statut de fonctionnaires, ils sont affectés à leurs postes respectifs après avoir subi avec succès les examens et le processus de sélection requis. Ils encadrent en moyenne 15 apprenants à la fois.

Le CIEJA propose un emploi du temps en six séances de deux heures et demie. Cette approche se justifie par la législation autorisant les élèves à passer la moitié du quantum horaire requis hors de la salle de classe. En lieu et place des classes traditionnelles, les élèves sont répartis en quatre niveaux (appelés « modules ») selon leur niveau de connaissances : alphabétisation, post-alphabétisation, intermédiaire et final. À chacune des six séances – 7:30 à 22:00 – les quatre modules sont enseignés et avancent au même rythme. Cela assure une flexibilité qui permet à un apprenant qui rate une séance de suivre le même cours à un autre moment et de se rattraper. Le bureau de l’administration est ouvert pendant les heures de cours pour permettre aux élèves de s’inscrire et de commencer à tout moment.

Le centre de Campo Limpo a noué divers partenariats avec la communauté. Ceux-ci se traduisent par des événements, des visites, des excursions et des activités d’apprentissage. La possibilité de devenir partenaire du CIEJA est ouverte à toute personne qui propose des activités éducatives intéressantes pour les apprenants. Entre autres exemples d’événements organisés en partenariat avec la communauté de São Paulo, le Douzième séminaire sur la participation des Noirs à l’éducation (célébration et information sur les défis à relever pour un système éducatif plus inclusif pour les Afro-brésiliens) et le Troisième séminaire annuel sur les communautés indigènes, un groupe thérapeutique sous forme de café-débat avec panels, conférences et ateliers et des activités culturelles impliquant plus de 600 participants à la fois.

Le centre de Campo Limpo et le programme CIEJA, dans son ensemble, visent à créer un espace permettant aux élèves d’aborder leurs défis et problèmes quotidiens et de se faire aider à trouver des solutions. Le contenu d’apprentissage est, de ce fait, utile et applicable à leurs contextes et besoins.

Recrutement et évaluation des besoins

L’inscription est ouverte toute l’année. Les apprenants passent du premier au second cycle en fonction de leurs progrès en lecture, écriture, interprétation de textes et réflexion critique. Ils sont inscrits à la suite d’une activité diagnostique. Celle-ci consiste à soumettre le postulant à une série d’exercices de lecture et écriture (lecture d’une phrase courte ou dictée, par exemple) pour évaluer son niveau d’alphabétisme et de numératie et identifier d’éventuelles difficultés. Par la suite, une orientation initiale est organisée pour familiariser les apprenants avec les équipements et opportunités du programme.

Une fois qu’ils ont subi l’activité diagnostique, les élèves sont placés dans le premier ou le second cycle du programme. Dans le premier cycle, les activités se font avec l’aide d’un animateur. C’est le cycle pendant lequel se fait le gros des activités d’alphabétisation. Dans le second cycle, les apprenants dirigent eux-mêmes les activités, et c’est à ce stade que les activités de post-alphabétisation sont intégrées à l’apprentissage d’un métier, rendant le processus plus dynamique. Ce cycle introduit une division de l’apprentissage en quatre catégories : sciences humaines, langues et codes, sciences cognitives et mathématique. Au début de l’année scolaire 2016, les élèves ont proposé de regrouper les matières en quatre grands thèmes :

  • Famille,
  • Alimentation,
  • Travail,
  • Sport et voyage.

Des assemblées regroupant apprenants et animateurs se tiennent régulièrement, et on encourage et entretient une communication constante entre animateurs, administration et élèves, en classe et en dehors, afin d’identifier les défis et les solutions aux problèmes.

Contenu et approche

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Chaque semestre, les élèves choisissent une thématique générale qu’ils souhaitent étudier, y compris des concepts abstraits. Ce choix se fait au sein du groupe. Au départ, les enseignants essaient de cerner les connaissances des apprenants concernant le sujet choisi, en soulignant en quoi il affecte leur vie et celle-ci l’affecte, puis ils tentent d’élargir le concept à un savoir plus abstrait. De ce travail thématique, les apprenants doivent tirer des moyens d’impliquer la communauté à travers des présentations et des plans d’intervention.

En même temps qu’ils étudient le thème choisi pour le semestre, les élèves sont répartis en classes portant sur l’un des quatre domaines généraux de connaissance suivants : langues (portugais et anglais), sciences humaines (histoire et géographie), sciences cognitives (sciences naturelles et philosophie) et matières logiques et artistiques (mathématique et art).

À la fin du mois, les apprenants passent à un autre domaine de connaissance et étudient ainsi toutes les matières. Cette méthode d’enseignement vise à autonomiser les élèves et à en faire des chercheurs proactifs et autonomes dans différents domaines en leur donnant l’occasion de les découvrir. L’objectif est de les habiliter à poursuivre l’apprentissage une fois qu’ils auront quitté le CIEJA et à pouvoir mettre au point des solutions innovantes et créatives pour améliorer leur existence et celle de leur famille et de leur communauté. Cet objectif est facilité par le type d’activités auxquelles ils prennent part au CIEJA. Ces activités s’articulent généralement autour d’une situation ou d’un problème réel et permettent aux apprenants d’appliquer les connaissances acquises à une situation réelle.

Le programme utilise des manuels distribués par le gouvernement ainsi que d’autres supports d’apprentissage et d’enseignement mis au point par le personnel du CIEJA.

Ces ouvrages couvrent les principaux domaines thématiques suivants :

  • Alphabétisation et calcul de base ;
  • Post-alphabétisation ;
  • Compétences de la vie courante ;
  • Santé ;
  • Formation professionnelle et compétences génératrices de revenus ;
  • Réduction de la pauvreté ;
  • Contextes multilingues ;
  • Citoyenneté démocratique ;
  • Apprentissage familial et intergénérationnel ;
  • Appui aux environnements alphabétisés ;
  • Développement durable ;
  • Communauté durable ;
  • Genre ;
  • Alphabétisation fonctionnelle ;
  • Questions ethniques et raciales ;
  • Questions concernant les communautés indigènes ;
  • Questions relatives à la vie des jeunes ;
  • Questions concernant la vie des animaux.

Les apprenants à besoins spéciaux sont conviés à participer et font l’objet d’une attention particulière. En 2016, le programme comptait 300 apprenants handicapés. Parmi eux, des porteurs de handicap auditif, visuel et cognitif. Les apprenants à besoins spéciaux et handicapés peuvent participer à des activités spéciales. Une zone spéciale, dénommée « Salle d’aide à l’inclusion » est dédiée à ces activités, qui incluent le taekwondo, la peinture, la musique et la capoeira.

Autres activités

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Afin d’aider à comprendre les défis que rencontre la communauté autochtone de São Paulo, le CIEJA co-organise avec elle de nombreuses activités de vulgarisation. Cette série d’activités en est à sa quatrième édition et réunit membres des différents groupes autochtones de la ville et personnes non autochtones. Grâce à ces activités, le CIEJA a pu aider certains de ses apprenants à découvrir leur origine autochtone, perdue depuis que leurs ancêtres ont migré en ville, à São Paulo.

Suivi et évaluation

Le suivi et évaluation se fait par le biais de diverses activités d’évaluation tout au long du programme. De leur côté, les apprenants remplissent des formulaires d’évaluation de leur expérience générale à l’école, y compris leur vie quotidienne, le thème abordé, les méthodes d’enseignement et les activités proposées. Des évaluations externes du programme sont faites dans le cadre du suivi assuré par la Direction régionale de l’éducation de Campo Limpo, en particulier par un inspecteur qui vient régulièrement superviser et évaluer les activités du centre.

Impact et défis

L’impact vérifiable du CIEJA se lit dans la transformation visible de la communauté du centre de Campo Limpo et du quartier en général. L’expérience et les besoins des apprenants étant prioritaires, les élèves participent activement au processus décisionnel. Le but est de s’assurer que l’école reste un environnement favorable pour leur vie extrascolaire et qu’ils bénéficient d’un système d’appui pour réaliser leurs projets pour le futur. Grâce à l’apport constant de plusieurs participants et partenaires, le projet a réalisé de nombreux résultats en termes de qualité de l’éducation : les activités autour des thèmes sont proposées par les participants, des projets communautaires ont été lancés, il a été créé un curriculum répondant aux besoins et enjeux de la région, notamment la violence, la discrimination, la drogue et l’abus de pouvoir.

Pour leur part, les apprenants déclarent que leur participation au programme du CIEJA leur a permis de participer au développement et à l’éducation des enfants à leur charge.

Le programme a dû faire face aux principaux défis suivants :

  • Travailler avec des générations différentes et intégrer leurs centres d’intérêt, besoins et perspectives respectifs à l’offre éducative.
  • Manque d’espace et de ressources, ce qui a rendu difficile la mise en œuvre des activités.
  • Faible effectif des animateurs. Il est essentiel d’accroître le nombre d’animateurs et l’espace aussi bien pour la continuité du programme que pour réaliser ses objectifs consistant à offrir des expériences d’apprentissage émancipatrices à des adultes qui, autrement, n’en n’auraient pas eu.

Témoignage

J’ai découvert le CIEJA grâce à un collègue de travail et, comme je vis ici sans étudier depuis cinq ans à cause de mes horaires contraignants, j’ai décidé de venir me renseigner sur le CIEJA, et j’ai vraiment adoré. J’ai découvert un environnement accueillant, sans discriminations. J’ai beaucoup appris en étudiant ici, notamment comment écrire des textes et effectuer des opérations, l’importance de l’environnement, les difficultés des communautés autochtones à sécuriser leurs terroirs, le racisme et bien d’autres choses. J’ai surtout été marquée par l’inclusion qui existe ici pour les personnes à besoins spéciaux et, après une année, je peux dire que je ne pense plus comme avant… Cette année passée au CIEJA a réveillé en moi le désir d’étudier pour pouvoir, un jour, enseigner et susciter ce même désir chez d’autres.
Veronica N., apprenante au CIEJA.

Leçons apprises

  • L’engagement pour le changement social est essentiel et, pour les animateurs, il est capital d’intégrer les besoins et attentes des bénéficiaires à l’offre éducative, mais aussi de comprendre leur passé, leurs perspectives, leurs positions et leurs réalités.
  • Pour livrer un programme productif et émancipateur aux résultats importants, il est essentiel d’aborder et d’étudier en permanence les thématiques de la vie courante, telles que l’appartenance ethnique, le genre, les conflits intergénérationnels, les droits environnementaux, l’alimentation et la nutrition et les questions relatives à la famille et à la jeunesse.
  • Il est non seulement faisable, mais souhaitable, de créer un modèle éducatif novateur, tenant compte d’initiatives partant de la base et respectueuses du contexte local, élaborées dans le cadre de la discussion et du partage de connaissances.

Pérennité

Le financement du programme est malheureusement limité, et le CIEJA a frôlé l’arrêt à plusieurs reprises. Malgré cela, il en est à 15 ans d’activités, preuve de l’importance de son action et de sa ferme volonté de continuer à servir la communauté de Campo Limpo. L’implication de la communauté, au sens large, a également permis d’informer tout le quartier de la présence du CIEJA et de son rôle dans la ville et la communauté. L’idée est de mettre le projet à l’échelle aux niveaux des États et de la fédération en institutionnalisant son financement à travers la mise en œuvre de nouvelles politiques par le gouvernement fédéral.

Sources

Contact

Ms Eda Luiz
Director/General Coordinator
Rua Cabo Estácio da Conceição, n. 176 Parque Maria Helena – São Paulo – Brazil
Tel:(0055)(11) 58063701
blogdociejacampolimpo.blogspot.com
ciejacampolimpo@prefeitura.sp.gov.br
ciejacl1999@gmail.com
edaluiz@gmail.com

For citation please use

U. Hanemann (Ed.). Last update: 12 octobre 2018. Centre intégré d’éducation des jeunes et des adultes (CIEJA), Brésil. UNESCO Institute for Lifelong Learning. (Accessed on: 24 June 2019, 11:54 CEST)

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