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Programme d'alphabétisation et d'emploi REFLECT, Soudan

  • Date published:
    13 November 2015

Présentation générale du programme

Titre du programme Programme d’alphabétisation et d’emploi REFLECT (RLLP)
Organisation chargée de la mise en œuvre GOAL Irlande
Partenaires de financement Gouvernements britannique (ministère du développement international – DFID) et irlandais.
Date de création 2005

Historique et contexte

Le Soudan a été ravagé par des décennies de conflits armés violents. Si certaines parties du pays, telles que le Sud-Soudan (depuis 2005) connaissent une paix relative, le conflit perdure dans d’autres régions comme le Darfour. Effet particulièrement pervers de ces cycles vicieux de conflits, beaucoup de femmes (mais aussi d’hommes) ont été privées d’enfance et d’opportunités d’éducation. Cette situation, ajoutée aux effets de la pauvreté et aux pratiques socioculturelles qui tendent à mettre l’éducation des garçons avant celle des filles, s’est traduite par des taux élevés d’analphabétisme féminin. D’après les estimations, les taux d’alphabétisme des hommes et des femmes avoisinent respectivement 71 et 52 % dans le Nord-Soudan. La situation est particulièrement préoccupante dans le Sud – « ancien » épicentre du conflit, où les taux d’alphabétisme tournent respectivement autour de 37 et 12 %. Consciente des effets néfastes du taux d’analphabétisme élevé des femmes sur le niveau de vie et le développement de leur famille et de leur communauté, GOAL Irlande a lancé le Programme d’alphabétisation et d’emploi REFLECT (RLLP) en début d’année 2005 en vue d’autonomiser les femmes défavorisées. Le RLLP s’inspire du Programme d’alphabétisation des femmes des communautés déplacées, un autre programme REFLECT de GOAL qui a remporté le Prix international d’alphabétisation UNESCO du Roi King Sejong 2005 après six ans d’existence.

Le Programme d’alphabétisation et d’emploi REFLECT (RLLP)

Le RLLP cible les femmes défavorisées, notamment celles des camps ou des communautés de déplacés. Il dessert chaque année plus de 2000 apprenantes ou bénéficiaires dans cinq localités du pays : État de Khartoum, État de Kassala, Haut-Nil, Nil bleu du Sud et Kordofan du Sud. L’arabe, l’anglais et d’autres langues locales en sont les principales langues d’enseignement.

Le RLLP dispose d’un curriculum élargi, qui couvre les thèmes intégrés suivants :

  • alphabétisation de base et fonctionnelle
  • alphabétisation pour la santé (santé maternelle, nutrition familiale, santé préventive, soins infantiles, hygiène et assainissement, etc.)
  • alphabétisation familiale
  • formation professionnelle (par exemple, apprentissage d’activités génératrices de revenus)

Buts et objectifs

Le programme vise à :

  • combattre l’analphabétisme féminin
  • habiliter les femmes à accompagner efficacement le développement psychosocial de leurs enfants
  • autonomiser les femmes par l’alphabétisation et la formation professionnelle en vue de combattre la pauvreté, renforcer leurs sources de revenus et leur capacité à générer des revenus et promouvoir le développement communautaire
  • mieux sensibiliser les femmes à la prévention des maladies endémiques et à des enjeux sanitaires clés comme la nutrition familiale et les soins infantiles
  • habiliter les femmes à participer activement à la vie et aux prises de décisions familiales et communautaires

En bref, l’objectif global du RLLP consiste à autonomiser les femmes de certaines communautés pauvres et marginalisées du Soudan en vue d’améliorer leur niveau de vie ou leur bien-être, mais aussi de promouvoir le relèvement communautaire dans les situations de conflit et de post-conflit.

Mise en œuvre du programme : approches et méthodes

Recrutement des apprenantes

Le programme se fait connaître au sein des communautés grâce aux leaders locaux et aux groupements féminins. Ensuite, les femmes sont conviées à s’inscrire et à suivre les sessions introductives. Du fait que les unités d’étude sont conçues par le biais d’un processus d’évaluation communautaire participative, la motivation résulte, pour beaucoup de participantes, de l’inclusion dans le programme de questions qui leur tiennent à cœur, comme la gestion des ressources en eau, la santé infantile et les droits des femmes. Par ailleurs, l’ardent désir de rattraper le temps perdu pousse la plupart des femmes à participer au programme puisque, entre autres, la longue période de conflit dans le Sud-Soudan et les préjugés contre l’éducation des femmes les ont privées d’opportunités d’éducation pendant leur enfance.

Recrutement et formation des animateurs

En général, les leaders communautaires identifient des animateurs engagés, qu’ils recommandent à GOAL. De son côté, GOAL en recrute directement d’autres par le biais d’annonces publiques. Bien qu’il leur réserve la priorité, le programme a beaucoup de mal à recruter des animatrices en raison du taux élevé d’analphabétisme féminin.

En règle générale, l’animateur doit avoir achevé l’enseignement secondaire. Mais, dans certains cas, le manque de personnel hautement qualifié oblige GOAL à recruter au niveau du cycle primaire. Une fois recruté, l’animateur suit une formation initiale (suivi d’ateliers de formation mensuels) en méthodes d’éducation des adultes et d’enseignement REFLECT. En outre, il reçoit tous les manuels d’enseignement nécessaires pour appliquer le programme sur le terrain.

Tous les animateurs s’engagent en qualité de bénévoles, même s’ils ont droit à une motivation mensuelle ou à un salaire de 50 dollars environ par groupe d’apprenantes. En moyenne, chaque groupe compte 20 apprenantes.

Méthodes et approches d’enseignement-apprentissage

Le programme applique les méthodes d’enseignement-apprentissage REFLECT, une approche innovante de l’apprentissage des adultes et du changement social vulgarisée par Paulo Freire. Cette approche habilite les groupes d’apprenants à concevoir leurs propres supports (cartes, calendriers, diagrammes, etc.) et activités (théâtre, conte, chant, etc.) d’enseignement, alignés sur leur contexte socio-économique et politique. Ainsi, le processus d’alphabétisation et d’acquisition de compétences connexes épouse de près le quotidien des apprenants. Par exemple, ils apprennent la numératie à travers le calcul de leurs dépenses de santé ou des frais de scolarité de leurs enfants.

GOAL s’appuie ainsi sur l’approche REFLECT pour encourager les femmes à constituer des groupes ou cercles d’apprentissage. Encadrés par un animateur, ces cercles se réunissent pratiquement tous les jours pour des activités pédagogiques basées sur diverses méthodes participatives, comme le théâtre, le jeu de rôles, le chant, les jeux, les débats/discussions et les concours, qui permettent aux participantes d’acquérir des compétences et de se motiver dans un contexte pédagogique. Par ailleurs, le programme fait largement appel aux supports visuels, notamment les cartes, les calendriers, les tableaux et autres diagrammes.

En conséquence, la méthode REFLECT place l’apprenant au cœur du processus d’enseignement-apprentissage qui lui procure, à son tour, un profond sentiment d’assurance, d’appropriation du programme et d’épanouissement personnel. En outre, elle lui permet de continuer d’utiliser les cercles comme des centres d’apprentissage quasiment autonomes.

Suivi et évaluation

Le processus d’apprentissage est évalué au moyen de devoirs trimestriels, administrés par les animateurs et notés conjointement par un groupe de superviseurs et d’animateurs.

Impact

À la fin de la première année, une évaluation interne a donné les résultats suivants :

  • Initialement à 100 % analphabètes, 67 % des bénéficiaires ont appris à écrire un paragraphe court, et 71 % à résoudre des opérations à deux chiffres.

    • 78 % des bénéficiaires ont mobilisé leur communauté pour les discussions ou événements portant sur la santé et l’éducation.
    • 93 % des bénéficiaires ont participé à une formation en sensibilisation à la santé et à la nutrition.
    • 80 % des bénéficiaires participent activement à la mise en œuvre de systèmes d’épargne ou de petits projets au sein de leur groupement.
  • Le programme a permis aux femmes de mieux connaître des enjeux sanitaires clés tels que la santé maternelle, la prévention des maladies, l’hygiène et l’assainissement, la nutrition familiale et le VIH/sida. De même, elles savent lire des notices médicales simples, notamment comment prendre des médicaments ou en donner à leurs enfants.
  • Beaucoup de bénéficiaires ont initié des activités génératrices de revenus rentables et ont, de ce fait, relevé leur statut social et le niveau de vie de leur famille.
  • Par ailleurs, les bénéficiaires sont désormais conscientes de leurs droits, notamment comment résoudre les problèmes nés de l’absence de services essentiels. Ainsi, après avoir constaté que l’insuffisance de services de sécurité dans leur quartier favorisait le conflit et l’insécurité au sein de leur communauté, des groupes de bénéficiaires ont adressé des lettres aux autorités afin de réclamer le renforcement de la sécurité pour prévenir les conflits. Ils ont obtenu gain de cause.

Défis

Probablement, le plus grand obstacle à la mise en œuvre efficace du programme au Soudan reste le rôle coutumier et les responsabilités familiales des femmes, qui leur laissent peu de temps pour participer à des activités éducatives. Ainsi, beaucoup ne participent pas aussi régulièrement à leurs cercles qu’elles le souhaitent.

Par ailleurs, dans certaines zones éloignées, il est difficile d’engager des animateurs qualifiés puisque la plupart des habitants ont été privés d’opportunités d’éducation. Il convient de noter que la plupart des animateurs sont peu alphabétisés dans les langues d’enseignement recherchées, à savoir l’arabe et l’anglais, dans lesquels sont produits les manuels d’enseignement. Face à ce défi, des cercles pilotes utilisant les langues locales et l’anglais ont été créés, et les manuels d’enseignement adaptés en conséquence. De même, une unité spéciale, chargée d’enseigner l’anglais aux bénéficiaires alphabétisées en arabe, a été créée.

Pérennité

Le DFID a octroyé au programme un financement pour trois ans, suivi d’une rallonge de deux ans en 2007.
En outre, les deux ans de renforcement intensif des capacités ont permis aux groupements féminins (cercles d’apprentissage) de continuer à effectuer des activités similaires au sein de leur communauté avec peu d’assistance extérieure, voire aucune. À cet effet, GOAL Soudan a conçu, réalisé et distribué aux participantes ses propres manuels REFLECT en langues arabe et anglaise.

Leçons apprises

  • Il convient d’adapter le programme et de l’aligner sur les activités sociales quotidiennes des femmes. Pour ce faire, il doit être souple et permettre aux femmes de choisir les heures et lieux de travail qui leur conviennent.
  • Au Soudan, la langue est une question hautement politisée, et le choix de la langue d’enseignement joue fortement sur les résultats. D’où, la nécessité d’utiliser, autant que faire se peut, les langues locales afin d’éviter les conflits d’intérêt. En effet, il est contreproductif de dispenser des cours d’alphabétisation dans une langue que les bénéficiaires ne parlent pas puisque cela compromet leur compréhension des enjeux.
  • Les programmes d’alphabétisation de type REFLECT sont peu coûteux dans la mesure où ils nécessitent l’achat de très peu d’intrants. Mais surtout, ils habilitent l’apprenant à participer activement à son épanouissement personnel et au développement de sa communauté grâce à un apprentissage actif et adapté au contexte.

Sources

Contact

GOAL Sudan,

P0 Box 48 Khartoum, Sudan
ou
C/O GOAL Ireland,

P.O. Box 19,

Dunlaoghaire, Co. Dublin, Ireland
Tél : 249 912 163 895

Dernière mise à jour: février 2012

For citation please use

U. Hanemann (Ed.). Last update: 8 February 2018. Programme d'alphabétisation et d'emploi REFLECT, Soudan. UNESCO Institute for Lifelong Learning. (Accessed on: 24 June 2019, 11:18 CEST)

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