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L’espoir de changer le monde

  • When:
    4 juillet 2016
  • Who: Arne Carlsen, Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie

Sarah Kanning (Deutschland.de) : M. Carlsen, nous allons à l’école, nous apprenons un métier, nous partons à la retraite. Pourquoi apprendre sa vie durant ?

Arne Carlsen: L’idée d’apprendre tout au long de sa vie se fonde sur le lien existant entre apprentissage et vie pour les personnes  de tous âges, de tous milieux, et ayant des besoins très différents. Les systèmes éducatifs qui soutiennent l’apprentissage tout au long de la vie pratiquent  donc une approche globale couvrant aussi des domaines tels que l’éducation, le travail, la communauté et la SANTÉ.  L’objectif est de créer des opportunités d’éducation pour toutes et tous.. « Apprendre à apprendre » nous permet de déterminer nous-mêmes notre trajectoire éducative.

SK: Quel rôle joue ici l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie 
(UIL) ?

AC: L’UIL est la seule organisation des Nations Unies qui dispose d’ un mandat au niveau mondial pour faire avancer l’apprentissage tout au long de la vie en mettant l’accent sur la formation continue et des adultes, l’alphabétisation et une éducation de base informelle pour tous. Les groupes marginalisés et défavorisés font l’objet d’une attention particulière. L’Institut veut aider les États membres de l’UNESCO à améliorer leurs politiques et leurs stratégies et à atteindre les objectifs de développement durable des Nations Unies.

SK: Beaucoup de personnes ne réagissent-elles pas avec réserve, par exemple en Allemagne, à l’idée d’apprendre toute leur vie parce qu’elles  sont déjà contentes d’avoir achevé leur scolarité sans accident de parcours ?

AC: Nous avons heureusement fait l’expérience que les citoyens  en Allemagne participent en général avec beaucoup d’enthousiasme  aux activités d’apprentissage tout au long de la vie et aux manifestations éducatives. Pensez par exemple à l’Université populaire ! C’est un bel exemple d’approche multidisciplinaire pour un apprentissage la vie durant. Les participants n’y acquièrent  pas seulement leurs qualifications sociales, sociétales, politiques ou professionnelles, ils y améliorent aussi leurs compétences pour la vie quotidienne. Apprendre sa vie durant est important pour permettre aux citoyens de  trouver leurs marques dans un monde en constante mutation.

SK: Les citoyens  de l’Europe ne sont pas tous motivés pour se former en continu. Pourquoi certains milieux sociaux sont-ils si difficiles à atteindre ?

AC: Les derniers chiffres montrent que le taux de partici­pation aux offres de formation continue en Allemagne est, avec 7,9 %, inférieur à la moyenne européenne. Le Danemark, la Suède et la Finlande sont des exceptions notoires  parmi les pays de l’Union européenne avec des taux de participation allant d’un tiers à un quart de la population dans une certaine période. Sinon, seuls la France, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord dépassent les 15 %. Par contraste, la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie, la Slovaquie et la Grèce affichent  un taux de participation de 3 % ou moins. Les gens ayant un niveau d’éducation faible, notamment, sont les plus difficiles à atteindre . Ce phénomène  s’explique par « l’effet Mathieu » : quiconque est déjà bien éduqué s’engage plus souvent dans la formation continue. Il est donc important d’améliorer l’accès à l’éducation.

SK: Pourquoi le début de la biographie éducative est-il aujourd’hui si déterminant ?

AC: La recherche actuelle souligne l’importance de l’apprentissage précoce. Il est généralement reconnu que l’homme apprend du berceau à un âge avancé et que la scolarité  est un moment  important de l’apprentissage. Mais il ne faut pas limiter l’apprentissage à l’école ; il peut se dérouler de manière souple au travail, dans la famille, dans les organisations de la socété civile et lors du travail bénévole. Apprendre sa vie durant contribue à la paix et à une croissance économique inclusive et durable ainsi qu’à un développement culturel et durable de la société. Le système scolaire allemand et celui de nombreux autres pays s’appuient sur  les quatre piliers de l’apprentissage : apprendre à développer sa personnalité, apprendre à apprendre, apprendre à agir et à travailler et, enfin, apprendre à vivre avec les autres. Je suis convaincu que le principe d’apprendre tout au long de la vie  devrait  être appliqué dans tous les domaines de la société. Sur cette base, l’humanité pourrait espérer progresser et les êtres humains se tendre la main pour changer le monde et créer un avenir durable.

SK: Le monde change, de nouvelles biographies éducatives apparaissent avec les migrations. Comment l’UIL y réagit-il ?

AC: Ces dernières années, l’UIL a mis la priorité sur l’Afrique et l’égalité entre les genres et deploie une stratégie globale pour la jeunesse. Pour répondre à la demande croissante de reconnaissance de l’éducation formelle et informelle, l’UIL a fondé un observatoire global pour la reconnaissance, la validation et l’accréditation (Global Observatory of Recognition, Validation and Accreditation). Il recueille et diffuse les meilleures pratiques, s’engageant pour que l’éducation extra-scolaire des organismes de formation et des employeurs soit autant reconnue que l’éducation formelle. C’est particulièrement pertinent dans le contexte des tendances migratoires actuelles.