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Les villes apprenantes de l’UNESCO répondent au COVID 19 – Résultats du webinaire du 13 mai

1 juin 2020

Dans le cadre de sa série de webinaires actuellement en cours et destinée aux membres du Réseau mondial des villes apprenantes de l’UNESCO (GNLC), l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL) a organisé le 13 mai 2020 un webinaire sur les prisons et l’éducation en milieu carcéral pendant la pandémie du COVID-19. Des présentations ont été faites par des représentants des établissements et des systèmes pénitentiaires à Hambourg (Allemagne) et en Norvège, par des experts dans ce domaine et par une organisation internationale de justice pénale.

Mme Marie Macauley (UIL) a ouvert le webinaire en énumérant les nombreux inconvénients auxquels font face les détenus en matière d'apprentissage ; elle a affirmé que ceci constitue un obstacle majeur à leur réinsertion sociale et risque d’exacerber d'autres problèmes, tels que la récidive ou la violence extrêmiste. Les programmes éducatifs en vigueur sont rarement de bonne qualité et répondent mal aux besoins d'apprentissage des détenus. Même si nous savons que ces problèmes existent en raison de facteurs divers, ce sont avant tout le manque de soutien, la mauvaise coordination et parfois même le refus des autorités carcérales responsables de s'engager dans des pratiques éducatives qui en sont la cause.

Avec l'apparition du COVID-19, les priorités dans les prisons ont changé : assurer la santé et la sécurité des détenus et du personnel pénitentiaire a pris le pas sur l'apprentissage. La crise a toutefois incité à entreprendre d’autres réformes, recommandées en partie depuis des années, tel l'accès des détenus à des ressources éducatives et à d'autres outils en ligne.

Mme Macauley a clôturé son introduction en annonçant que l'UIL a l’intention de répertorier ces pratiques et de les utiliser dans le cadre d’un projet actuellement en cours sur l'éducation en prison, dont l'objectif est de stimuler et de promouvoir les échanges professionnels sur l'éducation en milieu pénitentiaire entre les décideurs politiques, les chercheurs et les praticiens de toutes les régions du monde en vue de créer des lignes directrices pour l’éducation en milieu carcéral.

Université fédérale de Paraíba, Brésil

M. Timothy Ireland, maître de conférences en éducation à l'Université fédérale de Paraíba (Brésil), estime que les mesures de confinement liées au COVID-19 dans le monde nous ont fait comprendre ce que signifie la privation de liberté ainsi que ses effets sur la santé mentale. Alors que beaucoup d'entre nous ont eu le privilège de pouvoir choisir les personnes qui les accompagneraient durant ces moments de confinement, les prisonniers n’ont pas eu ce privilège et bon nombre d’entre eux ont perdu leurs liens avec le monde extérieur en raison de la suspension des visites.

Les programmes d'éducation pénitentiaire, drastiquement réduits pendant la pandémie, relèvent de l'éducation des adultes, a expliqué M. Ireland, et s'adressent généralement aux personnes qui, dans leur enfance, n’ont eu qu’un accès limité à la scolarisation formelle. En ce qui concerne les prisons et l'éducation pénitentiaire, il y a trois principaux domaines à traiter à l'heure actuelle : les conditions actuelles dans les prisons, les réponses globales à la pandémie dans les systèmes pénitentiaires et les réponses éducatives.

En ce qui concerne les conditions actuelles, bien qu'il soit difficile de généraliser les systèmes pénitentiaires dans le monde, de nombreuses institutions pénales sont confrontées à une surpopulation massive et à un accès limité aux services médicaux. En ce qui concerne les réponses globales à la pandémie dans les systèmes pénitentiaires, l’éloignement social a été pratiquement impossible à mettre en œuvre de sorte que les contacts avec le monde extérieur ont été réduits. Les visites des familles et du personnel non essentiel (enseignants, bibliothécaires, etc.) ont été rapidement suspendues. Les déplacements à l'intérieur des murs de la prison ont également été limités, de sorte que de nombreux prisonniers se sont retrouvés confinés dans leurs cellules jusqu'à 22 heures par jour. Par ailleurs, des critères ont été fixés pour décider qui pouvait être libéré prématurément, comme les prisonniers âgés, les femmes enceintes ou les détenus sur le point de terminer leur peine.

La majorité des activités de formation dans les prisons ont été interrompues en raison de la pandémie. L'arrêt total prévaut dans la plupart des établissements ; pourtant, dans certains contextes, l'enseignement sur support technologique ou sur papier a été développé afin que les détenus puissent poursuivre leurs formations.

Justice Defenders, Royaume Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord

M. Matteo Cassini, directeur du développement communautaire chez Justice Defenders ((https://www.justice-defenders.org/), organisation caritative américaine à but non lucratif basée au Royaume-Uni, a expliqué que son organisation a pour mission de permettre à chaque individu d'avoir accès au système de justice. Actuellement, Justice Defenders travaille directement avec les détenus et le personnel pénitentiaire au Kenya et en Ouganda, où les prisons sont totalement surpeuplées. En fait, le taux d'occupation moyen dans les prisons de ces deux pays est deux à trois fois supérieur à la capacité officielle, ce qui, en retour, a créé un terrain fertile pour la propagation du COVID-19. La crise sanitaire a également épuisé les approvisionnements des établissements pénitentiaires, entraînant une restriction de l'eau, des produits sanitaires, de la nourriture, des médicaments et des services de santé et d'éducation de base. En outre, du fait que tous les partenaires externes, les visiteurs et les familles se sont vu interdire l’accès aux prisons, les détenus ont perdu des liens essentiels, ce qui a affecté leur santé psychosociale.

Les écoles pénitentiaires du Kenya et de l'Ouganda sont fermées jusqu'à la reprise officielle de toutes les activités éducatives dans les deux pays. M. Cassini a rappelé que l'accès sécurisé à Internet pour les détenus est un outil fondamental qui garantit le droit à l'éducation ainsi que l'enseignement à distance et les examens par le biais de cours en ligne, de tutorats à distance et de programmes en ligne. Pendant la pandémie de COVID-19, un groupe d'enseignants − détenus et personnel pénitentiaire − qui ont obtenu leur diplôme en prison ont dispensé des cours de droit à leurs collègues. Ils sont soutenus par une triple intervention de Justice Defenders, qui fournit des services juridiques et recueille des fonds pour payer des amendes et permettre aux petits délinquants de retrouver leurs familles ; promeut des solutions technologiques simples et s'associe avec des partenaires disposés à fournir des équipements de protection individuelle et des articles sanitaires afin de préserver la santé des prisonniers et du personnel pénitentiaire.

Hambourg, ville apprenante de l’UNESCO, Allemagne

M. Marc-Oliver Barsch, membre de l'autorité judiciaire d'un centre de détention provisoire à Hambourg, en Allemagne, a fait une courte présentation vidéo sur le centre, qui abrite une bibliothèque gérée par des détenus et restée ouverte tout au long de la pandémie, alors que les cours étaient suspendus en raison des règles d’éloignement social. S’agissant d'un centre de détention provisoire où personne n'a encore été condamné, les détenus ne sont pas obligés de travailler comme dans les prisons fédérales ; cependant, la majorité d’entre eux s'inscrivent à des cours de formation en nettoyage, peinture, plomberie et autres métiers. Les détenus ne restent généralement pas longtemps au centre de détention provisoire et n’ont pas la possibilité de suivre une formation professionnelle plus complète, ces formations étant plutôt offertes par la prison de Fuhlsbüttel, dans le nord de la ville.

La situation concernant le COVID-19 est toujours problématique, de sorte qu’il est difficile de savoir quelles mesures mises en place par le centre de détention provisoire seront couronnées de succès. Les principales priorités ont consisté à préserver la santé et à prévenir les émeutes, tandis que des procès ont eu lieu par vidéoconférence et qu’on prévoit d’accélérer la numérisation.

Norvège

Paal Christopher Breivik, conseiller principal, gouverneur du comté de Vestland, ministère de l'Éducation et service des Tutelles, a expliqué que la conception de l'enseignement pénitentiaire  en Norvège est basée sur le « modèle d'importation », ce qui signifie que toutes les fonctions non pénales sont placées sous la juridiction d’autorités externes. Ce sont par conséquent les autorités scolaires qui sont responsables de l'éducation à l'intérieur des prisons, et l'enseignement est normalement organisé et dispensé par un lycée. En Norvège, environ 1 400 étudiants et 420 enseignants participent chaque jour à l'apprentissage en prison (à temps plein et à temps partiel). Les programmes sont généralement axés sur les compétences de base et les formations professionnelles et, comme la durée moyenne d’incarcération est de 100 jours, les détenus choisissent plutôt les formations courtes.

Au moment où, en Norvège, les cours en présentiel ont été suspendus en raison du COVID-19, la presque totalité de l’enseignement traditionnel pour les détenus a été elle aussi suspendue. Il existe, depuis, des formes  alternatives d’enseignement comprenant l'apprentissage sur papier (correspondance entre les enseignants et les élèves), l'utilisation de téléphones, de clés USB, de dictaphones et d'iPad pour l'apprentissage à distance. Des opportunités de libre accès aux TIC pour les détenus, préconisées par les éducateurs depuis des décennies, sont également mises en place en raison de la pandémie. D’une manière plus générale, l’arrêt des cours a mis en évidence l'écart entre les possibilités numériques à l'intérieur et hors des murs des prisons.

Le rôle des bibliothèques dans les prisons

Lisa Krolak, bibliothécaire en chef à l'UIL, a donné un aperçu du rôle des bibliothèques pénitentiaires au niveau mondial. Les bibliothèques pénitentiaires, a-t-elle dit, offrent aux détenus un espace de réunion et d'apprentissage sûr à l'intérieur des murs de la prison. Elles promeuvent l'éducation, l'apprentissage tout au long de la vie et l'accès à l'information, et offrent à la population carcérale des activités récréatives et culturelles, un développement spirituel ou tout simplement des moyens de se distraire. Mme Krolak a cité un exemple de meilleure pratique dans les bibliothèques pénitentiaires du Chili pendant la pandémie, où un projet intitulé « Livre et café » a permis aux détenus de se réunir (tout en gardant leurs distances), de boire du café et de lire. Dans la majorité des cas cependant, les services d'apprentissage ont été interrompus dans les prisons du monde entier, ou bien ils ont offert des services limités ou alternatifs.

En ce qui concerne les bibliothèques gérées en externe, le personnel de la bibliothèque et les bénévoles locaux n’ont pas eu le droit d'entrer dans les prisons et les services ont été suspendus, tandis que les bibliothèques gérées par le personnel pénitentiaire et les assistants  ont continué de fonctionner avec des capacités modifiées. Dans le cadre de ces services limités par exemple, les détenus ont eu la permission de consulter les catalogues et de commander des livres directement dans leur cellule. Dans d’autres cas, des dons de livres et de ressources supplémentaires ont été faits aux prisons dans le besoin.

Débat

Mme Macauley a ouvert le débat en demandant à M. Cassini de fournir des informations supplémentaires sur la situation actuelle en ce qui concerne les prisons et l'éducation pénitentiaire en Afrique. M. Cassini a expliqué que Justice Defenders renforce son appui au Kenya et en Ouganda, et apporte son aide aux ressortissants étrangers incarcérés au Royaume- Uni qui doivent retourner en Afrique pour être jugés. Justice Defenders se développe également dans d'autres pays, dont la Gambie.

La question suivante a porté sur les méthodes d'apprentissage alternatives, à laquelle M. Ireland a répondu que les prisons utilisent les supports sur papier lorsqu’il n’est pas possible d’avoir recours aux TIC. M. Breivik est également intervenu dans ce sens et a déclaré que les prisons norvégiennes utilisent elles aussi le support papier et, dans la mesure du possible, des dictaphones. M. Cassini a ajouté que Justice Defenders appelle à investir dans la formation des gardiens de prison en tant qu'éducateurs.

Le débat s’est terminé par une question sur l'apprentissage des mineurs délinquants. M. Breivik a expliqué que les mineurs délinquants perdent rapidement leur motivation lorsque les enseignants ne sont pas présents ; l'utilisation des iPad s'est donc avérée un succès, car les jeunes montrent moins d’intérêt pour l'apprentissage sur papier lorsque les cours sont suspendus. M. Ireland a clôturé le webinaire en affirmant que les solutions technologiques et sur papier ne remplaceront jamais le besoin de suivre des cours en face à face dans l'enseignement pénitentiaire.

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Le fait qu’au cours des derniers mois, le grand public ait manifesté un intérêt croissant pour les réalités des détenus constitue un élément positif ; par contre, les médias ont accordé moins d’attention à l'éducation en prison qu’à la sécurité et à la santé. Les exemples montrant qu’on utilise les technologies pour trouver des solutions permettant aux détenus de maintenir le contact avec leurs proches, d'accéder à une assistance juridique et à des services éducatifs, sont une évolution prometteuse. Jusqu'à présent, l'utilisation d’ordinateurs et l'accès à Internet ont été extrêmement limités pour des raisons de sécurité.

Webinaires du GNLC

Cet événement en ligne faisait partie de la série de webinaires du GNLC intitulée «Les villes apprenantes de l'UNESCO répondent au COVID-19». Conçus comme une opportunité, pour les membres du Réseau mondial des villes apprenantes de l'UNESCO (GNLC), de partager des initiatives locales réussies pendant la pandémie, les webinaires attirent régulièrement des centaines de représentants de villes et d'autres parties prenantes. Des villes de différentes régions du monde font des présentations et les participants prennent part à des débats stimulants sur la meilleure façon de faire face à la situation actuelle, à savoir, comment atténuer ses pires effets et, d'une certaine manière, saisir des opportunités inattendues. Cliquez sur les liens ci-dessous pour lire les résumés des dix précédents webinaires.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : Apprentissage ouvert et à distance. Résultats du webinaire du 6 mai

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : santé mentale, santé physique et bien-être. Résultats du webinaire du 29 avril

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : les cas d’Évry-Courcouronnes (France), Chefchaouen (Maroc), Mayo-Baléo (Cameroun) et de l’Association internationale des Maires Francophones (AIMF). Résultats du webinaire du 23 Avril

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : les mesures déployées par les villes pour les migrants et réfugiés dans le contexte de la pandémie du COVID-19. Résultats du webinaire du 22 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : soutien des établissements d’enseignement supérieur aux communautés locales. Résultats du webinaire du 15 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19. Les cas de Mexico (Mexico), Bogotá (Colombie), Lima (Pérou). Résultats du webinaire du 9 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19 : apprentissage familial et soutien de la communauté. Les cas de Gdynia (Pologne) et Cork (Irlande), ainsi que contributions par des experts d’Allemagne et du Pakistan. Résultats du webinaire du 8 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19: équité et inclusion. Les cas de Espoo (Finlande), Chengdu (République populaire de Chine), Swansea (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord). Résultats du webinaire du 1er avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19. Les cas de Osan (République de Corée), Wuhan (République populaire de Chine), Turin (Italie), São Paulo (Brésil). Résultats du webinaire du 24 mars.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19. Les cas de Shanghai et Pékin  (République populaire de Chine), Fermo (Italie), Kashan (République islamique d’Iran ). Résultats du webinaire du 19 mars.

 

Ne manquez pas l’occasion de participer à nos prochains webinaires. Pour plus de détails, consultez le site  https://uil.unesco.org/fr/apprendre-au-long-vie/villes-apprenantes/villes-apprenantes-lunesco-repondent-au-covid-19

Regardez nos entretiens vidéo avec les maires et d’autres représentants des villes apprenantes de l’UNESCO sur les réponses au COVID-19 sous https://www.youtube.com/playlist?list=PLivu_GCiL2mjYQOp64hcvzGNsC75QKSLw