Accueil

Les villes apprenantes de l’UNESCO répondent au COVID 19 – Résultats du webinaire du 27 mai

15 juin 2020

Dans le cadre de sa série de webinaires actuellement en cours et destinée aux membres du Réseau mondial des villes apprenantes de l’UNESCO (GNLC), l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL) a organisé le 27 mai 2020 un webinaire sur les stratégies de relance aux niveaux éducatif, social et économique. Des représentants du réseau mondial de villes C40 ont présenté le Groupe de travail mondial des maires pour la relance post-COVID 19; cette présentation a été suivie par des interventions de spécialistes des universités de Florence et de Sienne en Italie, ainsi que de Tataj Innovation, organisation entrepreneuriale basée en Espagne. Les mesures prises par diverses municipalités ont été exposées depuis Milan en Italie, et Goyang en République de Corée.

Au nom de l'UIL, Marie Macauley a ouvert le webinaire en rappelant que l’apparition de la pandémie de COVID-19 a nécessité des réponses rapides. Des scénarios à présent familiers de confinement, de fermetures immédiates d'écoles et de distanciation sociale sont apparus dans les pays et villes du monde entier tandis que les gouvernements tentaient de ralentir la propagation du COVID-19 et de regagner un certain contrôle sur une situation qui ne cessait d’empirer. Pourtant, à chaque nouvelle perturbation et à chaque mesure de réduction et de restriction de l'activité humaine, des réponses innovantes ont mis en évidence la capacité des gouvernements, des entreprises, des communautés et des individus à s'adapter.

Plusieurs mois après les premières manifestations de l’impact mondial de ce virus, alors que de nombreux pays et villes de la planète commencent à assouplir les restrictions et à sortir progressivement du confinement, l’attention reste concentrée sur la maîtrise du virus tout en commençant à se tourner vers l’avenir. Le COVID-19 a profondément marqué les systèmes éducatifs, les marchés économiques et les communautés locales; les initiatives de relance sont donc cruciales. Cela signifie à la fois réparer les dommages causés et procéder au recadrage des villes afin qu’elles puissent faire face à la « nouvelle normalité », c’est-à-dire vivre avec le COVID-19. Cela représente un énorme défi, et l'effort combiné de tous les secteurs de la société est nécessaire si l’on veut que les villes parviennent à se redresser au niveau éducatif, social et économique après la pandémie.

Le C40

Mme Caterina Sarfatti, gestionnaire de programme du Groupe de travail mondial des maires pour la relance post-COVID-19, a présenté le C40 en tant que réseau des mégapoles mondiales. Ses membres se composent de 96 villes, dont les maires se sont engagés à lutter contre l'urgence climatique. Le C40 représente plus de 700 millions de citoyens dans le monde et un quart de l'économie mondiale. Il aide les villes à prendre des engagements ambitieux en matière de réduction des émissions, ainsi qu'à renforcer le leadership mondial des maires pour promouvoir leur action. Ces derniers mois, les maires du C40 ont accordé la priorité à la lutte contre la pandémie de COVID-19; l'organisation a été redéfinie afin que les plates-formes et les réseaux actuels soient mis à la disposition des villes pour partager des informations et collaborer pour faire face à la crise sanitaire. Les maires se sont réunis virtuellement pour partager des informations sur la santé et l'équité, la nourriture et les déchets, l'espace public et la mobilité.

Grâce à ce Groupe de travail, le C40 réunit des maires pour travailler sur la relance après la pandémie. Un certain nombre de mesures sont prises pour changer les espaces et les pratiques des villes à long terme. Les modes de recyclage, par exemple, ont été perturbés mais certaines villes ont donné des directives pour inventer des modèles nouveaux. De nombreuses municipalités ont mis des espaces publics à la disposition des citoyens et les ont réaménagés afin que les citadins puissent continuer à se déplacer en toute sécurité. Le C40 aide les villes à assouplir progressivement le confinement et les maires se sentent responsables de trouver des moyens de créer une « nouvelle normalité ». Certaines villes expérimentent le concept de « service de proximité à 15 minutes », ce qui signifie que tous les citoyens peuvent accéder à pied aux services clés dont ils ont besoin à un quart d’heure de chez eux. Les maires ont également reconnu la valeur des « travailleurs essentiels », par exemple dans les secteurs de l'alimentation et des déchets, ce qui a conduit certaines villes à accélérer les processus de régularisation et de formalisation du travail informel. Allant plus loin, Mme Sarfatti a identifié plusieurs éléments clés de la relance devant être pris en compte par les villes : création de nouveaux emplois verts décents et accessibles à une population plus large ; amélioration de la qualité de l'air et son impact sur la santé ; espaces publics pour l'être humain et la nature ; résilience face à la crise ; équité et justice sociale ; et investissement durable.

Université de Florence et Université de Sienne

M. Paolo Federighi, professeur à l'Université de Florence, et Mme Francesca Torlone, directrice de recherche à l'Université de Sienne, ont affirmé que le COVID-19 a produit des changements qui auront un impact sur notre avenir, notamment sur la façon dont nous travaillons et gérons les processus d'apprentissage dans les villes et dans divers contextes. Un projet de recherche naissant dirigé par les deux professeurs a déjà commencé à explorer certains sujets pour la relance − des documents ont été collectés, par exemple sur le système pénitentiaire, l'enseignement supérieur et les humanités médicales. Dans le système pénitentiaire, il existe d’une part la nécessité de garantir la santé, la vie et l'intégrité des détenus, et d’autre part la tendance à fournir une assistance médicale insuffisante qui ne permet pas de prévenir les risques d’infection. Dans l'enseignement supérieur, des enquêtes ont été organisées pour évaluer les réponses au COVID-19 et, en ce qui concerne le dernier de ces trois sujets − les humanités médicales − une étude d’observation est en cours sur 3 000 cas dans les villes italiennes qui sont toujours confrontées à un risque élevé d’infection par le COVID19.

M. Federighi et Mme Torlone collaborent avec des scientifiques et des praticiens de 25 pays dans le but de fournir des contributions et des idées innovantes, ainsi que pour participer à des groupes de réflexion et à des entretiens relatifs à un rétablissement après la pandémie de COVID-19. L’objectif est d'étudier la gestion post-COVID-19 jusqu'en décembre 2020 dans l’idée que plus tard, la recherche empirique dans les villes apprenantes apportera des éléments de réflexion sur les effets positifs et négatifs de la pandémie. M. Federighi a également souligné les problèmes qui se posent dans le domaine de l'apprentissage et de l'éducation des adultes, car de nombreux adultes ne peuvent plus avoir accès ni au travail, ni à l'éducation. Si les cols blancs ont eu des possibilités d’acquérir des compétences leur permettant de travailler de manière flexible, cela n'a pas été le cas pour les cols bleus, ce qui n’a fait qu’accentuer les inégalités entre les catégories de travailleurs.

Tataj Innovation

Mme Daria Tataj, fondatrice et PDG de Tataj Innovation, organisation entrepreneuriale basée en Espagne, a affirmé que la plus grande part de la croissance provient d'écosystèmes intégrés où l'innovation et l'entrepreneuriat travaillent de concert, y compris les milieux de travail propices à l’entrepreneuriat et les universités. Chaque ville est un écosystème d'innovation, mais dans chaque écosystème les chercheurs et les innovateurs ont tendance à travailler en vase clos. Selon Mme Tataj, les villes devraient donc investir dans les institutions de recherche universitaire et créer des espaces conviviaux pour les entrepreneurs, y compris dans les petites et moyennes entreprises, mais aussi pour les particuliers à la recherche d'un travail indépendant. Elle a souligné la nécessité de trouver des stratégies étayées par la science pour stimuler l'innovation et l'esprit d'entreprise dans l'ère post-COVID-19, notamment en développant l'idée de l'intelligence de réseau, en reconnaissant l'importance de l’esprit entrepreneurial et en favorisant les compétences numériques pour les réseaux électroniques afin de promouvoir l'innovation.

Mme Tataj a cité l’exemple d’Eindhoven aux Pays-Bas, qui abrite 40 % de tous les brevets du pays. La ville compte deux universités − une université de technologie et un collège professionnel − ainsi que 10 000 entreprises de haute technologie. Les partenariats entre les universités et l’industrie ont aidé les acteurs de la ville d'Eindhoven à identifier les lacunes en termes de connaissances. Mme Tataj a appelé les villes soucieuses de promouvoir l'entrepreneuriat pour la relance à partager les ressources, à renforcer les partenariats, à développer des compétences solides pour travailler en équipes virtuelles, à co-créer des stratégies de réseau pour construire des réseaux adaptés à des fins spécifiques et à développer des compétences en réseautage électronique.

Milan, Italie

M. Piero Pelizzaro, chef de la Direction chargée de la résilience dans la ville de Milan, a présenté les principaux éléments du « plan d'adaptation de Milan 2020 », qui fait partie de la « phase deux » de la réponse à la pandémie de COVID-19. Le plan se limite aux domaines de juridiction du gouvernement municipal et ne concerne donc pas les mesures directement liées aux soins de santé, ni les mesures de distanciation physique. La municipalité de Milan a pu aider les écoles en fournissant des appareils électroniques plus nombreux et des connexions Internet plus solides, afin que les familles puissent travailler et étudier en ligne. À Milan, les capacités des transports publics ont diminué en raison des risques de contamination et il est important, pour raisons environnementales, de dissuader les citadins de réutiliser leur voiture − la ville encourage au contraire le travail intelligent à domicile et l'utilisation des espaces publics en plein air.

De plus, 35 nouvelles voies cyclables – ou « voies cyclables d’urgence » − ont été créées à Milan, et les restaurants ont obtenu de l’aide pour agrandir leurs terrasses afin de garantir l’éloignement physique. Faisant écho à l’initiative mentionnée par Mme Sarfatti, Milan essaie de garantir que les citoyens puissent accéder à tous les services à 15 minutes de chez eux. Un soutien a également été fourni aux populations vulnérables pour les aider à payer leurs loyers. Enfin, comme Milan est la capitale du design, elle souhaite encourager d'autres villes à s'engager dans le design pour répondre à la pandémie de COVID-19 et se relever.

Goyang, ville apprenante de l’UNESCO, République de Corée

M. Kim HoSeok, chef de l'équipe du centre d'apprentissage tout au long de la vie du département d'éducation permanente de Goyang, a résumé la situation actuelle dans sa ville en expliquant que le centre local d’un dépistage effectué sur les automobilistes ne quittant pas leur véhicule a permis de réduire le nombre de cas et a maintenant cessé de fonctionner puisque la situation s’est stabilisée. Goyang a formulé un plan de relance après avoir constaté que l'économie est pratiquement en chute libre en raison de la pandémie, que les emplois disparaissent et que les propriétaires de magasins ont du mal à payer leur loyer. Un soutien direct et efficace doit être fourni. En termes de mesures économiques, la ville a apporté un soutien d'urgence pour le bien-être : chaque habitant de Goyang recevra environ 500 USD. Le gouvernement municipal a également prolongé les délais et accordé des allègements fiscaux aux entreprises, tout en s'attaquant au chômage massif en créant des emplois temporaires tels que des équipes de quarantaine d'urgence.

Dans le domaine de l'éducation, un nouveau semestre a commencé en ligne en avril, et en mai, les élèves sont retournés à l'école. Le gouvernement municipal de Goyang a fourni des ventilateurs et des équipements de protection individuelle aux écoles pour assurer la sécurité dans les locaux de celles-ci. Des caméras thermiques ont également été installées et la ville a collaboré avec les écoles pour préparer l’apprentissage mixte à long terme. M. Kim a souligné que reprise signifie également restauration des relations sociales et passage à une « distanciation de routine ». Il s’agit d’une série de mesures liées à la santé et à l’hygiène conçues pour être durables, telles que rester à la maison pendant trois ou quatre jours en cas de maladie et garder une distance de deux bras. Se remettre de la pandémie de COVID-19 signifie rester solidaires et s'adapter à des formes nouvelles de cohabitation. Les politiques mises en œuvre par les gouvernements municipaux n’y parviendront pas à elles seules –  la société civile est incontournable si l’on veut que ces mesures aient du succès.

Résumé

Le directeur de l'UIL, M. David Atchoarena, a clôturé le webinaire en soulignant les divergences dans les réponses politiques apportées à la pandémie de COVID-19 en raison de priorités concurrentes ; il a également souligné la difficulté de combiner les questions sanitaires et les réponses économiques. Les approches des villes divergent selon la place qu’elles accordent à la reprise économique dans l’ordre du jour, et des désaccords persistent sur les délais appropriés pour la mise en œuvre et le maintien des mesures. En dépit de ces réponses divergentes, les villes se posent toutes la même question : comment accélérer la transition de l'urgence vers la relance ? En termes de gouvernance, les systèmes décentralisés comportent différents niveaux, ce qui signifie que les villes ont différents degrés d'autonomie dans le secteur de l'éducation et d'autres domaines de la vie publique. Nous avons constaté une certaine complémentarité entre les politiques nationales et locales, mais dans certains cas, les villes ont adopté des politiques très différentes des politiques nationales.

L'impact sur le marché du travail a été net. Des formes nouvelles de travail ont fait leur apparition, mais elles ont également eu un impact sur l'identité des travailleurs et des professions en rapport avec les communautés ; reste à savoir si les communautés traditionnelles centrées sur des formes spécifiques de travail et de formation peuvent être reconstruites autour de nouveaux modes de travail. Ce webinaire a permis d’illustrer de manière intéressante la façon dont les villes combinent différents niveaux d'intervention dans différents domaines politiques, y compris les nouveaux emplois, les transports publics et le rôle clé que peuvent jouer les universités. M. Atchoarena a conclu qu’il ne faut pas négliger l'importance de la culture, car elle peut contribuer à restaurer le lien social partiellement détruit pendant le confinement. Les relations sociales restent cruciales, et il est important de s'ouvrir aux autres et de promouvoir la citoyenneté grâce à l'éducation.

Webinaires du GNLC

Cet événement en ligne faisait partie de la série de webinaires du GNLC intitulée « Les villes apprenantes de l'UNESCO répondent au COVID-19 ». Conçus comme une opportunité, pour les membres du Réseau mondial des villes apprenantes de l'UNESCO (GNLC), de partager des initiatives locales réussies pendant la pandémie, les webinaires attirent régulièrement des centaines de représentants de villes et d'autres parties prenantes, y compris des non-membres. Des villes de différentes régions du monde y font des présentations et les participants prennent part à des débats stimulants sur la meilleure façon de faire face à la situation actuelle − à savoir, comment atténuer ses pires effets et, d'une certaine manière, saisir des opportunités inattendues. Cliquez sur les liens ci-dessous pour lire les résumés des douze précédents webinaires.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : les nouveaux partenariats en matière de gouvernance de l’éducation pendant la pandémie de COVID 19. Résultats du webinaire du 20 mai

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : les prisons et l’éducation en milieu carcéral. Résultats du webinaire du 13 mai

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : apprentissage ouvert et à distance. Résultats du webinaire du 6 mai

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : santé mentale, santé physique et bien-être. Résultats du webinaire du 29 avril

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : les cas d’Évry-Courcouronnes (France), Chefchaouen (Maroc), Mayo-Baléo (Cameroun) et de l’Association internationale des Maires Francophones (AIMF). Résultats du webinaire du 23 avril

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : mesures déployées par les villes pour les migrants et réfugiés dans le contexte de la pandémie du COVID-19. Résultats du webinaire du 22 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : soutien des établissements d’enseignement supérieur aux communautés locales. Résultats du webinaire du 15 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19. Les cas de Mexico (Mexico), Bogotá (Colombie), Lima (Pérou). Résultats du webinaire du 9 avril. 

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19 : apprentissage familial et soutien de la communauté. Les cas de Gdynia (Pologne) et Cork (Irlande), ainsi que contributions par des experts d’Allemagne et du Pakistan. Résultats du webinaire du 8 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19 : équité et inclusion. Les cas de Espoo (Finlande), Chengdu (République populaire de Chine), Swansea (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord). Résultats du webinaire du 1er avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19. Les cas de Osan (République de Corée), Wuhan (République populaire de Chine), Turin (Italie), São Paulo (Brésil). Résultats du webinaire du 24 mars.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19. Les cas de Shanghai et Pékin  (République populaire de Chine), Fermo (Italie), Kashan (République islamique d’Iran). Résultats du webinaire du 19 mars.

Ne manquez pas l’occasion de participer à nos prochains webinaires. Pour plus de détails, consultez le site  https://uil.unesco.org/fr/apprendre-au-long-vie/villes-apprenantes/villes-apprenantes-lunesco-repondent-au-covid-19

Regardez nos entretiens vidéo avec les maires et d’autres représentants des villes apprenantes de l’UNESCO sur les réponses au COVID-19 sous https://www.youtube.com/playlist?list=PLivu_GCiL2mjYQOp64hcvzGNsC75QKSLw