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Les villes apprenantes de l’UNESCO répondent au COVID-19 : Résultats du webinaire du 10 juin

3 juillet 2020

Pour clore sa série de webinaires à l'intention des membres du Réseau mondial des villes apprenantes de l'UNESCO (GNLC), l'Institut de l'UNESCO pour l'apprentissage tout au long de la vie (UIL) a organisé le 10 juin un webinaire sur les droits de l'homme et les droits civiques pendant la pandémie de COVID-19. Des présentations ont été faites par des représentants d'ONU-Habitat; de la ville d'Ioannina en Grèce; de l'Organisation des États ibéro-américains (OEI); de l'Association civile pour l'égalité et la justice (ACIJ) à Buenos Aires, Argentine; et de Melitopol, ville apprenante de l'UNESCO, en Ukraine. M. David Atchoarena, directeur de l'UIL, a ouvert la réunion en faisant un bref récapitulatif de cette série de webinaires enrichissants et stimulants sur les réponses des villes apprenantes au COVID-19, organisée par le GNLC de l'UNESCO.

Pour son dernier webinaire, l'UIL a choisi un sujet actuellement au cœur du débat public. Les gouvernements ont pris des mesures pour arrêter la propagation du coronavirus, mais bon nombre d’entre eux estiment que ces mesures peuvent avoir un impact sur les droits fondamentaux. Cela fait maintenant trois mois que le COVID-19 a été qualifié de pandémie par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a exhorté les gouvernements à prendre des mesures drastiques pour arrêter la propagation du virus. De nombreux pays ont instauré l'état d'urgence, ce qui implique la possibilité de déroger à certains droits humains, du moins pour un certain temps.

Les lois relatives aux droits humains stipulent que certains droits peuvent être suspendus dans des circonstances extraordinaires lorsque cela est justifié, et nous avons vu des gouvernements dans le monde limiter la liberté de circulation et imposer des mesures de quarantaine radicales. Dans plusieurs pays, afin de contrôler la propagation du virus, les gouvernements ont également surveillé la population, ce qui donne lieu à des préoccupations supplémentaires.

Nul ne peut nier que cette situation exceptionnelle a demandé la mise en place de mesures exceptionnelles, mais la crise a eu des impacts différents selon les groupes sociaux. Le confinement n'a pas été imposé de la même manière pour tous les groupes − par exemple, il a été plus difficile d'imposer des mesures de distanciation physique dans les camps de réfugiés. Nous avons également constaté une accentuation de la discrimination et de la stigmatisation de certains groupes ainsi qu'une aggravation de la violence domestique, en particulier contre les femmes et les enfants. Enfin, la liberté d'expression a été en grande partie menacée.

L'UNESCO se consacre à la promotion et à la protection des droits humains fondamentaux, et les réseaux de villes apprenantes contribuent à cette mission en promouvant le droit à l'éducation. Les villes ont dû appliquer les mesures prises au niveau national, mais ont également développé leurs propres initiatives pour protéger les groupes vulnérables.

UN Habitat

M. Eduardo López Moreno, directeur de la connaissance et de l'innovation à ONU Habitat, a émis des théories sur le monde après le COVID-19. L'avenir, a-t-il dit, est imprévisible et nous allons vivre dans l'incertitude. Dans de nombreux contextes, un nouveau discours sur les « droits humains » a désormais fait son apparition − le statu quo se transforme rapidement. Dans la plupart des cas, nous ignorons la rapidité et la profondeur de ces changements; et pourtant, les mêmes formes d'exclusion et de marginalisation demeurent. Nous vivons désormais dans un monde en perpétuelle construction, et les villes ont donné des réponses divergentes : certaines optent pour la discrimination et érigent des murs, tandis que d'autres optent pour la compassion et construisent des ponts. À plusieurs endroits dans le monde, a rappelé M. Moreno à l'auditoire, les populations ne croient pas aux données fournies par leurs gouvernements ni aux réponses qu'ils mettent en œuvre, voire même à l'existence du virus. Jusqu'à présent, le COVID-19 est avant tout une pandémie urbaine − une crise qui touche les villes. Mais si jamais la pandémie atteint davantage de zones rurales, les villes pourront jouer un rôle de soutien.

Ioannina, Grèce

Mme Dionysia Ampatzidi, conseillère en matière de politique sociale et migratoire auprès du maire d'Ioannina, a expliqué les mesures mises en œuvre par sa ville pour assurer la protection des groupes les plus vulnérables − et de leurs droits humains − pendant la pandémie de COVID-19. Avant toute chose, la ville a procuré des hébergements et un soutien psychosocial aux sans-abris qui, pour des raisons liées à l’alcoolisme, la consommation de drogues et une maladie mentale, ne sont pas autorisés à séjourner dans les logements officiels. Des équipements de protection individuelle et des aides alimentaires ont été fournis à la prison locale, et un soutien a été assuré grâce à la distribution porte à porte de nourriture et de matériel de base. La communauté rom, les migrants et les réfugiés ont également bénéficié d’une aide ciblée, pendant que la radio locale diffusait des informations dans plusieurs langues et que les ONG distribuaient des articles d'hygiène et des équipements de protection.

Organisation des États ibéro-américains (OEI)

Mme Laura Martínez, du bureau de l'OEI à Bogotá, Colombie, a expliqué que son organisation soutient les efforts des gouvernements nationaux pour renforcer l'éducation, la science et la culture. Elle vise à promouvoir des projets qui construisent la paix et défendent les droits humains, mais aussi à soutenir les changements axés sur la création de sociétés plus équitables dans les pays ibéro-américains. Pendant le COVID-19, l'OEI s’est employée à prévenir la violence domestique et la violence basée sur le genre au sein des ménages en renforçant les lignes de soins. L’OEI a également élaboré un programme sur la démocratie et la citoyenneté qui vise à garantir les droits humains, y compris un guide pédagogique et une semaine éducative sur les droits humains et les technologies de l'information et de la communication (TIC). L'OEI a relevé un certain nombre de défis, tels que la difficulté de promouvoir une éducation axée sur le respect des droits humains et l'autonomisation alors que de nombreuses décisions visant à lutter contre le virus restreignent aussi le droit à la liberté, la liberté de mouvement et même la vie privée.

Association civile pour l’égalité et la justice (ACIJ), Buenos Aires, Argentine

M. Francisco Rodríguez, avocat à la Division des droits économiques, sociaux et culturels de l'Association civile pour l'égalité et la justice (ACIJ), a déclaré que la ville de Buenos Aires connait depuis presque 100 jours des mesures strictes. L'Argentine en général et Buenos Aires en particulier, ont réussi à bien contenir le virus, mais cela signifie que la concentration des pouvoirs des autorités a été renforcée. Toutes les procédures judiciaires par exemple, sauf les plus urgentes, ont été suspendues. L'ACIJ se concentre donc sur les initiatives de protection des droits humains pendant le COVID-19. L'impact de la pandémie varie selon les communautés, ses effets étant particulièrement prononcés dans les zones où il est plus difficile d'imposer le confinement. Les mesures ne tiennent pas compte des différents niveaux de richesse, et la pandémie fait très clairement ressortir les inégalités sociales et aggrave les conditions des groupes vulnérables. L'ACIJ s'est employée à élaborer de nouveaux programmes et à développer les programmes en place afin de garantir les droits humains.

Melitopol, ville apprenante de l’UNESCO, Ukraine

Le conseil municipal de Melitopol a adopté un certain nombre de mesures pour lutter contre la pandémie de COVID-19, telles que l'interdiction de tous les événements de masse, la restriction des activités économiques, la suspension des activités éducatives dans les écoles et l'interdiction d’utiliser les transports. Les autorités de la ville ont dû faire face aux protestations des entrepreneurs qui ont subi des pertes de revenus mais elles affirment que, tout en ayant besoin de restreindre les droits, elles doivent aussi protéger les intérêts de leurs concitoyens. Pour Melitopol, la coopération avec le gouvernement pour garantir le respect des droits humains est devenue une priorité pendant la pandémie. Les mesures de soutien comprennent l'extension du soutien psychologique aux personnes qui en ont besoin et la protection de groupes vulnérables tels que les personnes âgées.

Débat

Mme Macauley (UIL) a ouvert le débat en demandant comment on peut être sûr de l’exactitude des informations reçues par les citoyens sur la pandémie. Mme Ampatzidi a déclaré qu'à Ioannina, les conseils sont formulés dans plusieurs langues et que les autorités demandent aux citoyens de leur envoyer leurs commentaires pour s'assurer que leurs besoins sont satisfaits. Selon l'ACIJ, la question de l'accès à l'information est un problème majeur à Buenos Aires, tandis qu'en Colombie, l'OEI s’emploie à renforcer les droits des peuples autochtones, ce qui se reflète dans la formulation ascendante des politiques publiques. Mme Macauley a ensuite demandé, en ce qui concerne les jeunes, comment la participation à la prise de décision peut être facilitée pendant la pandémie. ONU Habitat a fait remarquer que la majorité des habitants des bidonvilles sont des jeunes et qu'il est important d'assurer leur participation politique afin de leur permettre d'être reconnus en tant qu’acteurs politiques.

M. Atchoarena a clôturé le débat, et avec lui le présent webinaire ainsi que toute la série, en évoquant les compétences numériques, la culture numérique et l'éducation aux médias. Cette crise a souligné l'importance de donner accès à ces compétences pour préserver les droits humains. Il a déclaré que le droit à l'éducation reste menacé et que les organisations de la société civile ont un rôle clé à jouer dans le suivi des droits humains et dans le dialogue avec les gouvernements municipaux.

Webinaires du GNLC de l’UNESCO

Cet événement en ligne faisait partie de la série de webinaires du GNLC intitulée « Les villes apprenantes de l'UNESCO répondent au COVID-19 ». Conçus comme une opportunité, pour les membres du Réseau mondial des villes apprenantes de l'UNESCO (GNLC), de partager des initiatives locales réussies pendant la pandémie, les webinaires attirent régulièrement des centaines de représentants de villes et d'autres parties prenantes. Des villes de différentes régions du monde font des présentations et les participants prennent part à des débats stimulants sur la meilleure façon de faire face à la situation actuelle − à savoir, comment atténuer ses pires effets et, d'une certaine manière, saisir des opportunités inattendues. Cliquez sur les liens ci-dessous pour lire les résumés des quatorze précédents webinaires.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : la culture et l’éducation pendant la pandémie de COVID 19. Résultats du webinaire du 3 juin

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : les stratégies de relance aux niveaux éducatif, social et économique pendant la pandémie de COVID 19. Résultats du webinaire du 27 mai

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : les nouveaux partenariats en matière de gouvernance de l’éducation pendant la pandémie de COVID 19. Résultats du webinaire du 20 mai

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : les prisons et l’éducation en milieu carcéral. Résultats du webinaire du 13 mai

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : apprentissage ouvert et à distance. Résultats du webinaire du 6 mai

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : santé mentale, santé physique et bien-être. Résultats du webinaire du 29 avril

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : les cas d’Évry-Courcouronnes (France), Chefchaouen (Maroc), Mayo-Baléo (Cameroun) et de l’Association internationale des Maires Francophones (AIMF). Résultats du webinaire du 23 avril

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : mesures déployées par les villes pour les migrants et réfugiés dans le contexte de la pandémie du COVID-19. Résultats du webinaire du 22 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19 : soutien des établissement d’enseignement supérieur aux communautés locales. Résultats du webinaire du 15 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19. Les cas de Mexico (Mexico), Bogotá (Colombie), Lima (Pérou). Résultats du webinaire du 9 avril. 

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19 : apprentissage familial et soutien de la communauté. Les cas de Gdynia (Pologne) et Cork (Irlande), ainsi que contributions par des experts d’Allemagne et du Pakistan. Résultats du webinaire du 8 avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19 : équité et inclusion. Les cas de Espoo (Finlande), Chengdu (République populaire de Chine), Swansea (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord). Résultats du webinaire du 1er avril.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19. Les cas de Osan (République de Corée), Wuhan (République populaire de Chine), Turin (Italie), São Paulo (Brésil). Résultats du webinaire du 24 mars.

Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID 19. Les cas de Shanghai et Pékin  (République populaire de Chine), Fermo (Italie), Kashan (République islamique d’Iran). Résultats du webinaire du 19 mars.

Regardez nos entretiens vidéo avec les maires et d’autres représentants des villes apprenantes de l’UNESCO sur les réponses au COVID-19 sous https://www.youtube.com/playlist?list=PLivu_GCiL2mjYQOp64hcvzGNsC75QKSLw