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1001 histoires dans les langues du monde, Suisse

  • Date published:
    22 juillet 2016

Présentation du programme

Titre du programme 1001 histoires dans les langues du monde
Organisation chargée de la mise en œuvre Institut suisse pour les médias de jeunesse (SIKJM, Schweizerisches Institut für Kinder und Jugendmedien)
Langues d'enseignement Allemand, albanais, arabe, chinois, anglais, français, persan, italien, kurde, croate, polonais, portugais, russe, serbe, espagnol, tamil, tibétain, tigrinya, turc et urdu.
Financement Financement public, partenaires locaux et fondations privées, notamment les Fondations Mercator, Arcas, Avina, Sophie et Karl Binding, Ria et Arthur Dietschweiler, Gamil, Hamasil, Landis et Gyr, Ernst Göhner et Thoolen.
Partenaires De nombreux partenaires locaux (municipalités/régions, centres communautaires, bibliothèques, organisations sociales, etc.) dans toute la Suisse.
Coût annuel du programme 120.000 CHF (124.000 USD) pour la coordination nationale, l'éducation complémentaire et l'ouverture de nouveaux sites (hors frais de fonctionnement locaux)
Date de création 2006

Contexte national

En Suisse, les migrants font face à de multiples défis concernant le système éducatif. Leurs enfants ont moins de chances d'accéder à l'enseignement préscolaire et plus de chances de fréquenter des écoles secondaires de seconde catégorie et sont sous-représentés parmi les diplômés du supérieur. Par exemple, environ un quart des migrants de seconde génération ne poursuivent pas les études au-delà de la scolarité minimale obligatoire de neuf ans, contre 16 pour cent de la population autochtone. De plus, le taux d'achèvement des études secondaires et supérieures est plus faible chez les jeunes migrants de seconde génération que chez leurs camarades non migrants. En effet, alors que les premiers ont des taux d'achèvement respectifs du secondaire et du supérieur de 50 et 25 pour cent, les seconds affichent respectivement 53 et 30 pour cent (Bundesamt für Statistik, 2014). Cette situation défavorable des enfants de migrants s'explique principalement par les barrières linguistiques, les moyens financiers limités de leurs parents et l'implication relativement plus faible de leurs parents dans leur éducation (20 Minuten, 2011 ; Becker, 2010).

Le programme d'alphabétisation familiale 1001 histoires dans les langues du monde tente de lever les barrières linguistiques et de renforcer la participation parentale en s'alliant avec les familles immigrées pour améliorer le niveau de langue et d'alphabétisme de leurs enfants en langue maternelle. Cette initiative repose sur le postulat suivant : maîtriser sa langue maternelle aide fortement l'enfant à apprendre celle du pays d'accueil. Ainsi, 1001 histoires dans les langues du mondejoue un rôle important dans la satisfaction des besoins éducatifs des populations défavorisées de Suisse.

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Présentation du programme

1001 histoires dans les langues du monde dispense des cours de narration de récit aux familles de migrants afin de promouvoir le développement du niveau de langue et d'alphabétisme des enfants de deux à cinq ans. En outre, le programme cherche à impliquer les parents dans l'encadrement des études de leurs enfants.

Après sa mise en œuvre initiale à Zurich et Bâle en 2006, le programme 1001 histoires dans les langues du monde s'est progressivement étendu à d'autres villes et communautés. Les partenaires locaux du SIKJM – bibliothèques, centres communautaires et autorités municipales et régionales – organisent et financent le programme dans leur localité, tandis que le SIKJM le supervise et soutient les partenaires locaux en créant des supports d'enseignement et en assurant la formation initiale et continue des animateurs. En 2014, le programme a été dispensé dans 14 cantons en Suisse, dont Bâle, Berne, Lausanne et Zurich. Environ 1.500 familles ont participé à 1.663 cours en dix-sept langues, dispensés par 130 enseignants. Chaque classe compte dix participants en moyenne. Depuis 2006, un total de 8.670 cours a été dispensé au profit de 87.000 participants environ.

Buts et objectifs

Le programme vise à :

  • Promouvoir l'alphabétisation en langue maternelle des enfants de migrants de deux à cinq ans.
  • Inciter les parents à renforcer le niveau d'alphabétisation et les bases linguistiques de leurs enfants à bas âge en intégrant des activités de lecture et d'écriture à leur quotidien.
  • Montrer aux parents que l'intégration d'activités d'alphabétisation à domicile joue un rôle important dans l'alphabétisation de leurs enfants.
  • Indiquer aux parents que leurs enfants doivent être alphabétisés en langue maternelle car cela constitue une base importante pour l'apprentissage de la ou des langues officielles.
  • Informer les parents des ressources disponibles localement, telles que les cours de langue pour adultes et enfants, les bibliothèques et les cours préscolaires.

Mise en œuvre du programme

Recrutement et identification des besoins des apprenants

1001 histoires dans les langues du monde cible les familles de migrants, qui ne suivent pas généralement de tels cours pour parents. Les animateurs mettent en avant l'accessibilité du programme, avec un niveau d'admission bas qui permet à toutes les familles intéressées de suivre les cours à tout moment, y compris après leur démarrage. Le programme est gratuit, et les familles n'ont pas besoin de s'inscrire au préalable. En général, chaque cours compte huit à douze familles, dont des mères, des pères, des grands-mères et des tantes. Le plus souvent, les enfants sont accompagnés par un parent ou un proche.

Les animateurs jouent un rôle crucial dans l'inscription des familles au programme, à la fois en personne, dans le cadre des activités de sensibilisation, et au téléphone. Les autres méthodes utilisées pour intéresser les familles incluent le bouche à oreille, la sensibilisation des amis et proches, la promotion dans les jardins d'enfants et les écoles, les cours de langue et les cérémonies familiales. Les agences de mise en œuvre utilisent aussi les réseaux sociaux, notamment WhatsApp et Facebook, pour diffuser l'information sur la prochaine séance de contes. Le recrutement de nouveaux participants passe, en définitive, par la confiance des parents et la résolution des défis culturels. Ces derniers incluent la honte ressentie par certains parents concernant leur niveau de scolarisation, la restriction imposée à certains groupes de femmes concernant l'accès aux espaces publics et les expériences négatives auprès des institutions gouvernementales suisses.

Enseignement et apprentissage : approches et méthodes

Le programme propose principalement des séances de contes aux groupes de familles de même langue, qui reçoivent des cours en langue maternelle. Des groupes plus hétérogènes peuvent suivre des cours en allemand. Ces cours intègrent aussi les langues maternelles, notamment pour les jeux et les activités sociales. Parents et enfants y participent ensemble.

Les animateurs utilisent une approche holistique et multiforme, qui implique activement enfants et parents dans le processus d'apprentissage. De même, ils structurent leurs enseignements autour de formats récurrents, qui séparent les exercices de langue et de lecture des jeux et autres activités sociales. En règle générale, les activités linguistiques et la lecture se déroulent dans un environnement comparable à une salle de classe, où les animateurs donnent des instructions et posent des questions. Les parents jouent un rôle d'appui en aidant leurs enfants à se rester concentrés pendant le cours. Les autres activités, comme les jeux, les activités manuelles et de groupe, se déroulent dans un environnement de type familial, où les parents assument un rôle beaucoup plus prépondérant dans le travail de leurs enfants.

Le conte est la composante centrale du programme 1001 histoires dans les langues du monde, que les animateurs abordent de diverses manières. Certains enseignants préfèrent raconter des histoires avec leurs propres mots, agrémentant leur récit de jeu théâtral et de gestuelle. D'autres préfèrent lire les contes à partir des livres des enfants, puis en discuter avec les élèves. Les deux approches conviennent pour les besoins du programme puisque chacune met en avant les méthodes narratives et l'importance du dialogue.

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Contenu

Pendant les cours, les animateurs racontent et lisent des contes et encouragent les parents à participer à des jeux et activités tels que le chant, l'artisanat, le jeu de rôles et la lecture individuelle. Les familles sont également conviées à écrire, dessiner ou raconter leurs propres histoires. Une autre composante majeure du programme consiste à informer les parents des ressources d'alphabétisation disponibles. Ici, il s'agit essentiellement de les familiariser avec les bibliothèques afin de leur faciliter l'accès à des livres en langue maternelle et en allemand.

Par ailleurs, les animateurs apprennent aux parents à soutenir le renforcement du niveau d'alphabétisme et de langue de leurs enfants à domicile. En particulier, les parents apprennent à accompagner l'éducation bilingue et reçoivent des conseils et des informations sur d'autres questions éducatives. De même, ils découvrent comment accéder à des ressources telles que les réunions, cours de langue et groupes associatifs de parents. Pour cela, SIKJM crée et leur distribue des informations en langue maternelle. En général, les animateurs sont libres d'adapter le contenu des cours à la situation des participants.

En 2014, le programme a été proposé en maintes langues, dont l'allemand, l'albanais, l'arabe, l'anglais, le français, le persan, l'italien, le kurde, le croate, le polonais, le portugais, le russe, le serbe, le serbe, l'espagnol, le tamil, le tibétain, le tigrinya, le turc et l'urdu. Au besoin, d'autres langues peuvent être ajoutées. En règle générale, un cours se compose de huit à douze séances de 90 minutes, organisées une ou deux fois par semaine dans des centres communautaires, des bibliothèques ou des écoles. Chaque cours regroupe, en général, huit à douze familles. La plupart des familles y participent de façon assidue.

Les animateurs

Le programme est dispensé par des bénévoles qui parlent la langue et connaissent la culture des familles participantes. SIKJM enseigne à ces intermédiaires des notions de base en développement de la langue et de l'alphabétisme, méthodes de narration de contes, éducation bilingue, éducation parentale et utilisation des réseaux sociaux. Il leur offre à la fois une formation initiale et continue, observe leurs activités en classe et, au besoin, leur prodigue soutien et conseils pour s'améliorer. Les animateurs sont tenus de suivre ces formations. Toutefois, la formation pédagogique n'est pas exigée pour devenir animateur. En fait, ils sont pour la plupart « semiprofessionnels ».

Suivi et évaluation

Le programme a fait l'objet de deux importantes évaluations externes : la première par l'École normale de Zurich en 2008, la seconde par Marie Meierhofer Institut für das Kind, en 2014. Les liens vers ces deux documents sont fournis ci-dessous (voir Sources). Au niveau interne, SIKJM a analysé tous ses cours en termes de nombre de participants, d'assiduité des familles, de niveau d'implication parentale et d'informations reçues par les parents sur l'apprentissage familial et les ressources communautaires.

Impact et défis

Impact et réalisations

Le programme permet aux enfants d'améliorer leur niveau de langue et d'alphabétisme grâce à l'appui de leurs parents et enseignants. De plus, ils apprennent à interagir avec d'autres enfants. En particulier, ils acquièrent de nouveaux mots et améliorent leur compréhension de l'écrit. De même, ils s'intéressent davantage au conte et aux livres – ce qui contribue à pérenniser l'impact du programme. Les témoignages des parents indiquent que les enfants découvrent des nouveautés à chaque cours et qu'ils adorent écouter les contes. Ils apprécient également les autres activités scolaires, comme l'art et le dessin, et sont fiers de créer quelque chose avec leurs parents.

Par ailleurs, le programme promeut l'apprentissage familial intergénérationnel puisqu'il enseigne aux parents à soutenir le développement éducatif de leurs enfants à travers des activités d'apprentissage à domicile. Parents et enfants gagnent en assurance en participant au programme car ils sentent que leurs langue et culture sont publiquement reconnues et rencontrent des personnes de mêmes origines qu'eux. Pour toutes ces raisons, le programme constitue aussi une source de motivation des parents à accompagner le développement de l'alphabétisme de leurs enfants. Par exemple, une mère explique qu'elle et son mari ont commencé à emprunter des livres à la bibliothèque pour leur fille, chose qu'ils ne faisaient pas avant de participer au programme.

En outre, le programme a un effet positif sur l'éducation des parents dans la mesure beaucoup s'intéressent à la lecture et fréquentent les bibliothèques pendant leur temps libre. Ils apprécient également la forte composante sociale du programme qui leur permet de rencontrer des personnes de mêmes origines et centres d'intérêt pendant les cours.

Défis

  • La méthode d'enseignement employée par le programme gagnerait à être plus structurée et axée sur des objectifs. Les animateurs conçoivent les cours et activités en fonction de leurs préférences personnelles et mettent moins l'accent sur les objectifs généraux puisqu'ils ignorent souvent combien la méthode d'enseignement est importante (la façon de raconter un conte en est un exemple). Le programme peut s’améliorer en adoptant une approche structurée et cohérente qui définit en détails chaque format d'enseignement, notamment le récit et les jeux.
  • L'implication des parents dans le processus d'apprentissage constitue un défi crucial. Par exemple, certains animateurs ont du mal à interagir avec des parents devant leurs enfants lorsqu'ils constatent que les parents ont besoin d'aider pour encadrer leurs enfants (par exemple, une mère qui a du mal à calmer son fils). Autre problème, il peut arriver qu'un des parents refuse que la famille participe aux cours, la poussant parfois à y renoncer. De même, certains animateurs ont du mal à encadrer les enfants âgés et peu motivés.
  • L'accès aux livres et autres supports en langue maternelle constitue un autre défi, en particulier lorsque les cours ne se tiennent dans une bibliothèque internationale.
  • Le recrutement de participants dépend en grande partie de l'aptitude de chaque animateur à sensibiliser et à intéresser les familles de migrants.

Leçons apprises

  • La façon de raconter une histoire compte en matière de développement de l'alphabétisme. Les animateurs qui racontent des histoires avec leurs propres mots, utilisant gestuelle et jeu théâtral, permettent aux enfants de recréer les contes grâce à leur imagination – ce qui améliore leur compréhension orale des textes et stimule leur aptitude à ajouter des informations complémentaires. La lecture de contes à haute voix améliore la compréhension de l'écrit, mais elle a aussi l'avantage d'initier les enfants à la langue écrite. En outre, la discussion après le conte permet aux enfants de comprendre comment l'écrit se transforme en langue parlée et d'évaluer leur propre compréhension du récit.
  • La participation des parents au processus d'apprentissage est essentielle pour la réussite et la pérennité du programme. La réalisation de cet objectif difficile exige un concept clairement défini, avec une approche claire de l'enseignement ainsi qu'un encadrement et un soutien continus aux animateurs.
  • L'emplacement des classes joue sur le résultat. En règle générale, les cours doivent se tenir dans des salles distinctes au lieu de lieux publics comme l'espace commun d'une bibliothèque. Dans un lieu public, les enfants sont facilement distraits, et les parents sont moins confiants pour participer au processus d'apprentissage.
  • Pour la réussite du programme, il est essentiel d'instaurer la confiance entre animateurs et parents. La confiance des parents est non seulement nécessaire pour changer la pratique de l'alphabétisation familiale et les inciter à accompagner l'alphabétisation de leurs enfants, mais elle constitue aussi le moyen le plus efficace d'attirer d'autres familles. En effet, le succès de l'enrôlement des familles de migrants d'une origine spécifique (par exemple, les familles albanaises) dépend du rôle clé des animateurs déjà bien intégrés dans la communauté. Du fait qu'ils partagent la même communauté et sont en contact étroit avec les familles, ces animateurs sont souvent plus aptes à impliquer les parents dans le processus d'apprentissage pendant les cours.
  • La mise en œuvre du programme nécessite du temps. En particulier, les parents ont besoin de temps pour s'habituer à y participer, surtout si les cours se tiennent dans un espace public. De plus, l'établissement de relations de confiance et la transformation de la dynamique d'apprentissage en famille est un processus à long terme.
  • La constitution de groupes de familles de même origine culturelle favorise fortement l'apprentissage familial, car les parents hésitent souvent à participer à des activités d'apprentissage avec leurs enfants dans les contextes hétérogènes.

Pérennité

La pérennité du programme dépend de la volonté des partenaires locaux à organiser et financer les cours. Malheureusement, les autorités publiques sont de plus en plus réticentes à le financer. D'où, la raréfaction des ressources financières.

Sources

Contact

Ms. Gina Domeniconi
Associate
Swiss Institute for Children’s and Youth Media
Georgengasse 6
CH-8006 Zürich
Switzerland
Tel: +41 43 268 23 19
gina.domeniconi@sikjm.ch
www.sikjm.ch

Dernière mise à jour : 31 mai 2016

For citation please use

U. Hanemann (Ed.). Last update: 14 mars 2018. 1001 histoires dans les langues du monde, Suisse. UNESCO Institute for Lifelong Learning. (Accessed on: 2 October 2022, 17:06 CEST)

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