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ESPERE: Écoles pour le pardon et la réconciliation, Colombie

  • Date published:
    29 novembre 2019

Informations clés du programme

Titre ESPERE (Escuelas de Perdón y Reconciliación) : Écoles pour le pardon et la réconciliation
Organisation chargée de la mise en œuvre Fundación para la Reconciliación
Langue d’enseignement Espagnol
Date de création Juillet 2013
Partenaires Ministère colombien de l'Éducation, autorités scolaires locales et établissements d'enseignement
Financement
  • Cycle 1 : Ministère de l'Éducation nationale
  • Cycle 2 : Secrétaire de la Division de l'enseignement de Nariño et Gran Tierra Energy (Norte de Santander)
  • Coût annuel US$1 million
    Coût annuel par apprenant : US$100

    Historique et contexte

    La Colombie a connu plus de cinq décennies de conflit interne, qui a infligé un impact dévastateur à la population civile. En effet, selon l'Unidad para la Atención y Reparación Integral a Víctimas (Unité pour l'assistance et le dédommagement intégral des victimes) (2019), le conflit a affecté plus de 8 millions de personnes (soit plus de 16% de la population nationale). Par ailleurs, les données du Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC, 2018) indiquent que la Colombie compte plus de 5,6 millions de déplacés, soit le chiffre le plus élevé dans le monde – plus que l'Afghanistan, le Nigeria et le Soudan du Sud réunis, et une bonne longueur d'avance sur la Syrie.

    Comme l’indique Rios (2018), la Colombie a enduré pendant plus de cinq décennies un conflit armé impliquant les Forces d’autodéfense unies de Colombie (AUC) et que deux groupes de guérilla : les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-EP) et l'Armée de libération nationale (ELN). Si, pour les AUC, le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) s'est déroulé entre 2003 et 2006 (Lair, 2015), il a fallu plusieurs cycles de négociations pour conclure et signer un accord de paix avec les FARC-EP en 2016 (Rios, 2018).

    Les conséquences de ce conflit sur la fourniture de services d'éducation sont énormes. D'après les estimations de l'UNICEF (UNICEF, 2015), les enfants vivant dans les zones touchées par le conflit représentent 40% du nombre total d'enfants hors circuit éducatif au primaire ou au secondaire. En outre, le même rapport indique que le taux d'abandon scolaire était de 3,6% en 2013 et qu'en 2014 le taux d'analphabétisme en zone rurale était le double de la moyenne nationale. Et, selon Ferris et Winthrop (2010), les adolescents déplacés accusent un retard par rapport à leurs camarades non déplacés : 51% des jeunes déplacés fréquentent le secondaire, contre 63% pour les jeunes non déplacés. En outre, un pourcentage significatif de déplacés enregistrés, âgés de 12 à 15 ans, sont encore au primaire. Autrement dit, ils ont dû débuter tardivement leur éducation formelle, redoubler des classes ou interrompre leurs études.

    La Direction nationale de la statistique (DANE, Departamento Administrativo Nacional de Estadística, 2018) rapporte un taux d’analphabétisme de 5% chez la population âgée de 15 ans révolus en 2018. De plus, les données de l'UNESCO indiquent qu'en 2016 le taux d'alphabétisme des plus de 65 ans (81,43%) était inférieur à celui des 15 à 24 ans (98,67%), avec plus de 2 millions de personnes âgées analphabètes dans le pays (UNESCO, 2019).

    ESPERE : Écoles pour le pardon et la réconciliation se veut une stratégie de prise en charge des besoins en alphabétisation des Colombiens et adopte une approche contextualisée qui tient compte de l'histoire du pays et des effets du conflit armé sur ses communautés.

    Organisation chargée de la mise en œuvre

    Fundación para la Reconciliación (Fondation pour la réconciliation) est une organisation non gouvernementale créée en 2003 qui promeut le pardon et la réconciliation dans la culture politique et comme valeurs politiques. Elle est née de l'expérience de son fondateur, Leonel Narváez Gómez, vécue en tant que facilitateur des négociations entre les autorités gouvernementales colombiennes et les guérilleros pendant les années 1990.

    Fundación para la Reconciliación a ainsi lancé une initiative d'assistance psychosociale aux ex-combattants. L'organisation se focalise sur la conception de programmes qui contribuent à cultiver la paix dans les zones touchées par la violence structurelle et culturelle ou dans lesquelles sévit une violence récurrente. Elle met un accent particulier sur les causes subjectives de la violence telles que la colère, le ressentiment et les représailles et conçoit des programmes ciblant les besoins principaux des zones touchées par la violence, en y intégrant l'apprentissage et la réconciliation. La violence est encore plus destructrice lorsqu'elle s'exerce contre les pauvres et les exclus, et la Colombie n'échappe à la règle.

    La Fondation avait aussi conscience du lien entre faibles taux d'alphabétisme et zones les plus ravagées par le conflit armé, notamment Nariño, Caquetá, Putumayo, Arauca, Antioquia et Choco. En conséquence, elle a décidé d'offrir des cours d'alphabétisation en parallèle à, et à travers, ses méthodes d'éducation à la paix. Elle a compris qu'en reliant ces thématiques et en dotant les individus de compétences qui répondent à leurs besoins d'alphabétisation et les encouragent à plaider pour le changement social, elle pourrait apporter une solution aux besoins de la communauté au sens large. Aujourd'hui, 21 pays ont adopté cette approche dans le monde, avec près de 2200 volontaires issus de différentes organisations intervenant comme membres du réseau international pour le pardon et la réconciliation (Fundación para la Reconciliación, 2018a). La figure ci-dessous représente les pays dans lesquels elle a travaillé au cours des 15 dernières années.

    Présence internationale de la Fondation.

    Présentation du programme

    ESPERE : Écoles pour le pardon et la réconciliation est une initiative qui promeut l'alphabétisme, notamment la lecture, l'écriture et le calcul, mais aussi l'acquisition d'aptitudes affectives et communicationnelles. Le programme a adopté une approche innovante car le curriculum se sert des processus de pardon et de réconciliation comme contexte d'apprentissage et met fortement l'accent sur les besoins des participants.

    Buts

    Le programme a pour but de promouvoir le développement personnel des adultes peu alphabétisés par le biais de programmes d'alphabétisation basés sur la méthode d'Écoles pour le pardon et la réconciliation (ESPERE, en espagnol). Ainsi, les participants apprennent à écrire, lire et calculer et gagnent en autonomie.

    Inspiration théorique par laquelle les élèves établissent un lien entre leurs croyances antérieures et leur nouvel apprentissage.

    Le programme ESPERE se fixe trois objectifs spécifiques :

    • Offrir un modèle éducatif souple pour l'éducation complémentaire des adultes (et de quelques adolescents) conformément aux dispositions de la Loi générale en matière d'éducation (Congreso de la Republica de Colombia, 1994) et à celles du décret 3011 de 1997 (Congreso de la Republica de Colombia, 1997).
    • Mettre en œuvre un projet pédagogique qui tient compte de la situation sociale des participants et s'y réfère pour élaborer des programmes.
    • Faciliter l'alphabétisation et l'apprentissage du calcul et l'acquisition d'aptitudes affectives de façon intégrée en répondant aux besoins des participants en vue de promouvoir la consolidation des acquis et le développement personnel et social.

    Population cible

    Les principaux groupes cibles se constituent de jeunes et d'adultes (15 ans révolus) issus des zones rurales ou de petites municipalités caractérisées par les problèmes liés aux cultures illicites (principalement la coca), la précarité des services publics ou les mouvements insurrectionnels. Ces groupes incluent les déplacés et les ex-combattants, mais aussi les minorités et les groupes vivant dans l'extrême pauvreté sans accès à l'enseignement primaire. Toutefois, le programme comporte aussi des bienfaits indirects pour les enfants et les familles des participants. Il a déjà accueilli 41.127 apprenants, dont :

    • 17% de jeunes
    • 58% d'adultes
    • 25% de personnes âgées

    Sur ce chiffre :

    • 91% sont des victimes du conflit armé et des personnes en situation de vulnérabilité
    • 9% sont des ex-combattants et leurs familles

    Mise en œuvre du programme

    Le programme, mis en œuvre en partenariat avec le ministère colombien de l'Éducation, les autorités éducatives locales et les établissements d'enseignement, s'est déroulé en plusieurs étapes. D'abord, la Fundación para la Reconciliación (n.d.a.) a mené une étude pilote sur invitation du ministère de l'Éducation nationale à Bogota, Ibague, Yopal et Mosquera, à laquelle ont participé 300 adultes. Grâce à cette étude, le gouvernement a découvert que les taux d'analphabétisme les plus élevés sévissaient dans les zones de conflit et/ou pauvres.

    La Fondation a pu ainsi évaluer la faisabilité du programme et adapter ses supports d'apprentissage. Ensuite, elle a mis en œuvre le premier cycle du modèle, dénommé Apprendre à lire et à écrire par le pardon, dans le cadre de deux contrats consécutifs avec le ministère. Pour commencer, 8.032 participants ont pris part au programme, exécuté dans les divisions administratives de Guajira, Magdalena, Antioquia, Sucre, Bolivar, Cesar, Atlántico et Caquetá (Fundación para la Reconciliación, 2013a) dans le cadre du premier contrat. Cela a mené, en 2014, au second cycle dénommé Interpréter et participer par le pardon, qui a démarré dans le département de Nariño et desservi 2.000 participants (Fundación para la Reconciliación, n.d.a.). Tandis que le Cycle 1 est conçu pour 290 heures, dont 252 de contact et 38 de travail personnel, le Cycle 2 compte 590 heures, dont 350 de contact et 240 de travail indépendant.

    Après la mise en œuvre du Cycle 2, dans le cadre du second contrat, 30.795 participants ont pris part au programme dans les territoires d’Apartadó, Atlántico, Bogotá, Boyacá, Buenaventura, Cali, Choco, Caquetá, Córdoba, Jamundí, Montería, Neiva, Palmira, Sahagún, Santa Cruz de Lorica, Sincelejo et Valle del Cauca (Fundación para la Reconciliación, 2016a).

    Les espaces d'enseignement varient selon le groupe. Certains cours se sont tenus dans les établissements scolaires, et d'autres dans des espaces informels, notamment chez les participants, dans les centres communautaires ou les places publiques. Les sites choisis sont des espaces paisibles, qui permettent aux participants de se faire confiance et de sentir à l'aise.

    Actuellement, même si le programme est à l'arrêt à cause de difficultés financières, la Fondation continue de proposer ces deux cycles. Le Cycle 1, composé de 11 modules, équivaut à la 3ème année d'études, tandis que le Cycle 2 correspond aux 4ème et 5ème années. Les participants subissent un test à la fin de chaque cycle, et les admis reçoivent un certificat équivalant au diplôme colombien d'études primaires.

    Enseignement et apprentissage : approches et méthodes

    L'organisation a produit des contenus se rapportant à la vie et aux expériences des participants en s'inspirant de la méthode des thèmes-générateurs de Paulo Freire (2005), de la méthode constructiviste et de la pédagogie active. Le programme a poursuivi ce processus en interrogeant les participants sur leur vécu en vue de créer des contenus à partir de leurs réponses.

    Chaque module thématique aborde le concept de violence sous l'angle de la perception et des réflexions des participants. Celles-ci sont transformées en symboles et, en examinant ces derniers, les participants apprennent de nouveaux mots qui leur permettent de s'alphabétiser. Autrement dit, la facilitation du dialogue autour de mots significatifs pour les participants en termes affectifs, comme les mots colère ou combat, a reconnecté les participants avec leur vécu et leurs émotions antérieures. Ensuite, en élaborant chaque module, chacun de ces mots devient un symbole lorsque les participants savent l’écrire, puisqu'il devient significatif, incitant les participants à apprendre à l’écrire. Ainsi, chaque participant apprend à lire et écrire en étudiant des thèmes qui l'intéressent et à travers des plans d'études personnalisés.

    Discussion sur la construction du sens du pardon et de la réconciliation, point de départ du processus d'alphabétisation.

    Ce modèle éducatif allie également l'alphabétisation de base à l'apprentissage affectif et à la réinsertion sociale en changeant la manière dont ceux qui ont subi la violence perçoivent leur situation de victime. Cela se fait à travers un processus formateur qui s'efforce d'intégrer les sphères cognitive, communicationnelle et affective. Ainsi, le programme répond non seulement aux besoins des participants en alphabétisation, mais aussi se focalise sur le récit et la souffrance de chacun en les restructurant pour créer un récit nouveau et une autre perception de leurs expériences ou actes illégaux.

    En conclusion, les principes pédagogiques du modèle d'alphabétisation d'ESPERE renforcent le niveau de lecture et d'écriture, mais aussi les aptitudes communicationnelles, les compétences cognitives liées aux quatre opérations mathématiques élémentaires et les aptitudes affectives, dont l'empathie, l'affirmation de soi et la résolution des conflits, entre autres. Ces compétences aident à résoudre les problèmes et à vivre avec les autres, notamment en promouvant la possibilité de défendre une idée et de générer des attitudes de prévenance, de pardon et de réconciliation ; actions qui contribuent à fonder une culture de paix et une coexistence durable (Fundación para la Reconciliación, 2018b). Pour rendre possible ce processus, il a fallu faire comprendre que le recours aux armes résulte de l'échec du dialogue, mais aussi cultiver le dialogue et les conversations transformatrices sur la violence entre victimes et auteurs de violences. Les participants ont rapporté ce message à leurs famille et communauté et, de ce fait, initié un changement social plus profond.

    Exercice de dialogue et d'arrangement/compréhension relatif aux différentes formes de résolution de conflit, qui mène à la création de textes abordant le sujet sous l'angle de l'histoire personnelle.

    Structure du programme

    L'organisation a conçu une structure de base pour le programme et l'a adaptée à chaque groupe d'apprenants et à son contexte. Ainsi, le processus d'apprentissage s’adapte aux besoins spécifiques de la communauté. Comme déjà indiqué, le programme comprend deux cycles. Un animateur, chargé d'encadrer un groupe de 25 participants, dirige des sessions incluant la révision des thèmes antérieurs, la vérification des activités effectuées à domicile, la présentation du thème du jour, une évaluation rapide et, enfin, une cérémonie de clôture.

    La structure didactique s'articule autour de sept étapes :

    1. Révision pour identifier les acquis.
    2. Explication des raisons pour lesquelles les participants ont rejoint le groupe et identification des expériences et du savoir des participants en rapport avec les thèmes abordés dans le programme.
    3. Création d'un environnement sécurisé pour générer la confiance entre participants.
    4. The provision of a theory to support the themes discussed.
    5. « Mon cas » : réflexion individuelle en groupes de trois participants (« groupinho »), qui ajoute la collaboration au processus d'apprentissage.
    6. Travail et activités pour consolider l'apprentissage
    7. « Rituel » : moment permettant aux participants de promettre de changer leur regard ou leur attitude par rapport aux thèmes abordés.

    Travail sur le concept de réconciliation à travers la technique pédagogique du rituel (exercices symboliques) au cours duquel s'opèrent des changements à vie grâce aux nouveaux acquis.

    Contenu et supports d'enseignement

    Le processus d'alphabétisation utilise sur deux types de supports :

    Moment de célébration pendant lequel culmine la première phase de formation des participants.
    Apprenante effectuant une tâche personnelle de gestion des émotions, qu'elle partagera ensuite avec un groupe (de trois personnes dans un environnement de confiance).

    1) Pedagogic material. Supports pédagogiques. L'équipe de la Fondation a conçu des supports, mis à jour et adaptés périodiquement sur la base des suggestions des participants et des animateurs. Ils couvrent les thèmes du pardon, de la réconciliation, de la justice réparatrice et de l'éthique de la prévenance, qui sont intégrés à l'enseignement des maths, des sciences sociales et de la langue.

    Les animateurs utilisent deux guides : Guía del Facilitador, Fase Perdón [Guide l'animateur, Phase de pardon] (Fundación para la Reconciliación, n.d.b) et Guía del Facilitador, Fase Reconciliación [Guide de l'animateur, Phase de réconciliation] (Fundación para la Reconciliación, n.d.c), mais aussi deux manuels contenant les supports d'enseignement nécessaires pour faciliter le processus : Cartilla del Participante, Fase Perdón [Manuel du participant, Phase de pardon] (Fundación para la Reconciliación, n.d.d) et Cartilla del Participante, Fase Reconciliación [Manuel du participant, Phase de réconciliation] (Fundación para la Reconciliación, n.d.e).

    2) Matériel didactique :: l’animateur et son groupe conçoivent eux-mêmes leur matériel pour faciliter les processus de médiation qui ont lieu pendant les sessions : peinture faciale, ballons, bandeaux, découpes, magazines, observation et autoréflexion, journaux, entre autres. Les figures ci-dessous présentent des exemples d'activités didactiques réalisées pendant les sessions, qui incluent l'apprentissage de l'écriture des voyelles et le développement de l'aptitude affective.

    Tâches pratiques appelant les élèves à réfléchir sur différentes émotions, puis à apprendre à écrire les mots correspondants.
    Tâches pratiques consolidant la conceptualisation de l'addition (opération arithmétique) à partir de son contexte.

    Tous les cours se font en espagnol, langue officielle de la Colombie, et le curriculum inclut trois éléments : 1) analyse des besoins des adultes, 2) lecture à partir d'un contexte sociopolitique en lien direct avec les besoins des victimes du conflit armé et 3) conformité aux dispositions de la Loi générale en matière d'éducation de la Colombie.

    Le tableau ci-dessous est extrait du curriculum du premier cycle du programme. Les sessions allient, sous forme d'éducation alternative et de moyen de médiation pédagogique, le calcul, la lecture et l'écriture à l'alphabétisation affective. Ainsi, avec le pardon et la réconciliation comme thèmes principaux, le travail des animateurs consiste à a) décoder les syllabes en passant du mot parlé au mot visuel, permettant aux participants de lire les mots dans leurs contextes, b) identifier les syllabes d'un mot en produisant des ensembles de syllabes, c) découvrir de nouveaux mots à travers les exercices du manuel, d) communiquer des mots en les mimant et e) produire des écrits après avoir appris les phonèmes proposés pour chaque session.

    MODULE DESCRIPTION GÉNÉRALE TEMPS DE CONTACT CONSEILLÉ
    1. Ouvrir les portes Ce module vise à favoriser la compréhension des principales raisons justifiant le pardon et la réconciliation, aider les participants et l'animateur à faire connaissance, expliquer aux participants les objectifs, la méthodologie et l'utilisation des supports du programme, présenter le processus d'alphabétisation et fixer les règles du programme. 26 heures
    2. Prendre un nouveau départ Ce module a pour objectifs d'identifier les situations d'abus dans les différentes domaines de la vie et d'analyser leur incidence sur le renforcement de la paix, de la réconciliation et du pardon, mais aussi de comprendre les concepts de communauté et d'environnement naturel en plus des mathématiques. 24 heures
    3. Je décide de pardonner Ce module a pour objectif de mettre en avant la décision de pardonner comme la meilleure alternative pour surmonter le ressentiment et la haine provoqués par l'agression. 20 heures
    4.Voir avec un œil nouveau Ce module vise à promouvoir l'empathie entre les participants et l'agresseur afin de faciliter la construction d'un nouveau récit de l'agression. Il a également favorisé la compréhension des agressions et de leur nature. 18 heures
    5.Mon agresseur est un être humain Les objectifs de ce module consistent à étendre le sens du concept de compassion et à comprendre les actions des agresseurs en faisant connaître les événements qui ont marqué leur vie. 22 heures
    6.Je construis un pont L'objectif de ce module consiste à créer les conditions idéales pour une rencontre avec l'agresseur. 20 heures
    7. Promouvoir la vérité et les principes Ce module vise à enseigner la voie de la réconciliation et à promouvoir le dialogue sur les principes de la vie. 26 heures
    8. Développer la prévenance Le but de ce module est de mettre en avant l'éthique de la prévenance comme élément constitutif de la réconciliation 26 heures
    9. Je promeus la réhabilitation Ce module a un double objectif : d'abord reconnaître le critère moral pour déterminer l'application de sanctions au passé des participants, puis intérioriser les concepts et stratégies élaborés pour les pratiques réparatrices. 26 heures
    10. Engager le dialogue et s'accorder pour la réconciliation Ce module vise à reconnaître les pactes comme des opportunités de dialogue autour des principes devant guider les relations, identifier d'éventuels pactes à nouer avec les autres et proposer la médiation comme outil de facilitation du dialogue et d'autres formes possibles de réconciliation. 26 heures
    11. Célébrer le processus de réconciliation L'objectif de ce module est de promouvoir la pratique des célébrations en tant que rituels fondamentaux pour renforcer les engagements en matière de coexistence et une nouvelle vie. 18 heures
    Total 252 heures

    Le second cycle, Interpréter et participer par le pardon, tente de consolider les acquis du premier, avec un objectif d'alphabétisation axé sur l'acquisition de l'aptitude à produire des écrits en fonction des différents besoins de communication (Fundación para la Reconciliación, 2013b).

    Selon Fundación para la Reconciliación (n.d.f.), ce cycle se compose d'un cours de mise à niveau et de huit modules :

    MODULE DESCRIPTION GÉNÉRALE TEMPS DE CONTACT CONSEILLÉ
    0. Cours de mise à niveau Dans ce module, les participants révisent les thèmes du premier cycle et améliorent leur niveau d'alphabétisme et de calcul en se reconnaissant comme sujets et membres de la communauté. 50 heures
    1. L'inventaire de nos émotions Ce module vise à amener le participant à interpréter ses émotions et celles des autres afin de prendre conscience de son aptitude à changer pour incarner le modèle social de la culture de la paix. 35 heures
    2. Les Olympiades du pardon : jouer pour pardonner Ce module a pour but de sensibiliser sur l'importance du pardon en tant que stratégie pour créer et renforcer le capital social à travers la confiance retrouvée, la capacité de nouer des relations avec autrui et l'acceptation de ses faiblesses en tant qu'être humain. 35 heures
    3. Salpicón (salade de fruits traditionnelle colombienne) et la richesse de la différence L'objectif de ce module est de faire comprendre la valeur de la différence comme possibilité pour briser les cycles de marginalisation, de rejet, d'agression et de violence. 35 heures
    4. Tisser des dialogues pour habiller l'âme Ce module vise à promouvoir la communication affective comme possibilité d’édification sociale à travers des actions discursives qui donnent forme à ces rapports humains étroits. 35 hours
    5. S'occuper d'autrui, c'est m'occuper de moi-même : l'autre comme miroir Le but de ce module est de faire percevoir la prévenance comme une interaction permettant à des parties d'établir une communication bidirectionnelle, qui affermit la solidarité, le respect et l'affection. 35 heures
    6. Recoller les morceaux Ce module a pour objectif de faire comprendre la réconciliation et la réhabilitation comme des processus intégrés dans lesquels la reconnaissance du tort (infligé ou subi) et l'intentionnalité de la réparation permettent de dépasser le conflit et de panser les plaies. 42 heures
    7. Faire l'histoire avec nos souvenirs Ce module vise à reconnaître l'importance des souvenirs dans la construction de notre histoire en tant que sujets sociaux. 42 heures
    8. Je participe L'objectif de ce module est de faire comprendre l'importance de participer à la transformation sociale et d'expliquer les mécanismes de participation citoyenne prévus par la Constitution colombienne. 41 heures
    Total 350 heures

    Recrutement et formation des animateurs

    Les écoles et les représentants des services locaux de l'éducation ont collaboré pour recruter les éducateurs, parmi lesquels d'anciens combattants, en accordant un avantage aux candidats ayant une expérience antérieure du modèle éducatif. Il est aussi important pour les animateurs d'être bien connus de leurs communautés, car cela constitue un gage de respect de la culture locale.

    Les animateurs suivent quatre jours de formation obligatoire dans leur région par groupes de 25. Le cours, axé sur la formation méthodologique et conceptuelle, inclut des séances de suivi sur site et d'encadrement continu par les professionnels de la Fondation. Chaque animateur encadre un groupe de 25 participants et travaille comme bénévole, moyennant une prime d'environ 1.380 USD pour 290 heures en quatre mois.

    Recrutement des apprenants

    Les participants sont recrutés comme suit :

    • Environ 20% orientés par les autorités éducatives locales sur la base des données d'alphabétisme de chaque territoire.
    • 70% recrutés au moyen de différentes stratégies de sensibilisation telles que les brochures, les réunions communautaires, les émissions radio locales et les annonces publiques dans les rues. Tout ce travail a été fait par les leaders communautaires
    • 10% identifiés au niveau des écoles locales à l'aide de données sur l'alphabétisme telles que les informations recueillies sur les familles des élèves.

    Les animateurs prennent une copie de la pièce d'identité des personnes intéressées (environ 90% des participants potentiels) et, après vérification, ils inscrivent ceux dont les données concordent avec celles contenues dans le SIMAT (Système intégré d'immatriculation du ministère de l'Éducation nationale). Ensuite, la Fondation organise un test préliminaire (Fundación para la Reconciliación, 2016) pour évaluer le niveau d'alphabétisme des participants et les répartit en groupes suivant leurs résultats et leurs caractéristiques communes en termes de vulnérabilité ou d’implication dans le conflit.

    Évaluation des résultats d'apprentissage

    Comme l'indique la partie précédente, la première étape de l'évaluation consiste en un test préliminaire officiel, élaboré par la Fondation et le ministère de l'Éducation nationale. Ce test porte sur quatre compétences : compréhension de l'écrit, écriture, arithmétique et raisonnement mathématique (Fundación para la Reconciliación, 2016b).

    En cours de mise en œuvre du programme, les animateurs organisent des examens sommatifs et formatifs. Ces évaluations leur permettent de s'assurer des progrès des participants en écriture, lecture et arithmétique et d'analyser leurs aptitudes. Chaque session comporte une évaluation, composée d’activités servant à mesurer les progrès des participants et à recueillir leur feedback.

    Dans le cadre du processus sommatif, les participants subissent une évaluation à la fin de chaque module thématique. L'assiduité est prise en compte, avec un niveau minimal de fréquentation établi à 85%.

    L'évaluation formative inclut différents instruments, tels que l'auto-évaluation et l'évaluation par les pairs, qui donne l'occasion de collaborer. Une évaluation mixte est faite par le biais de devoirs tels que la dictée, la production d'écrits et l'observation de changements d'attitude des participants en termes de pardon et de réconciliation – par exemple, le changement d'attitude envers leurs pairs, leurs réactions face à des situations de conflit et l’envie de participer aux réunions communautaires et d'intégrer l'arène politique.

    Les tâches éducatives abordent également la famille et la communauté dans le but de raffermir les liens et de promouvoir le dialogue. Par exemple, il est demandé aux participants d'écrire au sujet de membres bien connus de la communauté, de la vie dans leur municipalité ou des raisons qui ont poussé les autres membres de leur famille à étudier. Le programme inclut aussi des activités de cartographie, qui consistent à demander aux participants de se rendre auprès des institutions publiques pour s'informer de leurs services et les relater par écrit ou de visiter, dans le cadre d'une stratégie d'édification d'une mémoire collective et historique, des lieux tels que les bibliothèques, les musées et les monuments.

    Les participants reçoivent un feedback sous forme de cartes indiquant les aspects à améliorer, ce qui leur permet d'identifier des stratégies pour surmonter leurs difficultés avec l'aide de l'animateur. Ces cartes individualisées reflètent les changements d'attitudes en cours de processus formatif. L'animateur les organise en un portefeuille, qui lui sert de source additionnelle d'informations pour évaluer le changement d'attitude des participants.

    Enfin, au terme du cycle, il est demandé aux participants de subir le test de sortie (Fundación para la Reconciliación, 2016) en vue de passer au cycle suivant.

    Le Cycle 1 du programme dure 290 heures, et le Cycle 2 590 heures. Après les avoir achevés, le bénéficiaire reçoit un certificat délivré par l'institution éducative responsable de sa localité et le secrétaire chargé de l'éducation de son département. L'institution rend compte de ce résultat via la plateforme SIMAT.

    Suivi et évaluation

    TLe programme a fait l'objet d'une évaluation interne et externe. Pour le processus externe, des agents du ministère de l'Éducation ont effectué, pour chaque cycle du contrat, des visites périodiques dans les sites afin d'identifier les obstacles et d'appuyer les sessions et événements.

    Pour les besoins du suivi interne, la Fondation a organisé des séances de suivi mensuel en ligne ou sous forme de visites de terrain. La plateforme a été périodiquement mise à jour avec les données de chaque région, notamment les effectifs des groupes par territoire, les progrès en termes de nombre de modules par groupe, les groupes par municipalité ainsi que les forces et défis en matière de mise en œuvre du programme.

    Impact et réalisations

    TÀ ce jour, le programme a desservi 41.127 participants vivant dans les zones les plus exposées à la violence, mais aussi dans d'autres zones touchées par le conflit armé.

    Participants

    Exercices de production d'écrits et d'amélioration de la calligraphie

    Les participants ont amélioré leur niveau de lecture et d'écriture et acquis une attitude positive envers l'apprentissage de la lecture-écriture et du calcul : compétences mathématiques, identification des voyelles et des consonnes, apprentissage de la lecture et identification des chiffres, construction de phrases et compréhension de l'écrit. Par exemple, dans la municipalité de Tumaco, Saez (n.d.) la moyenne au test de lecture et écriture est de 4,4/5, de 4,8/5 pour le test de calcul et de 4,4/5 pour l'évaluation en paix et réconciliation. En outre, 95% des participants du premier contrat ont achevé le processus, et 89,2% sont passés au cycle suivant (Fundacion para la Reconciliación, 2013a).

    Globalement, ce modèle favorise les participants désireux d'intégrer le système éducatif formel, d'après les rapports des éducateurs, qui estiment à 15% ceux qui ont poursuivi leurs études. Il a été enregistré un taux d'abandon de 4,6% pour le premier cycle (Fundación para la Reconciliación, 2013a) et de 0,5% pour le second (Fundación para la Reconciliación, 2016c).

    Apprendre à lire et écrire constitue en soi un bienfait important. L'alphabétisme permet aux participants de communiquer leurs idées et pensées et d'accéder à l'information et, de ce fait, de s'ouvrir de nouvelles perspectives de participation politique et d'inclusion sociale. Par exemple, dans le Témoignage 1, S., un homme de la municipalité d'Apartadó, Antioquia, explique comment l'apprentissage de la lecture et de l'écriture lui a permis de défendre ses droits et d'introduire une action en justice après son licenciement abusif (Fundación para la Reconciliación, 2016d).

    De même, les participants font état d'un raffermissement de leurs relations communautaires et familiales. Ils ont vécu un changement fondamental de perception de leurs ressentiments par rapport aux griefs subis, ce qui a empêché une recrudescence potentielle du conflit. Grâce au processus d'apprentissage de la lecture et de l'écriture, les participants ont commencé à sentir qu'ils ont un rôle à jouer dans le processus de paix de leur région, savent résoudre les désaccords et créer des récits autour de l'importance du pardon et de la réconciliation en Colombie comme le montre le Témoignage 2 (Fundación para la Reconciliación, 2016e).

    Le processus a raffermi les liens sociaux au sein de la communauté en aidant à gérer les conflits et les émotions et à panser les plaies résultant des conflits armés, sociaux et politiques. Les relations nouées durant le processus ont fortement renforcé la construction d'un nouveau récit de vérité, qui a vu le jour avec le module « Mon cas » (étape 5 de la structure didactique) et aidé à panser les plaies douloureuses du passé. Les Témoignages 3 et 4 présentent respectivement les cas de C., une femme à la figure balafrée par les membres d'un groupe armé qui a su transformer ses expériences en récit, et de M., une autre femme conviée à collaborer avec sa famille pour écrire leur histoire commune de déplacements et la lire à ses pairs lors de la session suivante, un exercice qui a facilité le dialogue avec son mari et ses enfants (Fundación para la Reconciliación, 2016e).

    Le programme a également rendu possible le développement de réseaux de solidarité, grâce à la confiance et à la cohésion sociale accrues au sein des groupes, comme le prouve le cas de P., une handicapée physique décrite dans le Témoignage 5 (Fundación para la Reconciliación, n.d.g.). Équipes et communautés aussi ont créé des réseaux de soutien social et établi de nouveaux modes d'interaction, qui ont réduit le risque de participation au conflit armé. Ainsi, victimes et ex-combattants se sont retrouvés pour formuler des propositions destinées à aider leur communauté à satisfaire ses besoins économiques et sociaux. Par exemple, à Mampuján, Bolívar, un des villages colombiens ayant subi un massacre en 2000 (The New York Times, 2000), les participants ont aidé leur communauté à créer une coopérative agricole à laquelle chacun peut contribuer.

    Groupe de travail restreint sur les parcours personnels pour guérir des histoires et souvenirs douloureux.

    Enfin, le programme a également eu un impact positif sur les familles en soutenant l'apprentissage intergénérationnel et le changements de perceptions chez les personnes âgées. Les adultes ayant appris à lire et écrire ont pu aider leurs enfants et petits-enfants à faire leurs devoirs et/ou apprendre ensemble et se sont sentis plus aptes à contribuer aux besoins de la famille et à au l'amélioration de la dynamique familiale (Arevalo, 2016).

    Animateurs

    Le programme a profité aux animateurs en renforçant leurs compétences : écoute, affirmation de soi, compassion et compréhension des problèmes spécifiques de chaque individu et attitude prévenante envers les élèves. Ils ont obtenu une qualification pour enseigner avec la méthode adoptée par le programme, à savoir la pédagogie et le constructivisme de Freire, et appris à se servir du pardon comme outil pour enseigner la lecture et l'écriture. Ils ont également acquis les outils pour parvenir à une résolution pacifique des conflits, devenant de ce fait des praticiens de la justice réparatrice, du dialogue constructif, de la compréhension d'autrui et créateurs de relations communautaires nouvelles qui aident à réduire la violence sociale et politique au sein de la famille et de la communauté bénéficiaire des processus d'alphabétisation. Ils ont également acquis de l'expérience en travail communautaire et jouissent d'une reconnaissance sociale qui leur garantit une participation accrue et des rôles de premier plan dans la vie de leur communauté.

    Récompenses

    La Fondation a obtenu les récompenses suivantes pour son action en matière de promotion de la paix et de la réconciliation :

    • Finaliste du Prix national de la paix 2014 ;
    • Prix Solutions aux questions de paix 2011 ;
    • Prix Simon Bolívar pour la démocratie 2007 du Congrès colombien ;
    • Prix UNESCO pour l'Éducation à la paix 2006 (mention honorable) ;
    • Prix du Mérite citoyen 2004 du Conseil municipal de Bogotá.

    Défis

    Le principal défi du programme réside dans sa principale source de financement, le ministère de l'Éducation nationale, qui a décidé de changer de stratégie en 2016 en faveur d'un autre programme dénommé Grandissons. Depuis, le programme ESPERE est à l'arrêt.

    Le mode de collecte d'informations sur les participants pose un autre défi. En effet, la vérification des informations à l'aide de la base de données SIMAT a pris du temps et entraîné des retards. De même, il a été noté des incohérences dans cette base de données concernant les niveaux d'éducation formelle et d'alphabétisme des participants, et les départements ministériels ont dû les corriger.

    En outre, il fallait plus de temps pour former les animateurs, même s'il n'y avait pas de place pour cela dans le calendrier gouvernemental. Par exemple, Saenz (n.d.) rapporte qu'il était difficile pour les animateurs de la municipalité de Tumaco d'appliquer une méthode dialogique parce que la plupart avaient l'habitude d'utiliser une approche classique, et leurs élèves celle d'apprendre de façon différente. Une formation plus approfondie aurait aidé à surmonter cet obstacle. L'apprentissage de la lecture et de l'écriture à travers le pardon a un impact plus marqué lorsqu'il induit une plus grande participation sociale et politique des élèves, mais aussi une paix durable dans les zones fortement impactées par la violence.

    Enfin, la Fundación para la Reconciliación (2016a) signale aussi la présence d'obstacles géographiques et physiques. Avec les longues distances, certains participants ont eu du mal à suivre les cours, et les personnes âgées rapportent qu'il leur est difficile de s'asseoir ou de se tenir dans certaines positions. Par ailleurs, certaines institutions ont refusé d'offrir un espace d'apprentissage, invoquant les dégâts susceptibles de découler de l'organisation de cours dans leurs locaux.

    Pérennité

    Le programme a été conçu sous forme de première étape dans le processus de formation de chaque participant. Aussi a-t-il créé une passerelle vers des opportunités de pousser les études, y compris pour améliorer le niveau d'alphabétisme. De plus, il a veillé à doter les animateurs formés d'aptitudes les habilitant à enseigner à d'autres personnes et à inculquer aux participants l'importance de coexister en paix. Enfin, la Fondation a fourni aux participants des supports pédagogiques leur permettant de réviser leurs acquis et d'améliorer leurs connaissances générales.

    Des enseignants ayant obtenu leur diplôme en alphabétisation des adultes

    Même si le programme est à l'arrêt, la Fondation en a amélioré le second cycle d'alphabétisation, Interpréter et participer par le pardon, et recherche de nouveaux partenaires pour continuer à le développer.

    Témoignages

    Témoignage 1 (Fundación para la Reconciliación, 2016d).

    « Je m'appelle S. et j'habite la commune rurale d'Apartadó, Antioquia. J'ai travaillé toute ma vie dans une société de production de bananes avant d'être abusivement licencié deux ans avant la retraite. Depuis, je me bats pour récupérer l'argent qui me revient de droit. Il y a deux ans, j'ai engagé un avocat. Mais, ne sachant pas lire, je signais tout ce qu'il me présentait, alors qu'il ne faisait que me prendre de l’argent sans aucun résultat. Un jour, mon collègue P. m'a parlé de ce projet. Honnêtement, ça ne m'intéressait pas au début car, comme on dit, « On n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace ». Mais, aujourd'hui je suis très content de recevoir mon diplôme.

    « Je veux montrer à mon enseignant le « droit de pétition » que j'ai rédigé pour réclamer mon argent. Cette semaine, je le présenterai au médiateur pour savoir quelles démarches je dois entreprendre. Merci beaucoup à l'enseignant et à tout le monde ».

    Témoignage 2

    Expérience notable no. 2 : Territoire de Palmira (Fundación para la Reconciliación, 2016e)

    H., un des animateurs, a présenté le cas de deux femmes issues de familles locales bien établies qu'opposait une vieille dispute.

    Appliquant la théorie de l'apprentissage contextualisé, H. a profité de toutes les sessions portant sur les conflits pour parler des disputes entre voisins et familles, des types de dialogue et des stratégies de pacification pour gérer les différends. « Combat », « problème », « solution », « colère » et « haine » furent les premiers mots lus par les participantes. Utilisant ensuite des ressources didactiques comme les découpes, l'argile à modeler, la peinture et les puzzles, il a proposé d'autres mots qui renvoient à la gestion de la colère et à la recherche d'un moyen de réduire les différends et de rapprocher les deux participantes.

    De même, il a proposé l'idée de « déconstruire les mots » en apprenant aux participantes à le faire par lettre en vue de remplacer les mots exprimant la colère par des mots qui expriment moins de souffrance et plus de paix.

    Des groupes de trois ont été constitués pour que les autres membres servent de tuteurs à leurs pairs, y compris les deux femmes impliquées dans la dispute. De plus, au début de chaque session, un temps de réflexion était consacré à l'importance du pardon. En fin de compte, les deux femmes ont compris, grâce aux activités des modules, que nourrir du ressentiment leur nuisait et leur faisait perdre du temps. À la fin du processus et en guise d'acte symbolique, les deux femmes ont créé un rituel baptisé « Le gâteau du pardon » et échangé des lettres (écrites pendant le programme) dans lesquelles elles demandaient pardon ou exprimaient leur chagrin pour les agressions passées.

    Témoignage 3

    Expérience notable no. 1 : Département de Boyacá (Fundación para la Reconciliación, 2016e)

    C. porte à la figure une balafre subie lors d'une attaque de guérilleros dans son village. Elle se bat au quotidien pour surmonter cette cicatrice et ce qu'elle représente : une marque à la fois physique et psychologique. C. déclare que sa principale motivation était « d'apprendre quelque chose d'utile » mais, en cours de programme, son estime personnelle s'est renforcée et elle a commencé à surmonter ses peurs. « J'étais venue apprendre à lire et écrire ... une nouvelle histoire pour moi », a-t-elle dit mot pour mot.

    Témoignage 4

    Expérience notable no. 3 : Ville de Neiva (Fundación para la Reconciliación, 2016e)

    Lors d'une session, M. a partagé son expérience de déplacement forcé par un groupe armé qui menaçait de la tuer. Un de ses camarades lui a proposé d'écrire le récit avec sa famille et de le partager ensuite avec le groupe. « J'ai passé beaucoup de temps à écrire chaque mot, mais à la fin j'y suis parvenue », explique-t-elle. Après avoir écrit son récit, affirme-t-elle, la confiance entre membres de la famille s'est renforcée, elle a pu parler à nouveau à ses enfants des choses de la vie qui comptent et sa relation avec son mari s'est améliorée.

    Témoignage 5 (Fundación para Reconciliación, n.d.g.)(Fundación para Reconciliación, n.d.g.)

    Exercices d'écriture pour développer la motricité fine.
    Un cours organisé chez un des participants

    « Il n'est jamais trop tard ». Voilà comment P., une handicapée physique de 84 ans originaire de Caquetá, perçoit l'opportunité de participer au programme. « Chaque jour de travail me change la vie, et j'oublie ma douleur aux hanches. Je me sens utile pour mes camarades de classe, je leur explique des choses, je les soutiens, et cela me rend forte. J'ai l'impression d'être une adolescente. Merci, camarades, d'avoir partagé ces moments de développement personnel avec moi ».

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    Last update: 29 novembre 2019. ESPERE: Écoles pour le pardon et la réconciliation, Colombie. Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie. (Accessed on: 14 August 2020, 13:27 CEST)

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