Accueil

Hametin Família, Timor-Leste

  • Date published:
    10 juillet 2018

Informations clés du programme

Titre Hametin Família (Renforcer les familles)
Organisations chargée de la mise en œuvre Ministère de la Solidarité sociale (MSS) du Timor-Leste, en collaboration avec d’autres départements (ministère de la Santé, ministère de l’Éducation, secrétariat d’État à la Jeunesse et aux sports, secrétariat d’État à la Communication sociale)
Langues d’enseignement Tétum et langues locales
Financement H&M Conscious Foundation
Partenaires UNICEF, Ba Futuru, Rain Barrel Communications, ministère de la Santé, ministère de l’Éducation, ministère de la Justice, secrétariat d’État à la Jeunesse et aux sports, secrétariat d’État à la Communication
Coût annuel Environ 162.000 USD pour deux municipalités par an
Date de création 2014

Historique et contexte

Le Timor-Leste a accompli des progrès remarquables dans le domaine de l’éducation depuis qu’il a recouvré l’indépendance en 2002. Son taux d’alphabétisme des adultes (15 ans et plus) est passé de 37,5 pour cent en 2001 à 64,07 pour cent en 2015 (UIS, 2015) ; le nombre d’enfants déscolarisés a chuté de 42.887 en 2008 à 5.310 en 2015 (UIS, 2015). Mais, nonobstant ces succès, le pays continue de faire face à de nombreux défis en matière de protection de la petite enfance et d’éducation de base dans les zones non urbaines, tels que la mauvaise qualité des infrastructures et équipements scolaires et de l’enseignement ou le manque de supports d’apprentissage (UNESCO, 2015) ; ces défis sont exacerbés par le fait que 68 pour cent de la population vivent en zone rurale, dont 42 pour cent d’enfants de moins de 14 ans.

L’enquête démographique et de santé du Timor-Leste (NSD, 2010) révèle que le pays doit faire beaucoup d’efforts pour améliorer la protection des nourrissons et des enfants et que les taux de mortalité restent encore élevés : 87 décès pour 1.000 naissances vives en zone rurale, chez les moins de cinq ans, et 61 pour 1.000 en zone urbaine. Ces chiffres élevés s’expliquent par l’accès insuffisant aux soins de santé, le déficit d’infrastructures et de systèmes de communication (routes, transport et télécommunication) et les pratiques indigènes malsaines en zone rurale. En outre, 50,2 pour cent des enfants de moins de cinq ans accusent un retard de croissance et 38 pour cent souffrent d’insuffisance pondérale (UNICEF, 2013).

Même pour les localités dotées de structures de santé, les femmes rapportent des problèmes divers, dont les plus courants sont le manque de médicaments et de prestataires de soins et l’éloignement (ibid.). Le rapport relève également la nécessité de renforcer les connaissances des parents en matière de bonnes pratiques de protection et de développement de la petite enfance, mais aussi de leur faire comprendre l’importance du préscolaire (ibid.).

Face à ces défis, le gouvernement timorais a mis en œuvre une série d’initiatives avec l’appui d’organismes et ONG internationaux en vue d’améliorer non seulement les infrastructures et les équipements, mais aussi la formation des enseignants et l’éducation parentale.

Présentation du programme

Hametin Família cherche à autonomiser parents et tuteurs et à induire, chez eux, des changements positifs de comportements permettant d’améliorer les résultats en termes de développement des enfants et des jeunes des communautés défavorisées du Timor-Leste. Il s’agit d’un programme gouvernemental élaboré conjointement avec le ministère de la Solidarité sociale (MSS), l’ONG Ba Futuru, le cabinet Rain Barrel Communications pour le développement et la justice sociale et UNICEF Timor-Leste, avec des contributions et des consultations de groupes d’acteurs gouvernementaux, de partenaires au développement et d’ONGI et ONG intervenant dans le pays. Au niveau communautaire, les parties prenantes incluent les membres de conseil villageois, comme les xefe suku (chefs communautaires), les xefe aldeia (chefs de petits villages) et les représentantes des femmes et d’acteurs clés tels que les enseignants et les leaders traditionnels.

Le programme s’est appuyé, pour son élaboration, sur l’analyse de la culture locale, sur les objectifs du gouvernement, mais aussi sur les conclusions d’une revue des bonnes pratiques internationales et d’une étude de référence CAP (connaissances, attitudes et pratiques) du Timor-Leste. Sa structuration en trois niveaux reflète la hiérarchie administrative du pays, dont la plus petite subdivision, le suku (communauté), peut comprendre un ou plusieurs aldeias (petits villages). Cette approche est décrite en détail plus bas.

Le programme a lancé sa première phase en 2014 et achevé la deuxième en avril 2016. Il en est actuellement à sa troisième phase, qui prendra fin en novembre 2017.

Buts et objectifs

Le programme se donne pour objectif général d’autonomiser les parents et les tuteurs et de promouvoir les pratiques positives pour améliorer les résultats de développement des enfants défavorisés du Timor-Leste. Il se fixe les objectifs spécifiques suivants :

  • Améliorer les connaissances, attitudes et pratiques des parents et des autres tuteurs principaux en termes d’éducation parentale générale, de stimulation à bas âge, de protection de l’enfance, de discipline alternative, d’éducation, de nutrition, d’hygiène et assainissement, de santé, d’enregistrement des naissances et de questions liées à l’adolescence.
  • Promouvoir le développement des enfants, des adolescents et des jeunes de moins de 18 ans à travers la participation de leurs parents et tuteurs au programme.

Mise en œuvre du programme

Hametin Família a été conçu en trois phases :

  • Phase I, de février à mai 2014. Elle incluait une étude – faite par Dr Ritesh Sha de l’Université d’Auckland, un consultant engagé par l’UNICEF et le MSS – qui a cartographié les programmes d’éducation parentale en cours, l’évaluation des besoins des tuteurs et une analyse des partenariats/parties prenantes. Les résultats de cette phase ont été intégrés au cadre pour le programme d’éducation parentale.
  • Phase II, de juin 2015 à avril 2016. Lors de cette phase, l’élaboration du programme d’éducation parentale a été finalisée (Curriculum d’éducation parentale, Guides pour le théâtre de jeunesse et campagne médiatique et Cadre pour les visites à domicile), et le programme a été expérimenté dans certaines subdivisions administratives (entre la municipalité et le suku). Les conclusions de l’enquête initiale CAP sur les tuteurs, qui font partie des bénéficiaires de Bolsa da Mãe (un programme gouvernemental de transfert monétaire conditionnel destiné aux parents), ont informé la conception et les activités de cette phase. Un cadre de suivi et évaluation (S&E) a également été créé pour permettre de suivre, mesurer et attribuer au programme les changements de pratiques parentales.
  • La mise en œuvre du programme constitue la troisième phase, qui s’étend sur la période allant de mai 2016 à novembre 2017.

L’enquête CAP révèle que 80 pour cent des parents ignorent l’importance de la stimulation à bas âge. Environ 80 pour cent ne savent pas reconnaître les signes courants de maladie chez l’enfant. Elle rapporte également un niveau élevé de négligence parentale vis-à-vis des enfants de moins de cinq ans et des cas violence affective et physique à l’égard des enfants.

Pour renforcer les connaissances en éducation parentale, le programme adopte une approche holistique, intégrée et à trois niveaux pour mettre en relief les messages clés :

  • Au niveau national, une campagne de communication en 48 épisodes de théâtre radiophonique et d’annonces a été initiée. Les épisodes, conçus par l’ONG Leste Art en partenariat avec le secrétariat d’État à la Communication sociale (SECOMS), ont été diffusés deux fois par semaine. Ils s’accompagnent de la diffusion des messages de la campagne, disséminés à l’aide de supports d’information, éducation et communication (IEC), tels que tableaux à feuilles, brochures, affiches et banderoles portant les messages clés destinés aux parents. Cette stratégie de communication est renforcée par une compagnie de théâtre de jeunesse qui offre des prestations véhiculant des messages clés en faveur d’une éducation parentale positive. La compagnie se produit tous les trois mois dans les espaces publics au niveau communautaire.
  • Au niveau communautaire (suku), les activités incluent 10 séances d’éducation parentale par an (environ une par mois), animées par des individus désignés par la communauté. Ces nominations interviennent après une sélection fondée sur les critères suivants : les animateurs doivent être déterminés à s’engager dans des activités pour le bénéfice de leur communauté, avoir achevé le secondaire ou un cycle d’études équivalent et jouir d’une expérience en militantisme communautaire. Les sessions sont consolidées par une équipe de renforcement familial, composée de cinq à 10 leaders locaux et de personnes influentes clés qui ont réussi à interagir avec leur communauté. Cette équipe assume également la fonction de coordination des activités d’accompagnement décrites ci-dessous.
  • Au niveau du petit village (aldeia), les activités de suivi, telles que les visites à domicile et la mise en place de groupes d’entraide pour les ménages vulnérables (familles avec enfants handicapés, parents adolescents et autres personnes ayant besoin de soutien supplémentaire), sont menées par les membres de l’équipe d’accompagnement familial. Les groupes d’entraide sont formés de façon à permettre aux parents qui peuvent assister aux séances d’éducation parentale de partager ce qu’ils ont appris avec les autres membres de leur réseau. Par ailleurs, les activités au niveau de l’aldeia aident à renforcer les messages des sessions communautaires d’éducation parentale.

Il existe, en outre, deux autres niveaux administratifs intervenant dans la coordination, la mise en œuvre et le suivi du programme entre le niveau national et le suku, notamment :

  • Au niveau municipal, un employé est chargé de coordonner la mise en œuvre des activités dans les suku et de suivre les rapports remontés au niveau national. Il distribue le matériel dans la municipalité et autorise les réaménagements destinés à résoudre les problèmes qui surviennent en cours de mise en œuvre.
  • Au niveau administratif (entre le niveau municipal et le suku), le personnel du MSS et un formateur-mentor conjuguent leurs points forts pour appuyer l’action de l’équipe d’accompagnement familial dans le suku. Tandis que le personnel du MSS a de bons rapports avec les leaders locaux, une connaissance et une expérience du travail avec les familles vulnérables, le formateur-mentor apporte son savoir-faire en matière d’animation et sa connaissance des pratiques parentales locales.

En plus des activités décrites ci-dessus, Hametin Família a noué en janvier 2016 un partenariat avec le programme communautaire Préscolaire alternatif, une initiative du ministère de l’Éducation mise en œuvre par des ONG locales avec l’appui de l’UNICEF, en vue d’intensifier son impact en renforçant les liens entre éducation des adultes, développement de la petite enfance et protection de l’enfance.

Ainsi, pendant que les participants adultes prennent part aux activités du programme Hametin Família, leurs enfants fréquentent le préscolaire. De même, une fois par mois, les parents viennent avec leurs enfants aux séances d’éducation parentale pour appliquer les enseignements du programme et participer aux activités d’apprentissage au préscolaire.

En somme, ces activités sont conçues pour améliorer les résultats des enfants et de leurs familles en termes de développement et d’éducation. L’approche globale repose sur les principes de C4D (Communication pour le développement), qui promeuvent des pratiques positives en vue d’améliorer les résultats de santé, d’éducation et de développement des communautés.

Contenu (curriculum) et supports d’enseignement

Partant des conclusions de la Phase I et de concert avec les différents acteurs, Ba Futuru a conçu deux manuels, mais aussi d’autres supports de formation, à utiliser pour les sessions communautaires. Dix domaines thématiques sont couverts en dix modules d’enseignement :

  • Éducation parentale générale : ce module explique que l’enfant a besoin d’amour inconditionnel, d’affection verbale et physique, de sécurité affective et de sensibilité à l’égard de ses besoins et sentiments.
  • Stimulation à bas âge : ce module enseigne l’interaction avec l’enfant au fil des différentes étapes de son développement, à travers des activités comme le jeu, le chant, la comptine, le récit et la lecture.
  • Protection de l’enfant : ce module encourage le parent à veiller à la protection et à la surveillance de son enfant par un adulte ou un enfant de plus de 10 ans (au Timor-Leste, les enfants sont souvent confiés à de jeunes membres de la fratrie) et lui apprend à protéger son enfant de la violence physique et de toute forme de maltraitance.
  • Discipline positive : ce module prône l’abandon de la punition traditionnelle – y compris le châtiment corporel, qui peut provoquer un traumatisme affectif et physique, un stress toxique et des retards de développement – au profit de la discipline positive.
  • Nutrition : ce module fait des recommandations aux parents concernant l’amélioration de l’alimentation de leurs enfants et différents types d’aliments nutritifs.
  • Hygiène et assainissement : ce module souligne l’importance de l’hygiène et de l’assainissement pour la santé de l’enfant et enseigne aux parents à améliorer les pratiques d’hygiène familiale.
  • Enregistrement des naissances : ce module recommande au parent de déclarer son enfant aussitôt après sa naissance et assiste ceux qui ne l’ont pas fait, en les orientant vers le ministère de la Justice et en les accompagnant tout au long du processus d’enregistrement.
  • Signes de danger et soins : ce module aide le parent à reconnaître les symptômes des maladies graves et à y faire face, c’est-à-dire en faisant consulter l’enfant ; chose difficile, puisque certaines communautés n’ont pas de structures de santé. Ainsi, ce module indique au parent où trouver la structure et l’équipe d’agents de santé les plus proches et comment les contacter. Parents et animateurs discutent également des dispensaires mobiles et de leurs services, mais aussi des programmes de consultation médicale à domicile.
  • Éducation pour tous : ce module souligne l’importance d’accompagner la scolarité de l’enfant dès le bas âge, de cultiver son intérêt pour l’apprentissage et de l’aider à faire ses devoirs. Les messages incluent le bienfait de lire avec l’enfant 10 minutes par jour, puis de lui poser des questions. Si le parent ne sait pas lire, il est recommandé de faire intervenir un grand frère ou une grande sœur pour encadrer la lecture elle-même et le processus d’acquisition des stratégies de lecture avec les enfants. Même si le renforcement du niveau des parents en lecture et écriture ne figure pas parmi les objectifs principaux du programme, ce module les aide à acquérir des compétences pour accompagner le développement et la scolarité de leur enfant, par exemple comprendre les étapes de son développement, la stimulation à bas âge, les jeux pédagogiques, la nutrition et les formes de discipline positive. Le module réserve une section spéciale à l’accompagnement scolaire de l’enfant.
  • Thèmes d’intérêt pour les jeunes : ce module explique comment aborder au mieux les questions de santé sexuelle et reproductive avec les adolescents afin de les préparer pour l’avenir.

Enseignement et apprentissage : approches et méthodes

Chaque module est enseigné en une séance d’éducation parentale de deux heures, qui se tient une fois par trimestre (le tableau ci-dessous indique les dates prévues à cet effet). Chaque séance est animée par une équipe d’agents communautaires qualifiés. Ils utilisent des méthodes d’apprentissage interactif telles que le jeu de rôles, la démonstration et les petits groupes thématiques, avec supports IEC (information, éducation et communication) : tableaux à feuilles, affiches, vidéos et dépliants. Ces supports ont été mis au point par l’ONG Ba Futuru et Rain Barrel Communications, deux structures engagées par UNICEF-Timor-Leste. Ainsi, les sessions communautaires sont adaptées au contexte, attrayantes, intéressantes et utiles.

Recrutement et formation des animateurs

La formation des animateurs inclut un programme national de formation des formateurs (FDF) et une formation au niveau des suku.

Programme de FDF pour les formateurs-mentors Le programme FDF comprend un atelier de quatre jours organisé à Dili (capitale du Timor-Leste). Les participants incluent le personnel du MSS des subdivisions administratives (deux par subdivision) des villes d’Ermera et de Viqueque et les agents extérieurs au MSS identifiés comme potentiels futurs formateurs-mentors lors du processus de préparation et de formation. Au total, 28 participants ont pris part à l’atelier (15 hommes et 13 femmes).

Les thèmes abordés incluent le concept et la structure du programme, les stratégies et conseils d’animation et les quatre modules du premier manuel de mise en œuvre (éducation parentale générale, stimulation à bas âge, protection de l’enfant et discipline positive).

Les animateurs de Ba Futuru ont longuement participé aux préparatifs de l’atelier, y compris à la vérification collective et individuelle des supports de formation, aux séances de jeu de rôles de la FDF et aux sessions de restitution des groupes. Ils étaient également chargés de maintenir et d’étendre la communication entre les niveaux administratifs national et local pendant la phase allant des premières visites de coordination à la formation initiale.

Formation au niveau des suku Dans les municipalités (suku), la formation des futurs animateurs en éducation parentale est dispensée par les participants à la FDF, assistés par des animateurs expérimentés de Ba Futuru. Les sessions se déroulent sur deux jours à Ermera et Viqueque. En moyenne, deux ou trois personnes par suku, désignées par le xefe suku à travers les ateliers organisés par le MSS, y sont conviées. Au total, 51 participants ont pris part aux sessions de formation.

Les thèmes abordés incluent la structure du programme, les techniques d’animation et les deux premiers modules (éducation parentale générale et stimulation à bas âge).

Chaque jour, mentors-formateurs et participants donnent leur avis sur la qualité et l’efficacité de la formation. Les animateurs de Ba Futuru ont aussi observé les sessions d’éducation parentale, pris des notes sur l’aptitude des animateurs à présenter l’information, dirigé des activités, facilité le débat et discuté avec les leaders communautaires avant et après les sessions.

Les animateurs des suku travaillent bénévolement et ne perçoivent qu’une somme modique pour les frais de transport (5 USD par bénévole par session animée).

Recrutement des apprenants

Au départ, le programme ciblait exclusivement les parents bénéficiaires du programme Bolsa da Mãe. Mais, à mesure que Hametin Familia s’étendait, le MSS a pu atteindre un plus grand nombre de ménages vulnérables ayant des enfants de moins de 18 ans.

Avant la mise en œuvre au niveau communautaire, les xefe suku ont partagé avec leurs administrés des informations sur le programme et les futurs projets pilotes. Il a été également fait usage d’annonces publiques et d’invitations personnelles pour informer les parents.

Onze sessions d’éducation parentale ont été organisées au niveau des bureaux administratifs des suku au profit de 609 parents dans deux municipalités pilotes. Le nombre de participants par session varie selon le suku – de 21 au minimum à 88 au maximum.

Suivi et évaluation

Le processus de suivi se compose de rapports mensuels envoyés du village à la subdivision administrative, de rapports trimestriels de la subdivision administrative à la municipalité et de rapports semestriels de la municipalité au niveau national. Un Groupe de travail a été mis en place au niveau national pour appuyer les formateurs du MSS et les formateurs locaux et superviser le programme, en y apportant les réaménagements nécessaires et en préparant la phase suivante.

L’ONG Ba Futuru a été la première entité chargée de superviser la formation au niveau des suku et les sessions d’éducation parentale ; ce, pour accompagner et encadrer les formateurs-mentors et les animateurs communautaires nouvellement formés.

Un cadre d’évaluation a été élaboré à partir des résultats d’une enquête CAP approfondie. Sur la base de l’enquête initiale réalisée en 2015, une revue du programme sera faite en 2017, et une évaluation d’impact en 2019 (après la fin du programme) dans deux municipalités bénéficiaires du projet. En outre, ces enquêtes seront réalisées dans deux autres municipalités témoins (Bazartété et Iliomar) où le programme n’est pas mis en œuvre. Cela permet de comparer les groupes et d’analyser l’impact des interventions du programme.

Impact et défis

Impact et réalisations

L’évaluation du programme faite en mars 2016 indique que 11 sessions communautaires se sont tenues dans les villages après la formation au niveau des suku. Y ont pris 609 parents appartenant à deux municipalités pilotes. En août 2016, des parents et tuteurs de 15 villages des districts d’Ermera et Viqueque avaient bénéficié du programme. En moyenne, il a formé 70 parents par village. L’évaluation de la formation des parents est encore en cours, mais celle de la FDF et les activités de formation au niveau des suku sont achevées, avec les résultats suivants :

  • Les participants à la FDF déclarent avoir mieux compris la stimulation à bas âge (54 pour cent), la protection de l’enfance (20 pour cent), la discipline positive alternative (62 pour cent) et leur connaissance du programme.
  • Les participants à la formation au niveau des suku affirment avoir mieux compris les besoins des enfants et le développement cognitif des bébés.
  • De même, le programme pilote a suscité l’enthousiasme des membres de la communautaires qui ont suivi les sessions, et les participants ont bien accueilli les supports d’enseignement.

Témoignage

Grâce à ce programme, nous avons appris à accompagner le développement de nos enfants… Nous avons aussi eu l’occasion de partager ces informations avec notre communauté. Malheureusement, le temps était trop court pour bien apprendre, parce que pour partager ces informations, il faut beaucoup étudier et s’exercer. C’est pourquoi on devrait, si possible, partager ces informations avec toutes les communautés du Timor-Leste, au-delà de la seule ville d’Ermera.

Napolito C. Madeira, 23 ans, participant à la formation, représentant du Groupe Dejukdil [groupe de jeunes catholiques], Suku Railaco Leten, Railaco, Ermera

Défis et leçons apprises

La dernière évaluation a permis d’identifier quelques défis, à savoir :

  • Manque d’aptitudes en animation des formateurs-mentors, qui doivent apprendre à animer les sessions de façon interactive et participative. Certaines communautés ont élu des animateurs qui avaient leur confiance, mais étaient parfois dépourvus des qualités requises. À Ermera, certains animateurs avaient du mal à appliquer aux exercices d’animation ce qu’ils avaient appris en session de formation. D’où, des sessions qui débordent parfois.
  • Manque notoire d’assiduité des parents à cause des longs trajets à pied entre les villages reculés et le centre de formation. En outre, les participants ont été surpris de ne pas recevoir des collations ou du café lors des sessions d’éducation parentale, comme le veut la coutume pendant un rassemblement. Ce manquement a été corrigé, et des collations sont maintenant distribuées.
  • Faible rétention des animateurs. Normalement, ils vivent d’un autre métier et travaillent pour le programme à titre bénévole.
  • Incertitudes concernant la disponibilité de fonds pour le futur exercice d’évaluation, malgré les activités actuelles de levée de fonds.

Plusieurs leçons ont été apprises :

  • La durée des sessions de formation – FDF comme formation initiale – peut être étendue afin de doter les animateurs des connaissances adéquates. En outre, il convient d’accorder une attention accrue au choix des animateurs afin d’améliorer la qualité de leur travail.
  • Les ressources humaines existant dans les communautés peuvent être mobilisées pour appuyer la mise en œuvre du programme.
  • Les parents, initialement réticents à certains contenus du programme, tels que la discipline et l’implication paternelle, se sont montrés plus intéressés et disposés à aborder ces thématiques après qu’elles leur ont été expliquées en détail.
  • Il essentiel que tous les agents de l’État participent activement et s’engagent pleinement dans la mise en œuvre du programme. Les collectivités locales s’y sont intéressées et y ont participé, ce qui a eu un impact positif sur l’engagement des parents.
  • La participation de quelques pères a suscité l’intérêt d’autres hommes et les a encouragés à participer.
  • L’utilisation des langues locales est bénéfique aux participants. À Viqueque, où le tétum est largement parlé, les sessions d’éducation parentale se sont essentiellement faites en langue locale, ce qui a permis aux participants de comprendre et de prendre part aux activités. Même si les supports sont réalisés en langue officielle, les animateurs s’efforcent d’aider les apprenants à mieux comprendre les concepts et idées en utilisant les dialectes locaux.
  • Il est possible d’améliorer les guides de mise en œuvre en résumant davantage les explications et en simplifiant ou remplaçant les termes trop techniques pour l’usage courant.

Perspectives et pérennité

Hametin Família est conçu pour compléter et collaborer avec les programmes existants. Actuellement, les prestataires sont en train d’identifier des points d’entrée pouvant permettre d’étendre le cours à un maximum de bénéficiaires. Entre autres exemples d’activités prévues, la formation des membres du réseau de protection des enfants de chaque municipalité et des travailleurs des ONG et des églises pour leur permettre d’utiliser les modules de Hametin Família pour leurs programmes. Autre point d’entrée actuellement envisagé, une collaboration avec les centres d’apprentissage communautaires appuyés par l’UNESCO qui consistera à former leurs animateurs à l’usage des modules de Hametin Família pour leurs activités. De préférence, les modules seront également utilisés pour les programmes d’alphabétisation des adultes en cours.

Le MSS a inclus ce programme dans la Mise en œuvre de la politique de bien-être de l’enfant et de la famille, par laquelle le gouvernement du Timor-Leste entend changer d’approche vis-à-vis de la maltraitance des enfants en passant d’une posture réactive à l’action préventive. Pour ce faire, il implique les familles et les communautés et renforce le programme à travers leur implication. Former des villageois dans les domaines clés de l’éducation parentale permet de conserver et de partager le savoir au sein de la communauté par divers moyens. À l’avenir, le MSS envisage d’étendre le programme à 87 villages pour atteindre 10.000 parents en 2018.

Sources

  • Direction nationale de la statistique (NSD) [Timor-Leste] 2010. Enquête démographique et de santé du Timor-Leste 2009-10. Dili, Timor-Leste: NSD [Timor- Leste] et ICF Macro. Disponible sur : http://www.measuredhs.com/pubs/pdf/FR235/FR235.pdf (22 août 2016).
  • Taylor-Leech, K. 2008. Language and identity in East Timor: The discourses of nation building. Language Problems & Language Planning 32:2 (2008). John Benjamins Publishing Company, pp.153–180. Disponible sur : http://www.cultura.gov.tl/sites/default/files/KTLeech_Language_and_identity_in_east_timor_2008.pdf (4 novembre 2016).
  • UNESCO 2015. Rapport national sur l’Éducation pour tous 2015: Timor‐Leste. Disponible sur : http://unesdoc.unesco.org/images/0022/002298/229880E.pdf (22 août 2016).
  • UNICEF 2012. Rapport annuel 2012 pour le Timor-Leste, EAPRO. UNICEF. Disponible sur : http://www.unicef.org/about/annualreport/files/Timor-Leste_COAR_2012.pdf (22 août 2016).
  • UNICEF 2013. Rapport annuel 2012 pour le Timor-Leste. UNICEF. Disponible sur : https://www.unicef.org/about/annualreport/files/Timor-Leste_COAR_2013.pdf (2 décembre 2016).
  • UNICEF 2015. Éducation de qualité. UNICEF. Disponible sur : http://www.unicef.org/timorleste/Education(1).pdf (22 août 2016).
  • Institut de statistique de l’UNESCO (UIS) 2015. Disponible sur http://uis.unesco.org/en/country/tl?theme=education-and-literacy (6 juin 2017).
  • Supports préparés par Ba Futuru et Rain Barrel Communications pour UNICEF-Timor-Leste (inédit)
  • Ba Futuru et Rain Barrel Communications 2015. Design and Pilot of a Parenting Programme to Improve Developmental Outcomes for Disadvantaged Children and Adolescents in Timor-Leste – Phase II. Rapport initial.
  • Ba Futuru et Rain Barrel Communications 2016. Design and Pilot of a Parenting Programme to Improve Developmental Outcomes for Disadvantaged Children and Adolescents in Timor-Leste – Phase II. Research Report Study of Knowledge, Attitudes and Practices Towards Ten Key Focus Areas of Parenting in Timor-Leste.
  • Ba Futuru et Rain Barrel Communications 2016. Design and Pilot of a Parenting Programme to Improve Developmental Outcomes for Disadvantaged Children and Adolescents in Timor-Leste – Phase II. Rapport d’évaluation de la phase pilote.

Contact

Florencio Pina Dias Gonzaga
Directeur, National Directorate for Ministry of Social Solidarity
Avenida Bemori
Dili
Timor Leste
E-mail : flo.gonzaga2002@gmail.com
Tél : +670 7825 8649

For citation please use

Last update: 28 septembre 2018. Hametin Família, Timor-Leste. Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie. (Accessed on: 21 May 2019, 23:41 CEST)

PDF in Arabic

Related Documents