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Programme national d’alphabétisation namibien, Namibie

  • Date published:
    4 mars 2016

Présentation générale du programme

Titre du programme Programme national d’alphabétisation namibien
Organisation chargée de la mise en œuvre Gouvernement namibien
Date de création 1992

Historique et contexte

Les 2,1 millions de Namibiens (estimation 2007) dépendent en majorité de l’agriculture et du secteur informel pour leur subsistance. Les disparités en termes de répartition des revenus, de chômage et de pauvreté constituent à la fois la principale cause et le reflet des problèmes sociaux. Soixante pour cent de la population vivent sous le seuil de pauvreté. Le recensement de 1991 révèle que 300 000 à 400 000 Namibiens, soit 35 % de la population, sont analphabètes. Les dernières estimations indiquent que le chômage touche 19 % des jeunes hommes et 20 % des jeunes femmes de 25 à 29 ans. En zone rurale, le taux moyen de chômage se situe à 40 %, contre 30 % en zone urbaine. En conséquence, il est essentiel d’allier alphabétisation et acquisition de compétences professionnelles, plus particulièrement dans les communautés rurales et périurbaines pauvres, pour promouvoir l’économie de subsistance communautaire et son intégration à l’économie monétaire nationale, mais aussi pour améliorer le niveau de vie de la population.

Programme national d’alphabétisation namibien (NLPN)

Introduction

Le NLPN a été officiellement lancé en septembre 1992, deux ans après l’accession de la Namibie à l’indépendance. Il s’appuie sur une longue tradition de campagnes d’alphabétisation et d’éducation des adultes, qui remonte aux premières activités des missionnaires, mais surtout à la Campagne d’alphabétisation (SLC) lancée par la SWAPO (South West African People’s Organisation) et des ONG comme Namibia Literacy Programme et le Conseil des églises de Namibie (CCN). Tous ces programmes ont été initiés pendant la lutte de libération.

Le NLPN cible les jeunes déscolarisés ainsi que les adultes analphabètes défavorisés, qu’il ambitionne d’aider à participer efficacement au développement national. Initialement financé par les gouvernements néerlandais, suédois et namibien, le NLPN est aujourd’hui entièrement financé et animé par le gouvernement namibien à travers le ministère de l’Éducation. Toutefois, l’appropriation du programme revient à la communauté, qui doit participer activement aux phases de planification, de gestion, de suivi, de recrutement d’apprenants et d’évaluation de l’ensemble des activités (à travers ses comités d’alphabétisation régionaux et locaux). Le NLPN a connu un développement rapide, avec déjà en 1999 environ 46 000 apprenants répartis entre les différentes régions du pays.

Buts et objectifs du programme

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Le NLPN est mû par une vision nationale plus large, consistant à favoriser le développement national et la transformation sociale. La vision à long terme spécifique du gouvernement en matière de développement éducatif est de faire de la Namibie une nation entièrement alphabétisée, dotée d’une main-d’œuvre alphabétisée, capable d’impulser et de soutenir le développement national. Mais, à court terme, le programme vise un taux total d’alphabétisme des jeunes et des adultes de 90 % en 2015. L’objectif qualitatif global consiste à s’appuyer sur le NLPN pour promouvoir le développement social, culturel, politique et économique national en vue d’améliorer la qualité de vie de l’ensemble des citoyens. À cet effet, le NLPN veut :

  • promouvoir l’alphabétisation et la numératie en langue (maternelle) locale et en anglais afin d’encourager la tolérance et la compréhension interculturelles et interconfessionnelles ;

  • promouvoir la poursuite de l’apprentissage chez les jeunes déscolarisés et les adultes en vue de réduire les inégalités en matière d’éducation ;

  • améliorer les aptitudes communicationnelles et l’assurance des participants afin de créer une citoyenneté bien informée ;

  • renforcer la participation de l’ensemble des citoyens au processus démocratique, y compris l’exercice de leurs droits et responsabilités ;

  • favoriser la transformation des jeunes et des adultes en acteurs productifs et autonomes ;

  • habiliter les parents à participer à l’amélioration de la vie de leurs enfants, notamment en les initiant aux pratiques sanitaires essentielles et en leur permettant de partager avec leurs enfants les connaissances, compétences et pratiques éducatives acquises dans le cadre du NLPN.

Mise en œuvre : approches et méthodes

La Direction de l’éducation des adultes (DAE), un service du Département de l’apprentissage permanent du ministère de l’Éducation de base, du sport et de la culture, est chargé de coordonner l’élaboration du curriculum, de mettre au point et distribuer les ressources/supports d’apprentissage et d’alphabétiser (lecture/écriture et numératie) les apprenants. À cette fin, elle travaille en étroite collaboration avec l’Institut national pour le développement de l’éducation (NIED), les responsables régionaux de l’alphabétisation (RLO) et promoteurs locaux de l’alphabétisation (DLO). Grâce à cette structure décentralisée de la conception et de la mise en œuvre du programme, le NLPN a su concilier les intérêts et besoins nationaux, régionaux et/ou locaux, mais aussi élaborer des supports d’apprentissage dans les onze (11) langues nationales principales et en anglais. En outre, les DLO et les RLO sont chargés de mettre en œuvre le programme dans leurs régions et districts en recrutant et en formant les alphabétiseurs.

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Les cours d’alphabétisation, organisés par groupes de 15 à 30 apprenants, se déroulent à temps partiel, généralement en séances de deux heures, trois fois par semaine. Le programme recrute environ 2 400 alphabétiseurs par an, qui travaillent à temps partiel. Les nouveaux suivent trois semaines de formation initiale en alphabétisation des adultes. Par la suite, ils participent à des séances mensuelles de formation continue ou de mise à niveau. L’approche d’enseignement-apprentissage est centrée sur l’apprenant, et discussions thématiques, simulations, théâtre, chant, danse et conte font partie des méthodes couramment utilisées.

Le NLPN comporte deux grandes composantes/phases : 1) le programme d’alphabétisation de base des adultes et 2) le programme post-alphabétisation de base.

Programme d’alphabétisation de base des adultes

La phase Alphabétisation du programme d’éducation de base des adultes du NLPN comprend trois étapes de formation préparatoire, qui durent chacune une année de 240 heures d’apprentissage/cours en moyenne.

  • Étape 1 Alphabétisation de base en langue maternelle

Pour cette étape, l’accent est mis sur l’alphabétisation en langue maternelle. Ainsi, l’apprentissage est essentiellement dispensé en langue locale.

  • Étape 2 Alphabétisation intermédiaire

Pour la deuxième année (Étape 2), la langue maternelle reste la langue d’instruction, et l’objectif clé consiste à aider les apprenants à améliorer, consolider et pérenniser les compétences et expériences acquises lors de l’Étape 1. En outre, ils sont initiés à l’alphabétisation fonctionnelle et aux compétences de la vie courante, à travers des questions liées à l’agriculture, la santé, la micro-entreprise, l’éducation environnementale et l’éducation civique. Ce type d’activités fonctionnelles vise à améliorer leur qualité de vie et celle de leur communauté.

  • Étape 3 Anglais pour la communication

L’Étape 3 correspond à la 4e année du système d’enseignement primaire formel et à la dernière étape du programme d’alphabétisation de base des adultes. Elle vise à développer les compétences fondamentales et fonctionnelles en anglais pour la communication générale, et la tâche des alphabétiseurs consiste à créer un environnement propice à l’acquisition de ces compétences. En outre, l’accent est mis sur le renforcement des activités de développement et de subsistance.

Programme post-alphabétisation de base

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Après l’Étape 3 (équivalant à la 4e année du système d’enseignement primaire formel), il s’avère indispensable de combler l’écart entre le niveau acquis lors de cette étape et le niveau attendu d’un élève du secondaire. Ainsi, une quatrième étape a été introduite. Sans être nécessairement liée aux trois années d’alphabétisation de base des adultes, cette étape ouverte à tout apprenant ayant le niveau d’alphabétisme requis sert principalement à doter les apprenants de connaissances générales et de compétences utiles pour la vie courante et la subsistance. Les sortants des cours d’alphabétisation de base peuvent, de ce fait, poursuivre leur éducation en choisissant une des options de la composante Post-alphabétisation de base du programme NLPN ci-dessous.

  • Programme d’éducation primaire supérieure (AUPE)

Ce cours triennal de post-alphabétisation/connaissances générales est destiné aux apprenants qui ont achevé l’Étape 3 ou la 4e année d’éducation formelle. Contrairement au programme d’alphabétisation de base, l’AUPE a son propre curriculum, qui inclut les connaissances générales en plus de la langue et de la numératie. Le « langage professionnel » constitue une composante importante de ce curriculum. Les apprenants étudient deux matières par an. Avec quatre cours obligatoires et deux facultatifs, le programme s’efforce de doter les adultes de connaissances et de compétences équivalant à la 7e année du système formel.

  • Développement des compétences des adultes pour l’auto-emploi (ASDSE)

Ce projet a été expérimenté dans les régions de Karas et d’Oshana dans le but d’offrir une formation non formelle aux adultes aux niveaux national, régional et local. Son objectif principal est d’offrir un meilleur service à la communauté en s’appuyant sur l’éducation des adultes pour créer des opportunités d’emploi et de génération de revenus. Il contribue aussi aux efforts nationaux de réduction de la pauvreté en dotant les apprenants déjà alphabétisés des compétences entrepreneuriales nécessaires pour l’auto-emploi et l’emploi en zones urbaine et rurale. À cette fin, les sortants du programme d’alphabétisation sont formés à diverses compétences entrepreneuriales qui leur permettront, à terme, d’obtenir des financements pour créer des PME. Certains apprenants continuent leurs études dans les centres de perfectionnement communautaires (COSDEC) pour apprendre des métiers comme la plomberie ou la maçonnerie. Ces centres sont ouverts en grande partie en zone rurale où il n’existe pas de bibliothèques pour les personnes alphabétisées. Ils ont pour but de rendre accessibles des ouvrages pour la lecture et de promouvoir la culture nationale de la lecture et de l’apprentissage.

Impact et réalisations

Le NLPN utilise des contrôles continus et des évaluations externes pour mesurer l’impact et les défis du programme, mais aussi le niveau des apprenants. À ce jour, trois évaluations externes ont été effectuées en 1995, 1998 et 2008. En outre, les apprenants subissent un examen officiel en fin d’année d’alphabétisation.

Impact

  • Le programme a connu une rapide expansion depuis son démarrage en 1992. Fait décisif, la plupart des apprenants sont alphabétisés (c’est-à-dire, capables de lire et d’écrire) à la fin du programme d’alphabétisation de base des adultes. Entre 1992 et 1995, par exemple, le nombre d’apprenants est passé de près de 15 000 à 36 000, et celui d’alphabétiseurs de 700 à 2000. En 1999, environ 46 000 apprenants avaient déjà bénéficié du programme. Chaque année, ils sont 40 000 à en bénéficier. En outre, avant 2007, 23 323 adultes ont suivi les trois étapes du NLPN, dont 13 352 (57 %) ont été testés et 12 919 (55 %) ont acquis les compétences de base.

  • Les résultats du programme d’alphabétisation sont tout aussi remarquables : le taux national d’alphabétisation a progressé de 65 % en 1991 à 81,3 % en 2001, alors que le taux total d’alphabétisme des jeunes est passé à 92 % entre 1995 et 2004, et le taux d’alphabétisme des adultes à 85 % pendant la même période (voir le profil de pays, ci-dessus).

  • Beaucoup de citoyens ont été formés pour participer activement aux activités de développement national, notamment à l’entrepreneuriat et au processus démocratique.

  • Éradication de la pauvreté et amélioration du niveau de vie : grâce aux compétences entrepreneuriales, certains apprenants ont initié des projets générateurs de revenus. De plus, l’amélioration du niveau d’alphabétisme a globalement changé le mode de vie et les attitudes des participants.

  • Ils sont plus nombreux maintenant à savoir mener leurs activités de façon autonome, y compris pour les transactions financières lors des achats.

  • Un nombre accru de femmes est formé et autonomisé et, de ce fait, elles ont acquis la confiance nécessaire pour aspirer à des postes de responsabilité communautaire.

Défis

  • Le principal défi consiste à pérenniser le programme en améliorant à la fois la qualité des services offerts et l’environnement d’apprentissage lui-même. C’est une tâche difficile compte tenu des contraintes financières. La pérennisation du programme nécessite un soutien sectoriel et intersectoriel, notamment de la part des dirigeants politiques à tous les niveaux, du patronat privé et public, des services centraux et régionaux des ministères, des syndicats, des églises, des organisations de jeunes et de femmes, des bailleurs de fonds et de la presse. Par ailleurs, le programme doit nouer des partenariats de travail avec les organisations internationales afin de s’assurer un flux constant d’assistance technique et financière.

  • L’absence d’opportunités d’emplois formels a démotivé certains apprenants, dont la plupart préfèrent l’emploi salarié à l’auto-emploi et aux activités génératrices de revenus.

  • Il convient aussi d’améliorer les conditions de travail des formateurs afin de les motiver davantage.

Leçons apprises

Le programme a permis de tirer les leçons suivantes :

  • Globalement, le programme d’alphabétisation a enregistré une forte participation des femmes en qualité d’apprenantes, mais aussi d’alphabétiseuses. En revanche, peu d’hommes y ont pris part. Cela s’explique en partie par les exigences du travail traditionnel (pêche, mines et migration économique vers les villes voisines).
  • Il convient de porter progressivement les programmes de post-alphabétisation à un niveau équivalant à la 7e année du système d’enseignement primaire formel afin de permettre aux apprenants de passer au cycle secondaire.
  • Il convient aussi de mettre en place un mécanisme d’information et de soutien au développement des compétences des adultes. L’autonomisation communautaire à travers l’acquisition de compétences et la promotion des activités génératrices de revenus constitue une stratégie susceptible d’aider le pays à relever ses défis sociaux et économiques.
  • La création de centres d’apprentissage et de perfectionnement communautaires a contribué à consolider le niveau d’alphabétisme des apprenants.

Sources

Contact

Mr Beans Ngatjizeko
Director, Directorate of Adult Education
Adresse : P/Bag 12033, Ausspannplatz, Windhoek, Namibia
Tél : 00-264-61-2933188
Fax : 00-264-61-2933913
E-mail : bungatjizeko (at) mec.gov.na

ou

Mr Bornface Katombolo Mukono
Deputy Director, Directorate of Adult Education
DAE Ministry of Basic Education, Sport and Culture, Government Office Park (Luther Street)
Private Bag 13186
Windhoek
Namibia
E-mail : bmukono (at) mec.gov.na

For citation please use

U. Hanemann (Ed.). Last update: 25 janvier 2018. Programme national d’alphabétisation namibien, Namibie. UNESCO Institute for Lifelong Learning. (Accessed on: 30 September 2022, 03:15 CEST)

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