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Réponses des villes apprenantes de l'UNESCO au COVID-19 − résultats du webinaire du 22 avril

2 mai 2020

Dans le cadre de sa série en cours destinée aux membres du Réseau mondial des villes apprenantes de l'UNESCO (GNLC), l'Institut de l'UNESCO pour l'apprentissage tout au long de la vie (UIL) a organisé un webinaire le 22 avril pour mettre en lumière les mesures que les villes mettent en œuvre pour répondre aux besoins des migrants et des réfugiés dans le contexte de la pandémie du COVID-19. Un résumé des défis auxquels sont confrontés les migrants et les réfugiés ainsi que des réponses coordonnées au niveau international a été fourni par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), suivi de présentations sur les initiatives des villes membres du GNLC de l'UNESCO de Baalbek au Liban, Larissa en Grèce et Medellín en Colombie.

Au nom de l'UIL, M. Konstantinos Pagratis a ouvert la séance. Il a évoqué les conditions de vie des réfugiés et des migrants dans les grandes villes, qui sont souvent en dessous des normes minimales. Ces conditions ont été aggravées par la pandémie : par exemple, les barrières linguistiques peuvent entraver l'accès des migrants et des réfugiés aux informations les plus récentes sur le coronavirus, et les logements surpeuplés peuvent exacerber la propagation du virus. M. Pagratis a expliqué que l'objectif du webinaire était de mettre en évidence les efforts déployés par les villes pour répondre aux besoins spécifiques des migrants et des réfugiés pendant la pandémie.

Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR)

Mme Jacqueline Strecker, responsable de l'éducation connectée au HCR, l'agence des Nations unies pour les réfugiés, a fait valoir que des réponses inclusives sont nécessaires. Cela signifie qu'il faut agir avec les autorités et les réseaux nationaux et municipaux et se concentrer dans un premier temps sur une réponse au niveau national, c'est-à-dire prendre en considération les impacts des fermetures d'écoles, de l'apprentissage virtuel et de l'éloignement social sur les réfugiés. Il est important de prendre en compte l'équité ; cela nécessite une approche multimodale pour les apprenants ayant différents niveaux d'accès et de ressources. Différentes technologies sont également nécessaires pour des apprenants d'âges différents ; il s’avère que la télévision et la radio − y compris les programmes « ludo-éducatifs » − sont les mieux adaptées à la petite enfance.

Concernant les besoins des réfugiés et des migrants, il est nécessaire de planifier une série de réponses. Au départ, il convient de mettre l'accent sur la santé et la protection. Les parties prenantes doivent plaider en faveur et concevoir des réponses qui favorisent l'équité et impliquent une évaluation de l'accès et des besoins dans les différentes communautés. Il est dans le même temps vital de promouvoir l'apprentissage continu au niveau national, d'acquérir et d'harmoniser les contenus à diffuser (hors ligne et en ligne), de mettre en place des canaux de communication avec les enseignants et les ménages, d'ébaucher des plans de réponses à moyen et long terme et de soutenir les propositions visant à obtenir des ressources supplémentaires.

La deuxième étape consiste à mettre en œuvre l'apprentissage dans des contextes à faibles ressources − par exemple, en utilisant la radio communautaire et en pré-chargeant le contenu de l'apprentissage sur des cartes SD ou des tablettes − et à veiller à ce que les enseignants, les aides et les apprenants reçoivent un soutien continu tant que les écoles resteront fermées.

L'étape suivante, à la réouverture des écoles, consistera à prendre en compte les diverses expériences des élèves pendant le confinement dû au COVID-19 : tous n'auront pas bénéficié de l'apprentissage à distance et il faudra donc investir dans des programmes accélérés, de rattrapage et de remise à niveau qui tirent parti des ressources numériques.

Enfin, dans la phase de reprise − lorsque les restrictions auront été assouplies − l'attention devra se porter sur la documentation des expériences, l'identification des lacunes, la promotion des investissements dans les infrastructures en ligne et hors ligne et la conception de programmes de culture numérique pour lutter contre les fractures numériques. Mme Strecker a évoqué des ressources de soutien telles que Kolibri, une plateforme technologique et une boîte à outils éducatives en libre accès. À Kampala, Ouganda, le contenu de Kolibri a été téléchargé sur un serveur national et des connexions Wi-Fi ont été établies afin que les usagers puissent accéder à l'apprentissage même dans des endroits reculés.

Baalbek, Liban

Mme Abir El Khoury Jbeily, consultante en affaires internationales pour la ville de Baalbek au Liban, a commencé sa présentation par un aperçu démographique : il y a actuellement 60 000 réfugiés syriens et 10 000 réfugiés palestiniens à Baalbek, qui compte une population totale d'environ 200 000 habitants. La municipalité a pris des mesures de sécurité visant à assurer la sécurité sanitaire de tous ses résidents de manière égale, qu'ils soient Libanais ou réfugiés. Avant le début du confinement, la municipalité s'est efforcée de sensibiliser la population par le biais d'une campagne dans les médias sociaux et de veiller à ce que les lieux à haut risque restent fermés. Depuis le début de la fermeture, Baalbek a veillé à ce que les espaces publics soient régulièrement assainis et a imposé des couvre-feux pour limiter l'activité locale.

Avant la fermeture, le HCR et les autorités éducatives locales collaboraient pour fournir une éducation aux résidents du Liban, y compris des classes ouvertes pour les réfugiés syriens. Mme Jbeily a confirmé que le HCR a joué un rôle essentiel pour assurer la sûreté et la sécurité des réfugiés en leur fournissant une aide financière, de la nourriture, des soins médicaux, des inscriptions à l'école, etc. Malheureusement, les initiatives prises au niveau local risquent de ne pas suffire au fur et à mesure que la situation économique se détériore : environ 40 % de la population du Liban vit déjà en dessous du seuil de pauvreté, le taux de chômage national devrait atteindre 50 % et la monnaie libanaise perd de sa valeur. Parallèlement aux efforts locaux, le soutien de la communauté internationale est nécessaire pour faire face aux retombées de la pandémie.

Larissa, Grèce

M. Dimitris Deligiannis, président du conseil municipal de Larissa, a souligné le fait que la ville soutient les efforts du gouvernement grec pour fournir un logement et des services aux demandeurs d'asile par le biais du programme d'aide d'urgence à l'intégration et au logement (ESTIA). Avant même la pandémie, des travailleurs sociaux et des interprètes ont été recrutés pour aider ce groupe vulnérable à accéder aux services médicaux, aux possibilités d'emploi, aux cours de langue et aux activités de loisirs. Des actions ont été coordonnées pour l'intégration sociale et l'éducation, les écoles locales et les centres communautaires jouant un rôle essentiel.

En raison de la pandémie, les initiatives en faveur des réfugiés ont été élargies pour englober une ligne d'assistance téléphonique 24 heures sur 24 afin de répondre aux questions et d’apporter un soutien ; des messages textuels pour communiquer les mesures de sécurité ; la distribution de documents imprimés par les principaux établissements de santé et la livraison en porte-à-porte de matériel de nettoyage, de liquides antiseptiques, de gants et de masques sanitaires. La municipalité de Larissa s'est efforcée de maintenir une communication quotidienne avec les réfugiés locaux par le biais d'appels vidéo et, si nécessaire, de visites. Des efforts ont également été déployés pour s'assurer que des mesures de sécurité ont été prises dans les camps de réfugiés, notamment en ce qui concerne la tenue des distances de sécurité. Les parents réfugiés ont eu la possibilité d'inscrire leurs enfants dans le réseau scolaire panhellénique et ont reçu des instructions traduites, bien que l'absence d'ordinateurs et de connexions Internet fiables dans les camps de réfugiés ait créé des obstacles. M. Deligiannis a conclu en évoquant certaines questions à examiner, notamment la manière de communiquer entre les cultures et d'intégrer les communautés culturelles fermées, ainsi que la manière d'empêcher que la xénophobie et l'idée fausse que la Grèce constitue un pays de « transit » pour les réfugiés n'entravent les efforts de soutien locaux.

Medellín, Colombie

Mme Luz Angela Alvarez, responsable de programme au Bureau de l'inclusion sociale, de la famille et des droits de l'homme de la ville de Medellín en Colombie, a mis en lumière certaines des mesures mises en place pour répondre aux besoins des migrants et des réfugiés, dont beaucoup viennent du Venezuela voisin.

L'initiative « 123 Services sociaux », par exemple, fournit des programmes de transport organisé, de distribution de nourriture et de soutien aux réfugiés. Parmi les autres actions couvertes par ce service, citons les soins psychosociaux, les transferts vers les hôpitaux, la gestion des soins de santé et les abris d'urgence. Mme Alvarez a remercié les partenaires stratégiques de Medellín, dont l'aide, a-t-elle souligné, a permis de gérer avec succès les ressources de la ville pendant cette période exceptionnelle. Par ailleurs, le Bureau de l'inclusion sociale, de la famille et des droits de l'homme de Medellín a mis en place le Conseil institutionnel d'attention aux migrants vénézuéliens, dont l'objectif est de soutenir les réfugiés et les migrants à travers la prestation de services essentiels tels que des transferts monétaires et des logements temporaires.

Débat

Tout au long des différentes présentations, les participants ont été actifs en posant des questions. Mme Marie Macauley (UIL) a ouvert le débat en demandant aux villes quelles mesures elles ont prises pour assurer l'éducation des enfants réfugiés. Mme Alvarez a évoqué le programme « Good Start » de Medellín, qui bénéficie aux enfants de 0 à 5 ans, y compris les réfugiés. Dans la ville de Larissa, il existe une distinction juridictionnelle entre les réfugiés en hébergement privé et les réfugiés dans les camps : les premiers sont sous la juridiction de la ville, tandis que les seconds ne le sont pas. Cela signifie que la ville est mieux à même de soutenir l'intégration des jeunes apprenants dans les logements fournis localement.

Le HCR a documenté plusieurs initiatives réussies pour promouvoir l'éducation des enfants réfugiés, y compris des programmes de radio et des émissions de télévision pour les enfants. Par exemple, dans le cadre du projet « Translate a Story », des livres faisant partie du programme national d'un pays sont traduits dans différentes langues afin d'être accessibles aux enfants de parents réfugiés.

En réponse à la question suivante de Mme Macauley − tirée de l'audience − sur l'apprentissage familial pour les réfugiés et les migrants, il a été noté que le HCR considère la pandémie comme une opportunité d'encourager les familles et les communautés à s'impliquer davantage dans l'apprentissage. Les enfants peuvent aider les parents et les grands-parents à comprendre le contenu des programmes d'apprentissage, ce qui démontre le rôle important que joue l'apprentissage intergénérationnel lors de crises telles que celle du COVID-19.

Pour clore le débat, le défi permanent que représente le contrôle de l'efficacité de l'apprentissage numérique pour les migrants et les réfugiés a été souligné.

Webinaires du GNLC

L'événement en ligne fait partie de la série de webinaires du GNLC de l'UNESCO « UNESCO learning cities' responses to COVID-19 » (Réponses des villes apprenantes de l’UNESCO au COVID-19). Conçus comme une opportunité pour les membres du GNLC de l'UNESCO de partager des initiatives locales réussies pendant la pandémie, les webinaires attirent régulièrement des centaines de représentants de villes et d'autres parties prenantes. Des villes de différentes régions du monde y font des présentations et les participants prennent part à des débats stimulants sur la meilleure façon de faire face à la situation actuelle, à savoir comment en atténuer les pires effets et, d'une certaine manière, saisir des opportunités inattendues. Cliquez sur les liens ci-dessous pour lire les résumés des six webinaires précédents.

Réponses des villes apprenantes de l'UNESCO au COVID-19 : le soutien des établissements d'enseignement supérieur aux communautés locales. Résultats du webinaire du 15 avril.

Réponses des villes apprenantes de l'UNESCO au COVID-19 : les cas de Mexico (Mexique), Bogotá (Colombie), Lima (Pérou). Résultats du webinaire du 9 avril.

Réponses des villes apprenantes de l'UNESCO au COVID-19 : apprentissage familial et soutien communautaire. Les cas de Gdynia (Pologne) et de Cork (Irlande), ainsi que les points de vue d'experts d'Allemagne et du Pakistan. Résultats du webinaire du 8 avril.

Réponses des villes apprenantes de l'UNESCO au COVID-19 : équité et inclusion. Les cas d'Espoo (Finlande), Chengdu (République populaire de Chine), Swansea (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord). Résultats du webinaire du 1er avril.

Réponses des villes apprenantes de l'UNESCO au COVID-19 : les cas d'Osan (République de Corée), Wuhan (République populaire de Chine), Turin (Italie), São Paulo (Brésil). Résultats du webinaire du 24 mars.

Réponses des villes apprenantes de l'UNESCO au COVID-19 : les cas de Shanghai et Pékin (République populaire de Chine), Fermo (Italie), Kashan (République islamique d'Iran). Résultats du webinaire du 19 mars.

Ne manquez pas l'occasion de rejoindre nos prochains webinaires. Pour plus de détails, consultez le site https://uil.unesco.org/fr/evenement/webinaire-villes-apprenantes-lunesco-repondent-au-covid-19.

Regardez nos entretiens vidéo avec des maires et d'autres représentants des villes apprenantes de l'UNESCO sur les réponses au COVID-19 à l'adresse suivante :  https://www.youtube.com/playlist?list=PLivu_GCiL2mjYQOp64hcvzGNsC75QKSLw.

 

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